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16.12.2022 à 18 H 44 • Mis à jour le 16.12.2022 à 18 H 44
Par
Qatargate

Corruption à l’Europarlement : les réseaux d’influence marocains dans le viseur des enquêteurs

L’eurodéputée grecque, Eva Kaili. Crédit: Eric VIDAL / AFP.
La vaste enquête anticorruption menée en Belgique ne faiblit pas au Parlement européen, et continue de faire tomber des eurodéputés grâce à de nouvelles révélations. Cette fois, le compagnon d'Eva Kaili, la n°2 de l’europarlement déchue, est en aveux de corruption et d’ingérence notamment au service du Maroc, et les services secrets du royaume sont pointés du doigt. Les détails

Francesco Giorgi, le compagnon de l’eurodéputée grecque interpellée pour des faveurs reçus du Qatar, Eva Kaili, et assistant parlementaire de l'ex-député italien Andrea Cozzolino, a avoué son rôle dans le scandale de corruption lié au Qatar, selon des documents judicaires consultés par les quotidiens belge Le Soir et italien La Repubblica.


Giorgi a reconnu, devant la police et le juge, avoir fait partie d’une organisation criminelle utilisée à la fois par le Maroc et par le Qatar, dans le but d’ingérer dans les affaires européennes. Il aurait par ailleurs mis en cause, au cours de ses interrogatoires, le député belge Marc Tarabella, lequel se défend de toute implication et corruption.


Giorgi a également dénoncé les agissements de deux autres députés européens qui auraient, selon lui, pris part au réseau de corruption : l'Italien Andrea Cozzolino, et l'ancien député européen Pier Antonio Panzeri qui serait, selon Giorgi, la tête pensante du réseau de corruption, fait-on savoir.


Rappelons que les enquêteurs ont retrouvé chez Panzeri une grosse somme d’argent qui serait d’origine qatarie. Dans le détail, comme nous le rapportions précédemment, Panzeri, est soupçonné d’être « intervenu politiquement auprès de députés européens en faveur du Qatar et du Maroc, contre paiement », ressort-il de documents judiciaires relayés par les médias italiens.


Sa femme et sa fille, elles, auraient participé « au transport de cadeaux », lesquels auraient été faits par l’ambassadeur marocain en Pologne, Abderrahim Atmoun qui se targue d'être « un ami » de l’ex-eurodéputé, à travers diverses publications diffusées sur les réseaux sociaux accompagnées de clichés où on le voit en sa compagnie.


Les services secrets du Maroc pointés du doigt

Pas moins de 16 perquisitions menées par les autorités belges ont visé ces derniers jours des figures du Parlement européen. Toutes ont été arrêtées et inculpées ce 11 décembre, dans le cadre d'une enquête portant sur « des soupçons de corruption en lien avec le Qatar au sein de l'UE », d'après les médias belges, citant des sources judiciaires.


Selon la source, l'enquête a été lancée par les services de renseignements « d'un pays européen qui a débusqué une ingérence étrangère ». Le renseignement a été ensuite transmis à la Sûreté de l'État belge, dont les agents ont pénétré, de manière clandestine, dans l'appartement de l'ancien député italien Pier Antonio Panzeri et découvert de très importantes sommes en liquide (plus de 500 000 euros).


Pour sa part, le Maroc serait impliqué dans cette affaire par son service de renseignements extérieurs, la DGED - Direction générale des études et de la documentation. En effet, selon les documents que Le Soir et La Repubblica ont pu consulter, Antonio Panzeri, Andrea Cozzolino et Francesco Giorgi auraient été en contact avec la DGED et Abderrahim Atmoun.


Notons qu'outre le diplomate marocain, deux agents du service de renseignement du royaume sont cités dans ces documents, révèle Le Soir qui n'a pas été en mesure de les contacter.


Par ailleurs, l'ex-eurodéputée Ana Gomes a déclaré qu'elle s'est « à plusieurs reprises élevée contre la complaisance de certains eurodéputés soutenant les positions du Maroc qui faisait tout pour faire échouer nos prises de positions sur le Sahara occidental  ».


De son côté, répondant à une série de questions qu'elle a qualifié d'« insultantes », l'eurodéputée Frédérique Ries qui a également fait l'objet de l'enquête, avant d'être lavée de toute accusation, a déclaré qu’elle n’avait jamais accepté de cadeaux ni fait payer ses voyages par le Maroc.


Elle a également avancé qu’elle n’était « pas pleinement consciente du rôle du Maroc dans la création de la Fondation EuroMedA » qui, dit-elle, « vise à favoriser les liens culturels et historiques entre l’UE et le Maroc ». FrédériqueRies siégeait d'ailleurs au conseil d’administration de cette Fondation.


Rappelons que EuroMedA a longtemps été accusée d’être un outil de lobbying au service des intérêts marocains à l’Union européenne. Elle a été co-fondée en 2018 par un ancien ministre d’État marocain, Mohamed Cheikh Biadillah, et précédemment co-présidée par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar.


Le Parlement européen réagit, le Maroc garde le silence

Ce mercredi, les inculpés sont passés devant la Chambre du Conseil du Tribunal de Bruxelles. Pier Antonio Panzer et Francesco Giorgi sont maintenus en détention, tandis que l'examen de la situation d'Eva Kaili a été reporté au jeudi prochain.


Pour sa part, Niccolò Figa Talamanca, à la tête de l'ONG No Peace Without Justice, est placé en résidence surveillée avec un bracelet électronique.


Le lendemain, et en réaction à l'affaire, la présidente du Parlement européen Roberta Metsola a annoncé des réformes « d'ampleur » pour 2023.


« Je suis en train de mettre au point un paquet de réformes d'ampleur qui sera prêt au début de l'année prochaine », a-t-elle déclaré lors d'un sommet européen à Bruxelles, mentionnant en particulier le renforcement de la protection des lanceurs d'alerte et l'interdiction des groupes d'amitié non officiels avec des pays tiers, fait-on savoir.


Les eurodéputés, réunis en session plénière à Strasbourg, ont de leur côté voté à la quasi-unanimité un texte dans lequel ils demandent « instamment la suspension des titres d'accès des représentants d'intérêts qatariens », le temps des enquêtes judiciaires. Une décision qui doit d'abord être étudiée par la présidente du Parlement européen.


Le Maroc a préféré quant à lui garder le silence. Aucune réaction officelle n'a été faite par Rabat depuis les révélations sur les dessous de l'enquête qui secoue le Parlement européen et qui implique notamment un diplomate marocain. Tandis que Doha a démenti être impliquée dans ces tentatives de corruption.




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