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21.09.2019 à 14 H 16 • Mis à jour le 21.09.2019 à 14 H 23
Par
Société civile

Anfass, Maan, Damir: des «mouvements» débattent des droits de la femme face au mutisme des écuries politiques

Rassemblement en soutien à Hajar Raissouni, à Rabat, le 9 septembre. FADEL SENNA/AFP/GETTY IMAGES
Alors que les formations partisanes affûtent leurs armes en vue d’un remaniement ministériel que l’on dit imminent et que leurs poulains scrutent la formation du futur conseil consultatif devant encadrer l’élaboration d’un nouveau projet de développement, des mouvements para-politiques issus de la société civile appellent à des révisions ou un moratoire sur les lois régissant les libertés individuelles à l’aune de l’affaire Hajar Raissouni

L’affaire de la journaliste Hajar Raissouni, jugée en détention pour « débauche » et « avortement illégal » a remis au centre du débat public la question des libertés individuelles et particulièrement celles portant sur les droits de la femme et sur l’intervention volontaire de grossesse (IVG).


Outre les organisations classiques de défense des droits de l’Homme, toutes tendances confondues, et les groupes de pression féministes et libertaires comme Mali, ce sont aussi les mouvements alternatifs aux partis politiques installés ou qui se disent complémentaires à leur rôle, qui ont donné de la voix, soit pour réitérer leurs avis et recommandations, à l’instar d’Anfass Démocratiques (centre-gauche) en pointe sur ces sujets, notamment l’IVG, soit pour réclamer un moratoire aux lois jugées liberticides pour engager un débat national inclusif.


Des initiatives aux tonalités certes différentes, mais qui contrastent avec le mutisme ambiant au sein des principales écuries politiques (hormis quelques individualités), dont l’intérêt est davantage capté par l’imminence annoncée d’un remaniement ministériel et du mercato ouvert pour les strapontins promis par la future commission consultative sur le nouveau projet de développement.


Le mouvement Maan, de création récente et au large spectre idéologique, s’est focalisé sur la question de la liberté de la presse soulevée dans l’affaire Hajar Raissouni pour appeler « tout en restant attaché aux valeurs fondatrices de la Nation (…) à un moratoire immédiat sur les sanctions des libertés individuelles aujourd’hui incriminées par le Code pénal le temps d’un débat national sur la question ».



Ainsi, Maan invite « les Marocain(e)s et l’ensemble des forces vives de notre Nation à penser et co-construire un nouveau modèle de société, dont la liberté serait le pilier » et appelle « à la sanctuarisation de la liberté d’expression et au respect de la vie privée des citoyennes et des citoyens, liberté qui implique le droit d’informer et de s’informer ». « Le Maroc a besoin d’unir son pluralisme dans un collectif singulier pour faire société. Car le monde bouge autour de nous, alors ne nous mettons pas au ban de l’Histoire », exhorte le mouvement.


De son côté, Damir, créé autour de Salah El Ouadie et de quelques figures intellectuelles et qui se réclame « libéral et moderniste », dit « regretter les pratiques d’un autre âge » infligées à Hajar Raissouni qui, selon lui, « rappellent les relents d’une période inquisitoire que l’on pensait révolue ».


Celui-ci appelle à « un débat national sur le droit des femmes à l’IVG, sur leur droit à disposer librement de leur corps et sur la dépénalisation des relations intimes entre adultes consentants ».


Enfin, Anfass Démocratiques, sans personnaliser le sujet autour du cas de Hajar Raissouni et prenant soin de ne pas le soumettre à un marquage politique, appelle spécifiquement à un débat sociétal sur l’IVG « qu’il faudra aborder avec audace et détermination ».



Le mouvement rappelle qu’il avait participé activement au débat national préparatoire à la loi sur l’IVG en 2015, notamment par la production d’un manifeste listant ses recommandations, Anfass Démocratiques les précise en une série de points concrets : instauration d’un comité d’éthique national, abrogation des peines encourues par les femmes soumises à IVG, sanction légale des IVG clandestines, conditions d’exception à spécifier dans la loi (malformations du fœtus, viol et inceste, cas des filles mineures, délai légal pour considérer un embryon personne de droit inviolable), délai légal de réflexion pour la femme enceinte, éducation sexuelle obligatoire à l’école, démocratisation de l’accès aux moyens de contraception, accès gratuit à l’IVG dans les hôpitaux publics et couverture médicale obligatoire dans le privé…


Anfass Démocratiques inscrit ainsi son action « dans le cadre des dispositions constitutionnelles consacrées aux droits et libertés (en particulier l’article 24) », et exhorte ainsi « tous les courants politiques et de pensée » à pousser à « la mise en conformité de la législation nationale –  en particulier le code pénal en cours d’examen par le Parlement et le code de la famille –  avec les conventions internationales ratifiées par le Maroc ».


Disclaimer : Fatima Zahra Lqadiri, co-fondatrice et directrice générale du Desk est membre du bureau d’Anfass Démocratiques