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18.12.2022 à 12 H 26 • Mis à jour le 18.12.2022 à 12 H 26
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Maghreb

Fiasco des législatives en Tunisie, le président Kais Saied appelé à la démission

Le président tunisien Kais Saied appelé à la démission après le fiasco des législatives. Crédit: AFP
L’abstention massive est un message clair adressé par les Tunisiens aux autorités publiques. Il exprime leur désapprobation d’un système et d’un projet promu par le président Kais Saïed dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. L'opposition a appelé le président Kais Saied à « partir immédiatement », après un taux d’abstention massif de plus de 92%.

L’instance supérieure indépendante chargée des élections en Tunisie (ISIE) a annoncé que le taux de participation aux élections législatives anticipées a atteint à peine 8,8 %, ce qui donne un nombre d’électeurs qui se sont déplacés aux urnes de 803 638 sur un nombre d’inscrits de plus de 9 millions.


La participation finale est encore plus faible que les 30,5 % de votants au référendum organisé le 25 juillet dernier pour réviser la Constitution. Ce maigre taux est sans aucune mesure avec les taux enregistrés dans les législatives successivement en 2011 (54,1 %), 2014 (69 %) ou en 2019 (43,9 %).


Un appel présidentiel ignoré

Manifestement, les Tunisiens ont ignoré l’appel qui leur a été lancé par le président, Kaïs Saied à sa sortie des urnes, déclarant que ces élections constituent « une opportunité historique de retrouver vos droits légitimes » et de soutenir que « nous avons rompu avec ceux qui ont ruiné le pays ».


Ils ont en revanche répondu massivement à l’appel des partis politiques et des organisations de la société civile pour le boycott de cette échéance électorale.


Au terme d’une journée électorale tellement calme, terne et des bureaux de vote curieusement désertés, le tableau final est peu glorieux.


L’abstention massive est un message clair adressé par les Tunisiens aux autorités publiques. Il exprime leur désapprobation d’un système et d’un projet dans lesquels ils ne se reconnaissent pas.


Il traduit une fin de recevoir prématurée à des candidats dont la quasi-majorité sont intrus à la vie politique.


Le chef de la principale coalition d’opposants en Tunisie a appelé le président Kais Saied à « partir immédiatement », après le fiasco des législatives de samedi, censées renouveler le Parlement et marquées par un taux d’abstention massif de plus de 92 %.


Dans un entretien téléphonique à l’AFP, dimanche le président du Front de salut national (FSN), Ahmed Nejib Chebbi, a estimé que ce scrutin « montre que très très peu de Tunisiens cautionnent la démarche de Kais Saied ». « C’est un grand désavoeu populaire pour le processus », démarré par le gel du Parlement et le limogeage de son Premier ministre le 25 juillet 2021, avant d’accaparer tous les pouvoirs, a ajouté Chebbi.


« 92 % ont tourné le dos à son processus illégal qui bafoue la Constitution » et le vote de samedi a été, selon Chebbi, précédé par « un grand désavoeu international » lors de la récente visite de Saied aux Etats-Unis, où il a reçu « une fin de non recevoir » à son processus politique. « Le processus politique est désavoué intérieurement et extérieurement », a déclaré Chebbi, président du FSN, dont fait partie le mouvement d’inspiration islamiste Ennahdha, bête noire de Saied et ancien parti majoritaire au Parlement pendant les 10 ans qui ont suivi la Révolution tunisienne de 2011.


Il a appelé les autres formations politiques à « s’entendre sur la nomination d’un haut magistrat » capable de « superviser une nouvelle élection présidentielle ».


Une dérive autoritaire décriée

Cette forte désaffection porte un coup de boutoir à un processus décrié par la majorité de la classe politique et de la société civile comme une « dérive autoritaire qui met un terme à une expérience démocratique non parfaite mais qui a suscité espoirs et un grand intérêt ».


