John Bolton, principal soutien du Polisario aux États-Unis, inculpé pour détention de documents classifiés
John Bolton, ici en 2018, était conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump lors de son premier mandat. Crédit : AFP
L’ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, figure de l’aile dure du Parti républicain et principal soutien du Front Polisario à Washington, a été inculpé jeudi par un grand jury du Maryland dans le cadre d’une enquête fédérale sur la détention et la divulgation présumées de documents classifiés.
Cette procédure, initiée par le Département de la Justice, intervient après deux ans d’investigations menées par le FBI. Selon l’acte d’accusation, Bolton, âgé de 76 ans, fait face à 18 chefs d’accusation pour divulgation et rétention d’informations relevant de la défense nationale.
Des perquisitions spectaculaires et une enquête relancée
L’affaire avait éclaté en août dernier, lorsque la police fédérale avait perquisitionné le domicile de Bolton à Bethesda (Maryland) ainsi que ses bureaux à Washington. Les agents recherchaient des documents classifiés que l’ancien haut fonctionnaire aurait conservés ou partagés via des canaux non sécurisés.
L’enquête serait liée à la publication de son livre à charge The Room Where It Happened, paru en 2020, dans lequel il décrivait Donald Trump comme « inapte à diriger les États-Unis ». L’administration Trump avait alors tenté en vain d’en bloquer la sortie, invoquant des impératifs de sécurité nationale.
Abandonnée sous la présidence Biden, l’enquête a été relancée cette année sous la direction du directeur du FBI, Kash Patel, et de la secrétaire à la Justice, Pam Bondi, proche de Donald Trump. « Personne n’est au-dessus de la loi », a martelé Patel après l’annonce de l’inculpation.
Les procureurs affirment que Bolton aurait partagé plus d’un millier de pages de documents confidentiels avec deux membres de sa famille ne disposant d’aucune accréditation de sécurité. Ces échanges auraient eu lieu par courriels personnels non sécurisés. Pire encore, l’un de ces comptes aurait été piraté en 2021 par un hacker lié à l’Iran, sans que Bolton n’en informe les autorités, bien qu’il ait lui-même été l’un des plus virulents partisans d’une ligne dure contre Téhéran.
Trump règle ses comptes avec « un sale type »
Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche en janvier dernier, n’a jamais caché sa rancune envers son ancien conseiller, qu’il avait limogé en 2019. Interrogé sur cette inculpation, le président américain a réagi sèchement : « C’est un sale type, mais c’est comme ça. »
Le locataire de la Maison-Blanche avait déjà signé un décret en début d’année l’accusant d’avoir « laissé fuiter des informations sensibles », avant de lui retirer sa protection du Secret Service et tout accès aux données de renseignement.
La secrétaire à la Justice, Pam Bondi, a déclaré dans un communiqué : « Quiconque abuse d’une position de pouvoir pour mettre en péril notre sécurité nationale devra rendre des comptes. »
Bolton devient ainsi le troisième ancien haut responsable ciblé par la justice fédérale depuis le retour de Trump au pouvoir, après l’ancien directeur du FBI, James Comey, et la procureure de New York, Letitia James. Ces derniers avaient dénoncé des poursuites motivées par la vengeance politique.
Entre vengeance politique et gravité des faits
Si certains observateurs y voient une nouvelle manœuvre de Donald Trump pour neutraliser ses opposants, les accusations visant John Bolton semblent, selon les juristes américains, plus sérieuses que les précédentes. L’acte d’accusation évoque un volume massif d’informations classifiées et des négligences ayant compromis la sécurité nationale.
Les poursuites, déclenchées sous l’administration Biden, ont suivi la procédure classique avant d’être validées par un grand jury fédéral. Pour ses défenseurs, Bolton serait la victime d’une instrumentalisation politique pour ses détracteurs, un symbole de l’arrogance d’une élite républicaine persuadée d’être au-dessus des règles.
Un pro-Polisario sous le feu judiciaire
Au-delà du scandale judiciaire, cette inculpation fragilise une figure clé du lobby pro-Polisario à Washington. John Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU et acteur influent dans les cercles néoconservateurs, s’est toujours distingué par ses positions favorables à un référendum d’autodétermination au Sahara, s’opposant frontalement à la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine.
Encore récemment, il plaidait publiquement pour que les États-Unis « corrigent » leur position et reviennent à un soutien au processus onusien initial. Une posture marginale à Washington, où l’administration actuelle privilégie désormais une solution politique négociée qui soit favorable à Rabat, tout en mettant la pression sur Alger pour réactiver le cadre de discussion régional.
Un symbole du déclin des « faucons » républicains
L’inculpation de John Bolton scelle le déclin d’un courant conservateur interventionniste jadis dominant à Washington. L’homme qui prônait la confrontation avec l’Iran et la Corée du Nord, et soutenait le Polisario au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », se retrouve désormais sur le banc des accusés, affaibli politiquement et discrédité moralement.
« C’est vraiment un moins-que-rien, ce n’est pas un gars intelligent », avait lâché Trump après la perquisition du FBI, avant de conclure : « Il pourrait aussi être très antipatriotique, on va voir ça. »
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