Réforme du secteur public : l’ANGSPE déploie sa stratégie de gestion de la performance
Abdellatif Zaghnoun, directeur général de l’Agence nationale de gestion stratégique des Participations de l’État (ANGSPE). Crédit: Mustapha Razi / Le Desk
Alors que le Conseil de gouvernement s’apprête à examiner, jeudi 26 juin, le projet de loi portant transformation de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) en société anonyme, l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE) poursuit l'accélération de ses chantiers de réforme.
D’autres institutions publiques suivront prochainement cette même trajectoire de transformation. Comme l’a souligné son directeur général, Abdellatif Zaghnoun, « l’ANGSPE a bien avancé dans l’élaboration du projet de transformation d'autres institutions qui suivront celle de l’ONHYM. Il s'agit de de l’Agence nationale des ports (ANP), de l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP) et de l’Office national des aéroports (ONDA) ».
Ainsi, l'ANP, dirigée par Mustapha Farès, a lancé une étude stratégique, dotée d’un budget de 8,5 millions de dirhams, visant à analyser son cadre juridique, institutionnel et opérationnel, ainsi que son positionnement dans l’écosystème portuaire marocain.
L’ONDA s’inscrit sur la même voie. L’avancement de son projet de conversion en société anonyme a été à l’ordre du jour du conseil d’administration tenu le 21 juin, sous la présidence de l'ex-ministre du Transport et de la Logistique Mohammed Abdeljalil. Ce dernier avait souligné l’envergure stratégique de cette mutation, en lien avec les dispositions de la loi-cadre 50.21.
La MAP a de son côté acté, lors de son 38e conseil d’administration, tenu sous la présidence du ministre Mohamed Mehdi Bensaïd, l’intention de transformer son statut juridique en société anonyme. Cette décision s’inscrit dans un plan d’action plus large ayant pour objectif la modernisation de la gouvernance de l’agence et la refonte de son offre autour de contenus plus attractifs, entre autres.
C’est dans ce contexte de modernisation structurelle des établissements et entreprises publics qu’a eu lieu, ce mercredi 25 juin à Rabat, une rencontre organisée par l’ANGSPE, réunissant la communauté des professionnels du pilotage de la performance, ainsi que les dirigeants des établissements et entreprises publics (EEP), notamment Abdelhamid Addou, président-directeur général de Royal Air Maroc (RAM), Khalid Safir, directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l'Office national des chemins de fer (ONCF), ou encore Fouad Arif, successeur de feu Khalil Hachimi Idrissi à la tête de la MAP.
Une dynamique pour ancrer la performance
Placée sous le thème « Une architecture cible pour le pilotage de la performance des EEP », cette journée a marqué une étape clé dans la construction d’un cadre méthodologique et stratégique pour refonder la gestion de la performance au sein du secteur public, en cohérence avec les nouvelles orientations de la politique actionnariale de l’État.
Présidée par Abdellatif Zaghnoun, la rencontre s’inscrit dans la continuité du dispositif lancé le 7 octobre 2024. Depuis, un travail de fond a été mené avec les EEP afin de bâtir une approche renouvelée, alignée avec les meilleures pratiques internationales et adaptée aux spécificités nationales.
L’évènement a permis de présenter officiellement l’architecture cible du pilotage de la performance, issue d’un processus participatif associant l’ensemble des parties prenantes. Cette nouvelle vision a pour vocation de fédérer les établissements publics autour d’un référentiel partagé, en faveur d’une gestion stratégique, mesurable et résiliente. Ce chantier est appuyé par le cabinet de conseil Accuracy, missionné pour accompagner la structuration du dispositif.
Un modèle souple, centralisé et évolutif
L’architecture proposée s’appuie sur une centralisation pensée pour fluidifier les échanges entre l’ANGSPE et les EEP. Elle est aussi conçue comme un système modulaire et évolutif, capable de s’adapter à la diversité des établissements publics tout en intégrant progressivement de nouveaux outils de pilotage. Il s’agit d’un référentiel commun pour l’ensemble des EEP.
