PLF 2026 : Nadia Fettah défend un budget d’équilibre pour accélérer la « marche du Maroc ascendant »
Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Fiances, lors de la présentation du PLF 2026 au Parlement, le 20 octobre 2025. Crédit : MAP
Devant les deux Chambres du Parlement, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a présenté ce lundi 20 octobre les grandes lignes du projet de loi de finances pour l’année 2026. Un exercice qu’elle a placé sous le sceau des « hautes orientations royales » et de la « responsabilité partagée » entre les pouvoirs exécutif et législatif pour « accélérer la marche du Maroc ascendant ».
L’architecture du PLF 2026, a-t-elle souligné, s’articule autour de quatre priorités : consolider les acquis économiques, déployer une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés, renforcer les fondements de l’État social et poursuivre les grandes réformes structurelles tout en préservant les équilibres macroéconomiques.
Une économie marocaine résiliente dans un contexte mondial incertain
La ministre a d’abord dressé le tableau d’une conjoncture internationale encore marquée par « l’incertitude et les tensions géopolitiques », où la croissance mondiale demeure atone – autour de 3,2 % en 2025 et 3,1 % en 2026 – tandis que la zone euro, principal partenaire commercial du Royaume, « peine à retrouver son dynamisme » avec une croissance attendue à seulement 1,1 %. Dans ce contexte, « le Maroc poursuit un chemin singulier », a-t-elle affirmé, en s’appuyant sur la stabilité politique, les choix économiques cohérents et la solidité de ses institutions.
Le pays devrait enregistrer une croissance de 4,8 % en 2025, soutenue par la reprise des activités non agricoles (+4,5 %) et la bonne tenue du secteur tertiaire. Le taux d’inflation a été ramené à 1,1 % en août 2025, tandis que le déficit budgétaire s’est réduit à 3,5 % du PIB (contre 5,5 % en 2021), et l’endettement public à 67,4 %.
Cette trajectoire vertueuse, a rappelé Fettah, a été saluée par la décision de l’agence Standard & Poor’s en septembre de rétablir la note souveraine du Maroc dans la catégorie Investment Grade, confirmant la confiance des investisseurs et des bailleurs internationaux.
380 MMDH d’investissement public et un effort massif sur l’eau et les infrastructures
La ministre a annoncé un volume d’investissement public de 380 MMDH en 2026, orienté vers les infrastructures, la logistique, la mobilité et les équipements territoriaux. Les priorités portent sur le parachèvement des grands chantiers structurants : extension du réseau ferroviaire à grande vitesse vers Marrakech, renforcement des autoroutes, construction du port Atlantique de Dakhla, poursuite des travaux à Nador West Med, modernisation des aéroports et amélioration du réseau logistique.
Le budget 2026 mobilise également 16,4 MMDH pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable, financer la construction de 16 grands barrages, accélérer les interconnexions hydrauliques entre bassins (Sebou–Bouregreg–Oum Er-Rbia) et généraliser les stations de dessalement de l’eau de mer visant une capacité de 1,7 milliard m3 par an.
L’accent est aussi mis sur la transition énergétique : les énergies renouvelables représentent déjà 45 % du mix électrique, et le gouvernement entend accélérer la mise en œuvre de « l’Offre Maroc Hydrogène Vert », incluant la conversion des centrales de Tahaddart, Kénitra et Mohammedia au gaz naturel et la construction d’une première unité de GNL à Nador West Med.
Soutien à l’investissement privé et promotion de l’emploi
Le discours a souligné la poursuite du nouveau pacte pour l’investissement, appuyé par le Fonds Mohammed VI et un recours accru aux partenariats public-privé. L’objectif est d’attirer davantage d’investissements nationaux et étrangers dans les secteurs à haute valeur ajoutée (automobile électrique, énergies vertes, aéronautique, tourisme, exportations…).
En 2025, la Commission nationale des investissements a validé 250 projets pour un montant global de 414 milliards de dirhams, promettant 65 000 emplois directs et 110 000 indirects. Le PLF 2026 prévoit également 2 milliards de dirhams pour soutenir les TPE et PME, faciliter leur accès au financement et aux marchés publics, et promouvoir l’emploi des jeunes à travers la généralisation de la formation alternée pour 200 000 jeunes entre 2025 et 2027.
