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30.01.2025 à 20 H 12 • Mis à jour le 30.01.2025 à 21 H 23
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Sécurité

Cellule des trois frères de Had Soualem: les détails de l’opération terroriste avortée par le BCIJ

Crédit : Le Desk
Lors d'une conférence tenue ce 30 janvier, la Direction générale de la sûreté nationale (DGST) a présenté de nouveaux détails sur la cellule terroriste démantelée dimanche à Had Soualem. Outre la nature dangereuse des projets qu'ils comptaient mener et l'état avancé de leur préparation, l'arrestation des membres de cette cellule dévoile plusieurs aspects alarmants quant à l'évolution de l'extrémisme au Maroc. Les détails

C'était ce dimanche, les éléments de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), en coordination avec la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), ont arrêté quatre personnes à Had Soualem, aux environs de Casablanca, pour des faits d'extrémisme et de liens avec l'organisation terroriste Daech. Les personnes âgées de 26, 29, 31 et 35 ans et parmi eux, trois frères, s'étaient rendus quatre magasins spécialisés en produit chimique dans la région de Had Soualem, pour acheter des matériaux pour la fabrication d'explosifs, avant de les stocker chez l'un d'entre eux pour tenter de fabriquer des dispositifs explosifs.


Dans une conférence de presse tenue ce 30 janvier, le Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ) est revenu sur ces arrestations. Par la voix de son directeur, Cherkaoui Habboub, le BCIJ tient à souligner que ces individus avaient prêté allégeance à Daech. Des vidéos les montrant prêter cette allégeance avaient été identifiées par la DGST. Dans ces vidéos, ils revendiquaient les opérations terroristes qu'ils s'apprêtaient à commettre, précise le responsable.


De potentiels sites avaient même été identifiés par les membres de la cellule. Ces derniers visaient des cibles stratégiques, afin de pouvoir passer à l'action, avec des explosifs. En matière de logistique, indique Cherkaoui Habboub, des matières chimiques ont été achetées, auprès de quincailleries, pour fabriquer leurs explosifs. Leurs préparatifs étaient à un stade avancé. «  Les mis en cause qui ont atteint un stade avancé de planification et de préparation pour le passage à l'acte, avaient mené des opérations de reconnaissance et de repérage, tout en filmant des sites potentiels cibles et en dessinant des croquis des chemins et itinéraires d'accès et d'évasion  », détaille encore le responsable.


Des croquis avaient été dessinés par les membres de la cellule terroriste indiquant les lieux qu'ils ciblaient. Crédit : Le Desk


Dénommée « la cellule des trois frères » par le BCIJ , elle est composée d'un homme, exerçant l'activité de commerce, tandis que les trois autres sont employés ou chômeurs. Tous ont des niveaux d'études ne dépassant pas le baccalauréat. Les trois frères, précise-t-on, ont un niveau d'études élémentaire n'ayant pas dépassé la sixième année du primaire. Deux d'entre eux sont mariés, avec des enfants. Habboub a signalé que la spécificité de cette cellule est qu'elle s'est activée au sein d'une seule et même famillle. « Malheureusement, le supposé émir, le plus grand frère, a réussi à transformer sa petite famille en des extrémistes prêts à passer à l'acte terroriste », indique Habboub. « A chaque réunion avec les autres membres de la cellule, le supposé émir faisait déplacer son épouse et ses enfants, pour les isoler et ne pas les impliquer », ajoute pour sa part Boubker Sabir, porte-parole de la DGSN.


Les détails des plans de trois frères au Maroc

D'après les résultats des investigations menées sur le terrain, les membres de cette cellule terroriste se préparaient activement à mener des attentats à l’aide d’engins explosifs. Ces attaques visaient principalement les sièges des services de sécurité, les résidences de responsables et d'agents chargés de l’application de la loi, ainsi que des cibles civiles telles qu’un supermarché et des magasins publics fréquemment visités par des étrangers.