Ce modèle se veut également un outil d’aide à la décision, permettant à l’État actionnaire de renforcer sa capacité d’anticipation et de résilience face aux risques. Son déploiement concernera dans un premier temps les EEP relevant du périmètre de l’ANGSPE, avec une perspective d’élargissement progressif.
Il se distingue par une approche « ambitieuse mais pragmatique », alignée sur les standards internationaux en matière de gestion publique, et repose sur une « architecture centralisée et interconnectée », qui facilite les échanges réguliers et structurés avec les EEP. Sa flexibilité permet une adaptation à la diversité des missions et des tailles des établissements, tout en intégrant progressivement des modules complémentaires pour atteindre le niveau de maturité recherché.
Dans ce sens, le dispositif introduit une distinction selon la maturité des systèmes d’information des EEP : seuls 43 % disposent à ce jour d’un système conforme aux standards, contre 39 % en cours de structuration, et 18 % nécessitant une mise à niveau complète. Les premiers reportings trimestriels sont attendus à partir de septembre 2025, avec un délai de restitution fixé à J+25. L’ANGSPE produira ensuite un reporting consolidé à J+65.
Le reporting intégrera à la fois des indicateurs classiques de performance et des indicateurs spécifiques, conçus pour refléter les objectifs propres à chaque établissement. Il inclura également des mécanismes d’alerte et de suivi renforcés, permettant de détecter rapidement les situations à risque, notamment en cas d’endettement excessif ou d’écarts significatifs par rapport aux trajectoires fixées.
Les objectifs stratégiques de la transformation
Cette nouvelle approche s’articule avec un second chantier engagé par l’ANGSPE : la réforme de la gouvernance des EEP. L’objectif est de professionnaliser les conseils d’administration et les comités spécialisés pour en faire des instances stratégiques capables de challenger les plans d’action du management.
La transformation juridique des établissements, amorcée avec l’ONHYM, s’inscrit dans cette même dynamique. Elle vise à doter les institutions publiques d’un cadre plus flexible et performant, apte à répondre aux enjeux économiques actuels.
Lors de cette rencontre, l’ANGSPE a détaillé les grands objectifs stratégiques assignés à son nouveau dispositif de pilotage. Il s’agit d’abord de préserver les intérêts patrimoniaux de l’État, en mobilisant des leviers de performance, de gestion des risques et de gouvernance. Le système vise aussi à accroître durablement la rentabilité et la valorisation des établissements publics, tout en améliorant leur contribution économique.
Autre ambition affichée : renforcer la capacité de décision de l’État actionnaire, grâce à une gestion plus fine, stratégique et agile de ses participations. Enfin, le dispositif œuvre pour l’adoption des meilleures pratiques en matière de pilotage, en intégrant à la fois des dimensions financières classiques et des critères extra-financiers liés à la durabilité.
Ces évolutions s’appuient sur des jalons posés plus tôt dans l’année, notamment lors de la présentation à Rabat, en mai dernier, de la Charte nationale de gouvernance des EEP, fruit d’un partenariat entre l’ANGSPE, le ministère de l’Économie et des Finances et l’OCDE. Décrite par Nadia Fettah comme une « nouvelle étape dans la dynamique de réforme » du secteur, cette charte vise à aligner les standards nationaux sur les meilleures pratiques internationales en matière de transparence, de responsabilité, de gestion des risques et de durabilité.
Lors de son intervention, Abdellatif Zaghnoun a précisé que le dispositif de pilotage repose notamment sur l’introduction de contrats de performance entre les conseils d’administration et les directions générales des établissements, avec des objectifs pluriannuels, déclinés par secteur, et des indicateurs de suivi. L’objectif de ce dispositif est de « promouvoir une véritable culture de la performance au sein des établissements et des entreprises publiques ».
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