Déploiement du nouveau modèle de développement territorial
La deuxième priorité du PLF 2026 réside dans le lancement du nouveau programme intégré de développement territorial, conformément au discours royal du 10 octobre 2025. Celui-ci vise à « passer à la vitesse supérieure » dans la mise en œuvre de la régionalisation avancée, en assurant la convergence entre politiques publiques nationales et besoins locaux réels.
Un programme prioritaire, doté de 2,8 MMDH, concernera dès 2026 36 centres ruraux pilotes parmi 542 identifiés à l’échelle nationale, pour un total de 77 centres prioritaires. L’objectif est de réduire les disparités sociales et territoriales par l’accès équitable aux services essentiels : santé, éducation, eau, emploi et mobilité.
Santé, éducation et formation : la consolidation de l’État social
Le troisième pilier du PLF 2026 est la consolidation de l’État social, à travers un effort budgétaire sans précédent dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
Le budget de la santé atteint 42,4 MMDH (+10 MMDH), incluant la création de 8 000 postes supplémentaires et la construction ou réhabilitation de 90 hôpitaux régionaux et provinciaux, dont les CHU d’Agadir, Laâyoune, Béni Mellal, Guelmim et Errachidia.
L’éducation nationale bénéficie de 97,1 MMDH, en hausse de 11,5 MMDH, avec la création de 19 344 postes et l’ouverture de 193 nouvelles écoles. Le gouvernement prévoit d’étendre le programme des « Écoles pionnières » à 6 626 établissements primaires et 1 286 collèges, tout en élargissant le transport et l’hébergement scolaires à 730 000 élèves.
Dans le supérieur, l’enveloppe atteint 17,3 MMDH pour la recherche et l’enseignement universitaire, tandis que la formation professionnelle s’enrichit de 27 nouveaux instituts et de trois villes des métiers et des compétences à Dakhla-Oued Eddahab, Guelmim-Oued Noun et Marrakech-Safi.
Généralisation de la protection sociale et soutien au pouvoir d’achat
Le gouvernement poursuit la généralisation de la protection sociale, avec 19,6 millions de personnes inscrites au Registre social unifié à mi-septembre 2025, soit 51 % de la population. Le budget 2026 consacre 29 milliards de dirhams à cette politique, dont 10,5 milliards pour l’assurance maladie obligatoire des plus démunis et 44,6 milliards d’aides versées dans le cadre du programme de soutien direct aux familles (4 millions de ménages bénéficiaires).
Les allocations pour enfants seront relevées à 50-100 dirhams par enfant, avec une attention particulière aux orphelins et enfants en institutions. Le dispositif est financé en partie par la contribution sociale de solidarité prolongée.
Pour préserver le pouvoir d’achat, l’État maintiendra ses subventions : 116 MMDH entre 2022 et 2025 pour les carburants et produits de base, 17 MMDH pour stabiliser les tarifs de l’électricité via l’ONEE, et 14 MMDH supplémentaires prévus en 2026.
Le gouvernement poursuivra aussi le programme d’aide directe à l’acquisition du logement principal, dont ont déjà bénéficié 68 000 familles, pour un montant de 5,6 milliards de dirhams, ainsi que la réhabilitation des zones sinistrées par le séisme d’Al Haouz.
Réformes structurelles et discipline budgétaire
Enfin, le PLF 2026 met l’accent sur la modernisation de la gestion publique : réforme du règlement organique de la loi de finances, alignement sur une logique de performance et de reddition des comptes, renforcement de la programmation pluriannuelle et du rôle du Parlement.
L’État poursuivra la restructuration des entreprises et établissements publics, la rationalisation des dépenses et la réforme du système fiscal dans le cadre de la loi-cadre 69.19.
L’objectif est de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB et la dette publique à 66 %, tout en assurant une croissance projetée à 4,6 %, avec un taux d’inflation de 2 %, un rendement agricole de 70 millions de quintaux et un prix moyen du butane fixé à 500 dollars la tonne.
« Nous devons changer nos modes de pensée et ancrer la culture du résultat », a déclaré la ministre en conclusion, appelant à une mobilisation collective « pour concrétiser la vision du Roi Mohammed VI d’un Maroc qui avance à une seule vitesse, où tous les citoyens bénéficient équitablement des fruits de la croissance ».
Le PLF 2026, a-t-elle résumé, « vise à consolider la stabilité, renforcer la justice sociale et soutenir la souveraineté économique et financière du Royaume, dans la continuité d’un quart de siècle de réformes et d’ambition nationale ».
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