D’un point de vue logistique, les membres de la cellule ont acquis des produits chimiques, du matériel de soudage et d’autres articles susceptibles d’être utilisés pour la fabrication d’explosifs. Afin de ne pas attirer l’attention, ils se sont procuré ces matériaux dans plusieurs drogueries.  Durant la conférence de presse, Abderrrahmane El Yousfi Alaoui, chef du service central de l'identification judiciaire à la police technique et scientifique, a également pris la parole pour dévoiler les résultats de l'expertise technique effectuée sur les éléments saisis chez la cellule terroriste. Trois types d'éléments saisis. Le premier est un ensemble de matériaux, le second concerne des armes blanches, tandis que le troisième type porte sur des matières chimiques. Parmi les éléments saisis, on cite notamment le nitrate d'ammonium, le bicarbonate de sodium, du souffre, le produit White Spirit, ou encore de l'alcool à bruler. Autant de matières qui ont des utilisations à des fins civiles, médicales ou même en lien avec l'agriculture.


S'agissant de la tactique du « Jihad individuel  » et du «  loup solitaire  », les membres de la cellule ont également acquis plusieurs armes blanches de grande taille, dans le but de les utiliser pour des opérations de liquidation physique et de mutilation de cadavres. Ces membres recevaient des vidéos en provenance de cadres de l'État islamique au Sahel, montrant des exécutions sommaires, des tortures, des décapitations et d'autres actes cruels, dans le but de s'inspirer de ces méthodes pour leurs propres opérations.


Le matériel saisi par les éléments du BCIJ à Had Soualem. Crédit : Le Desk


Une orientation favorisant le recrutement de familles

Au-delà de la nature des projets terroristes préparés par les membres de cette cellule, plusieurs de ses caractéristiques sont alarmantes, selon le BCIJ. La dangerosité de celle-ci, réside également  dans « son aspect « familial », qui renseigne sur une propension vers l'endoctrinement au sein d'une seule famille comme levier de la propagation de l'extrémisme et du recrutement des volontaires à la perpetration d'actes terroristes », explique-t-on. Cela est d'autant plus préoccupant, vu qu'une nouvelle orientation est constatée.  «  La nouvelle orientation de l'internationale combattante, notamment Daech, vise à favoriser la contagion au sein des familles en incitant ses combattants à l'effet de recruter leurs proches au profit de son agenda terroriste contre le royaume, comme l'illustre le cas de l'Emir de la cellule terroriste baptisée « Addawla Al Islamya Fi Bilad Al Maghrib Al Islami », démantelée le 11/12/2015 », a expliqué le directeur du bureau.


La cellule des « trois frères », dont l'Emir n'est autre que le frère aîné, a « ôté le voile sur une menace émergente impliquant des défis sécuritaires et sociaux de taille, à savoir le risque de dérapage de familles entières vers le credo extrémiste et d'émergence de noyaux sociaux en rupture avec les coutumes et traditions marocaines authentiques », a poursuivi le responsable. En outre, souligne-t-on, cet aspect menace également «  l'homogénéité de la société et l'unité de son rite religieux eu égard a l'influence néfaste que pourrait exercer certains membres acquis au credo terroriste dans leur giron familial ».


Un autre aspect important est mis en lumière avec cette cellule. Selon les investigations menées, Le frère aîné avait l'intention d'emmener ses cinq fils avec lui au Sahel, « ce qui démontre que les organisations terroristes dans différents foyers de tension tablent, désormais, sur la fourniture de « conditions de vie et d'hébergement » pour appâter les combattants et leurs familles », a souligné le directeur du BCIJ.


La situation au Sahel, « une véritable menace sécuritaire pour le Maroc  »

Le patron du BCIJ a ajouté qu'il existait des liens entre cette cellule et un dirigeant de la branche du Sahel de Daech. S'agissant de ces liens, Cherkaoui Habboub indique que la celulle, une fois sa mission accomplie, voulait rejoindre les camps de Daech dans la zone du Sahel. « Le Sahel est devenu une véritable menace et un dénominateur commun avec la plupart des extrémistes arrêtés depuis 2022 », a-t-il fait savoir. De plus, la majorité des personnes arrêtées planifiaient des attaques au Maroc avant de rejoindre cette région.


Par ailleurs, a poursuivi Habboub, « de hauts responsables de « l'État islamique » au Sahel étaient chargés d'assurer l'orientation et la supervision a distance au profit de cellules terroristes locales, comme en atteste cette cellule de Had Soualem  ».


