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10.09.2019 à 19 H 04 • Mis à jour le 10.09.2019 à 19 H 34
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n°515.Sahara: John Bolton limogé par Trump, le Maroc désormais soulagé ?

John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, a démissionné à la demande du président, qui a fait état de multiples désaccords. A la nomination en mars 2018 de ce « faucon » à la Maison Blanche et ancien bras droit de James Baker dans le dossier du Sahara Occidental, le Maroc avait subi une forte pression à l’ONU. Un étau qui s’était déjà desserré avec le départ de Horst Köhler, l’envoyé spécial d’Antonio Guterres…

Le président Donald Trump a annoncé, mardi 10 septembre, le limogeage de John Bolton, son conseiller à la sécurité nationale, en raison de divergences sur des dossiers majeurs comme l’Iran, la Corée du Nord et l’Afghanistan.


Trump a annoncé sa décision sur Twitter. « J’ai informé John Bolton hier soir que ses services ne sont plus nécessaires à la Maison Blanche. Je n’étais pas du tout d’accord avec bon nombre de ses suggestions, comme d’autres membres de l’administration, et c’est pourquoi j’ai demandé à John sa démission, qui m’a été remise ce matin. Je remercie John pour ses services. Je nommerai un nouveau conseiller à la sécurité nationale la semaine prochaine. »



John Bolton a contesté la version du président, affirmant sur Twitter avoir présenté sa démission au président, lundi soir, et que le président lui avait répondu : « Parlons-en demain. »


Après Michael Flynn et H. R. McMaster, John Bolton était le troisième conseiller en matière de sécurité nationale.


Un conseiller du président pressant pour le Maroc

Pour le Maroc, cette nouvelle impacte directement le dossier du Sahara Occidental. Bolton s’était dit « frustré » que sa résolution tarde à venir et avait exprimé sa position remettant en cause l’efficience du financement américain aux opérations de maintien de la paix, dont la Minurso.


Sa nomination en mars 2018 avait rappelé de biens mauvais souvenirs à Rabat . Pour le royaume qui négociait difficilement ses positions dans la perspective de l’adoption de la résolution 2414 du Conseil de sécurité sur le Sahara Occidental après des mois de bras de fer avec le Front Polisario, l’arrivée de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU à ce poste stratégique avait été reçue avec beaucoup de circonspection se rappelant qu’il était l’architecte du Plan Baker II dont il avait rejeté il y a dix ans l’option référendaire.


En effet, John Robert Bolton, 70 ans, à la célèbre moustache, avocat, diplomate et ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies, a été l’assistant de James Baker lors de son mandat en tant qu’Envoyé personnel de 1997 à 2000, chargé d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara Occidental. « Bolton avait mis ce minuscule territoire dans les radars du Sénat », commentait ainsi une source pro-Polisario lorsque son nom avait été évoqué pour remplacer Christopher Ross.


Baker, qui avait présenté lors de son mandat de sept ans les deux fameux plans de paix (Baker I et Baker II), avait jeté l’éponge après le retrait du Maroc du dernier accord accepté par le Polisario. Bolton et Robert Zoellick, ancien secrétaire d’État adjoint, étaient au sein de l’équipe de Baker, les architectes de la seconde mouture du plan qui avait appelé à un vote initial sur l’autonomie, suivi d’un second vote cinq ans plus tard sur l’indépendance ou l’intégration du Sahara Occidental au Maroc.


A l’époque, fait paradoxal, les partisans du Front Polisario à Washington étaient surtout composés de conservateurs, pour la plupart liés à des think tanks tels que la Defense Forum Foundation de l’activiste proche de l’Algérie, Suzanne Sholte, l’American Conservative Union et l’American Enterprise Institute, dont Bolton était membre actif, mais aussi les poids lourds « néo-cons » Richard. Perle, Jeane Kirkpatrick et Newt Gingrich. « Ceux qui connaissent Bolton disent qu’il est fortement en faveur d’un référendum pour les Sahraouis, après avoir visité les camps de réfugiés », disaient de lui ses fervents supporters.


Aussi, le Polisario a toujours considéré la candidature de Bolton à l’ONU comme une lueur d’espoir pour leur cause. Ils ont été à ce titre déçus que le choix d’Antonio Guterres se fasse en faveur de l’Allemand Horst Köhler.