D’après les observateurs, il s’agit d’un parlement aux pouvoirs limités mais qui, à la faveur de la très faible participation, accuse une grave crise de légitimité.


Manifestement, la désaffection des électeurs de cette échéance électorale, tant redoutée par le pouvoir, a fini par se produire. Les Tunisiens ont boudé en grand nombre, le 17 décembre, les urnes et certains bureaux de vote dans les régions du sud notamment, sont restées toute la journée durant à l’attente du premier votant, en vain.


Cette attitude de rejet a été dictée, soutient des observateurs de la scène politique, par plusieurs facteurs concomitants.


Il s’agit de la perte de confiance dans le jeu politique post 25 juillet 2019, d’une campagne électorale morne et des candidats inconnus de la scène publique.


C’est pour l’ensemble de ces raisons, pensent-ils, que la majorité du corps électoral s’est abstenu à cautionner des candidats, pour la plupart apprentis politiciens, et à donner un blanc-seing à un projet populiste qui transforme de facto le parlement en une boîte d'enregistrement et marque un virage autoritaire du système tout en tournant le dos à une véritable séparation des pouvoirs.


Le parlement, issu des législatives, après un second tour organisé d’ici début mars 2023, sera doté de compétences très restreintes en vertu de la nouvelle Constitution.


Elus au scrutin uninominal à deux tours et non plus sur des listes, les futurs députés ne pourront pas contrôler l’action du gouvernement ni le censurer. Il faudra dix députés pour proposer une loi et le président aura la priorité pour faire adopter les siennes.


Ils ne bénéficieront pas non plus d’une quelconque immunité et pourront être révoqués de leurs fonctions, sous certaines conditions, par les électeurs.


Une déroute électorale annoncée

Ces résultats trouvent également leur explication par l’adoption depuis septembre dernier d’une nouvelle loi électorale contestée introduisant de nombreux changements, que ce soit sur les règles de campagne, les modalités d’élection ou bien le fonctionnement du Parlement.


Après son coup de force et le gel puis la dissolution du Parlement en mars dernier, dénoncés comme « un coup d’Etat » par l’opposition, le président Saied a fait adopter cet été une Constitution qui réduit drastiquement les prérogatives du Parlement. Il a aussi réformé le mode de scrutin utilisé samedi pour les législatives, en interdisant toute affiliation politique pour les candidats, dont la plupart étaient inconnus, ce qui pour les experts a contribué à faire chuter la participation.


Le premier changement majeur est la dissociation entre les candidats et les partis. Alors que ces derniers pouvaient auparavant présenter des listes, la nouvelle loi électorale stipule que les candidats doivent désormais concourir individuellement, sans affiliation affichée.


Pourtant, tous les signaux ont annoncé cette déroute électorale, cette faible participation des électeurs.


Douze partis ont décidé de boycotter ces législatives à savoir le mouvement Ennahdha, Qalb Tounes, le Courant démocrate, la Coalition Al-Karama, le Parti destourien libre, Afek Tounes, le Forum démocratique pour le travail et les libertés, le parti Harak Tounes Al Irada, le parti Al Amal, le Parti républicain, le Parti des travailleurs et le Pôle démocratique moderniste.


Ce mouvement a été suivi dans les derniers jours par la puissante centrale syndicale, l’Union générale Tunisienne des Travailleurs (UGTT), qui a adressé une critique sévère à un processus qui a tourné le dos à toute démarche participative.


Selon le dirigeant du FSN, le troisième « désavoeu » est le report décidé la semaine passée de l’examen par le FMI d’un nouveau crédit de près de 2 milliards de dollars, à accorder à la Tunisie. Ce quatrième crédit en 10 ans a fait l’objet d’un accord préliminaire à la mi-octobre mais doit encore être approuvé définitivement par le conseil d’administration du FMI.


La Tunisie dont les caisses sont vides traverse une grave crise économique, accentuée par la guerre en Ukraine.


Lire aussi notre Grand Angle : Comment Kais Saied dirige-t-il la Tunisie ?

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