Selon les chiffres du BCIJ, ce sont plus de 40 cellules terroristes ayant « des liens étroits  » avec les branches d'Al-Qaida ou de l'État Islamique au Sahel qui ont été démantelées par les autorités marocaines. En outre, quelque 130 extrémistes marocains sont partis aux «  foyers de Jihad » africains en Somalie et au Sahel, depuis fin 2022. Cela « renseigne sur l'ampleur de la menace émanant de cette zone », a insisté Habboub, regrettant que « ces défis s'accentuent par le ralliement de plusieurs combattants marocains des rangs d'Al-Qaida au Maghreb islamique, du Groupe pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, du Groupe de soutien a l'Islam et aux musulmans et de l'État islamique, lesquels cherchaient à étendre les activités de leurs groupes a l'intérieur du royaume ».


Le directeur du BCIJ souligne aussi à cet égard que plusieurs combattants marocains ayant rejoint ces groupes se sont vus confier des postes de commandement et d'autres ont été impliqués dans des operations terroristes, dont certaines ont connu la participation de marocains comme kamikazes. Pourtant le Maroc a tiré la sonnette d'alarme bien avant que la situation ne prenne cette ampleur, comme rappelé par Habboub : « la direction générale de la surveillance du territoire a été la première à alerter la communauté internationale sur l'intérêt croissant porté par Al-Qaida pour la région du Sahel africain et à avertir que cette région allait se transformer en un pôle régional pour les organisations terroristes internationales ».


Les mineurs de plus en plus en proie à l'endoctrinement cybernétique

Les investigations ont également révélé que les membres de cette cellule terroriste étaient liés à un responsable de l'officine sahélienne de Daech, « lequel a joué un rôle déterminant dans l’accélération de leur processus de radicalisation, d’endoctrinement et de recrutement ». Ce dernier a utilisé le partage de contenus numériques extrémistes pour favoriser leur conversion en «  individus prêts au martyre » pour des opérations terroristes.


Selon le directeur du BCIJ, les campagnes de cyber-influence menées par Daech sur Internet ont largement contribué à l’augmentation de la radicalisation des trois frères. Ces campagnes ont préparé le terrain pour la mise en œuvre de leurs projets terroristes, visant des attaques individuelles. « Le démantèlement de cette cellule démontre que les groupes terroristes instrumentalisent les nouvelles technologies de l'information et les techniques de communication a l'effet de servir leurs agendas destructeurs », a-t-il affirmé. Et d'ajouter : depuis 2016, les services de sécurité marocains ont arrêté plus de 600 islamonautes, disposés à s'investir dans des actes terroristes selon le mode opératoire des « loups solitaires », préconisé par les dirigeants de Daech dans le cadre de sa « guerre d'usure ».


Là encore, réside un autre point en commun entre les cellules démantelées ces derniers temps au Maroc. Tous les membres de celles-ci, note-t-on, ont eu recours aux réseaux sociaux pour la création de groupes de discussion virtuels, pour « unifier leurs orientations idéologiques et échanger leurs expertises, notamment en matière de confection des charges explosives artisanales et des poisons, tout en favorisant la propagation des idéaux extrémistes et la radicalisation accélérée d'une frange notable parmi les jeunes et les mineurs, ayant affiche leurs predisposition à passer à l'acte après un simple coaching virtuel », détaille Habboub.


Les mineurs, âgés de 14 à 17 ans, sont plus exposés à ces nouvelles méthodes d'endoctrinement et de recrutement, à tel point que le phénomène est devenu une « source de menace grandissante ». Selon le responsable, les organisations terroristes exploitent « la vulnérabilité de cette catégorie, son assuétude aux réseaux sociaux, ainsi que son penchant à l'aventure, à l'effet de les instrumentaliser dans des équipées terroristes ».


Dans la même veine, le directeur du BCIJ met en avant l'augmentation du nombre des mineurs issus de familles marocaines détenus dans différentes zones où s'activent ces groupes terroristes, notamment dans le nord-est de la Syrie, où 382 enfants sont détenus. Parmi ceux-ci, note-t-on, plus de 50 mineurs avaient accompagné leurs familles en Syrie entre 2013 et 2015, à l'âge de 7 ou 9 ans et ont atteint actuellement l'âge de la majorité. « Dès lors que la plupart d'entre eux a subi des formations militaires et profèrent même, à travers des videos, des menaces a l'égard du royaume », ajoute le responsable.

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