« Bolton est connu pour être un conservateur belliciste et pour avoir des opinions qui ne sont pas favorables au Maroc en ce qui concerne les conflits. Durant son mandat d’ambassadeur à l’ONU entre 2005 et 2006, il a davantage insisté sur la tenue d’un référendum d’autodétermination pour décider du sort du territoire », résumait une source proche du dossier lorsque Trump en avait fait son conseiller à la sécurité nationale.


Fait notoire, Bolton, a menacé de forcer le retrait de la Minurso, faisant de lui un des politiciens américains les plus virulents sur l’application d’un référendum par la contrainte.


« Bolton pourrait être la clé. Il a passé trois ans à travailler avec Baker sur son plan, il connaît bien le problème, et a déjà exprimé sa frustration face à la réticence du Maroc à organiser un référendum », avait estimé le congressman Joseph Pitts, soutien inconditionnel du Polisario qui en a longtemps plaidé « qu’avoir Bolton à l’ONU pourrait pousser le conflit dans le bonne direction ».

 

« Le Conseil [de sécurité] votera à nouveau pour le prolonger de quelques mois et continuera ainsi à reporter une résolution finale sur la question, incapable de s’entendre sur un plan définitif et ne voulant pas forcer le Maroc à respecter ses obligations internationales pour permettre un référendum », avait notamment déclaré Bolton devant le Congrès en 2005.


Dans son livre « La reddition n’est pas une option : défendre l’Amérique aux Nations Unies et à l’étranger », paru en juillet 2008 aux Editions ThresHold, Bolton évoquait nettement les difficultés d’appliquer les résolutions onusiennes « en raison de l’absence d’une volonté politique de Washington, pris dans l’engrenage de ses intérêts stratégiques avec Rabat ».


Pour lui « le plus grand obstacle à ma vision était la bureaucratie du département d’État soutenue par le Conseil national de sécurité avec Elliot Abrams ». Les deux, a-t-il poursuivi, « ont accepté l’idée que l’indépendance du Sahara occidental, option pour laquelle les Sahraouis opteraient sûrement de l’avis quasi général, déstabiliserait le Maroc ».


Bolton rapporte sous cet angle son travail auprès de Baker. « Malgré (…) nos efforts acharnés pour amener les parties à se mettre d’accord sur les règles du référendum, nous n’avons pas réussi et l’affaire du Sahara Occidental était toujours en suspens quand je suis arrivé à New York en août 2005 (…) », regrettant que « le problème n’a toujours pas été résolu, même après quinze ans de présence d’une force de maintien de la paix des Nations Unies ».


« Lorsque j’accompagnais Jim Baker, rapportant les Accords de Houston de 1997 sur le Sahara Occidental, un de mes objectifs, je l’ai suggéré, pourrait être finalement de mettre fin à l’opération de maintien de la paix de longue date en organisant le référendum sur le futur statut du Sahara Occidental qu’il avait été décidé d’entreprendre », ajoutait-il.


John Bolton assistant à une réunion du cabinet Trump, le 9 avril à la Maison Blanche. NICHOLAS KAMM/GETTY IMAGES


« Avec Bush et ensuite avec Jim Baker au Sahara Occidental, j’avais un intérêt particulier à essayer (…) de donner aux résidents du territoire le référendum sur son statut futur promis depuis longtemps. Le Maroc a d’abord accepté un référendum – c’était, après tout, ce que signifiait le “R” de la Minurso, mais il a systématiquement bloqué les mesures nécessaires pour le mener, comme l’identification et l’inscription des électeurs »…


….« C’était un exemple clair des limites des opérations de maintien de la paix de l’ONU (…) J’ai rencontré à plusieurs reprises en 2005 et 2006 les représentants de l’Algérie et du Maroc, dont les deux pays étaient plutôt satisfaits du statu quo sur le territoire, mais avec des raisons opposées. Le Maroc est en possession de la quasi-totalité du Sahara occidental, heureux de le garder tel quel, et s’attendant à ce que le contrôle de facto se mue en contrôle de droit, lui conférant une étendue territoriale cohérente avec son concept historique (…) et l’accès à d’éventuelles ressources naturelles et des droits de pêche »…


« En fait, les tensions non résolues entre le Maroc et l’Algérie, sans lien avec le Sahara occidental, ont été un facteur majeur dans le conflit », avait-t-il cependant reconnu. « Peter van Walsum, un haut diplomate néerlandais à la retraite avec une vaste expérience des Nations Unies en tant qu’ancien représentant et remplaçant de Baker en tant qu’envoyé personnel du secrétaire général pour le Sahara Occidental, a essayé à plusieurs reprises en 2005 de voir si un membre du Conseil de sécurité envisageait de faire pression sur le Maroc pour qu’il respecte ses nombreux engagements d’organiser un référendum. Il a trouvé qu’aucun n’était disposé, excepté l’Algérie, que naturellement le Maroc ignorerait. Van Walsum a informé le Conseil de sécurité le 25 avril 2006, expliquant que la légalité internationale était en conflit avec la realpolitik (le contrôle du Maroc sur presque tout le territoire), et que le Conseil devait trouver un compromis », poursuivait-il dans ses mémoires.


« Bien que de nombreux pays ne puissent concevoir un conflit, sans parler d’un compromis où la légalité internationale pourrait céder la place à la simple realpolitik, j’étais ravi que quelqu’un ait au moins parlé de l’indicible (… ) ».


 « Si seulement d’autres étaient aussi francs que Van Walsum (…) Comme il était clair que le Maroc n’avait pas l’intention de permettre un référendum, il n’y avait aucune raison pour une mission de l’ONU d’en conduire un », avait-il estimé, et de proposer alors au Conseil de sécurité d’essayer « de trouver une véritable solution au problème sous-jacent ».


C’est dans ce sens qu’il avait dénoncé lors d’un hearing devant le Congrès américain organisé en 2011 par la Defense Forum Foundation, « l’absence de progrès pour la tenue d’un référendum au Sahara occidental », qualifiant cette situation de « grande tragédie ».


« Après toutes ces années d’efforts, je suis perplexe par notre incapacité d’organiser un référendum au Sahara occidental afin de permettre au peuple sahraoui, d’une manière réellement démocratique, d’exprimer son point de vue sur ce qu’il veut pour l’avenir de son pays », avait-t-il déploré.


Après le départ de Köhler, nouveau satisfecit pour Rabat

En avril 2018, sur l’impulsion de la Maison Blanche, le Conseil de sécurité avait écourté le mandat de la Minurso à six mois pour presser à la relance des négociations entre le Maroc et le Polisario, alors que le secrétaire général de l’ONU suggérait de le proroger pour une durée d’un an. Amy Tachco, coordinatrice politique de la mission des États-Unis auprès des Nations Unies avait déclaré : « Notre objectif est d’envoyer deux messages. Le premier est qu’il ne peut plus y avoir de statu quo avec la Minurso et le Sahara Occidental. Le second est à l’heure actuelle, d’apporter notre soutien sans réserve à l’Envoyé personnel Köhler dans ses efforts pour faciliter les négociations entre les parties », rappelant un ancien écrit de John Bolton aux Nations Unies : « La Minurso semblait sur le point d’acquérir une existence quasi-perpétuelle, car personne ne savait comment en faire usage ».

 

Celui qui sous Kofi Annan, avait ardemment milité pour la tenue d’un référendum semblait ainsi décidé depuis sa position forte à la Maison Blanche de saisir l’occasion qui lui était offerte pour faire bouger les lignes. Mais la situation géopolitique a largement évolué depuis que le Plan Baker II avait mené le dossier dans l’impasse.


Ce que Bolton avait pu obtenir en l’espace de six mois est qu’un nouveau cadre de négociations puisse être débattu en Suisse. Mais là encore, malgré ses pressions, le processus de Genève s’est lui aussi enlisé avec le départ de Horst Köhler qui avait présenté sa démission pour des raisons de santé entrainant le gel de la tenue de la troisième table ronde de Genève sur le Sahara Occidental réunissant le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Son successeur n’ayant pas encore été désigné par l’ONU, et avec le limogeage de Bolton par Trump, Rabat a de quoi être satisfait… 


De plus, l’influence du conseiller à la sécurité de Donald Trump s’était très vite traduite sur les décisions diplomatiques de la Maison Blanche avec les raids en Syrie et sur le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. Pour le Maroc, le consentement à cette ligne dure était devenue inéluctable pour garder le soutien de Washington dans le dossier du Sahara Occidental… 


Il faudra cependant attendre de voir si l’engagement de Washington sur le dossier saharien se maintiendra avec la même intensité, ce qui à priori ne sera pas le cas, tant il était marqué par la personnalité et le pedigree de John Bolton et malgré le fait que Mike Pompeo, aligné sur Bolton, garde son poste au Département d’Etat. Par ailleurs, les Etats-Unis sont plus que jamais focalisés sur des foyers de tensions autrement plus stratégiques pour leurs intérêts : l’Iran, la Chine, la Corée du Nord, l’Afghanistan…