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17.12.2025 à 02 H 28 • Mis à jour le 17.12.2025 à 12 H 16
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Finance

Bank Al-Maghrib maintient le cap monétaire et précise sa feuille de route pour 2026

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Crédit : MAP
Lors de sa dernière session trimestrielle de 2025, le Conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu le taux directeur à 2,25% et confirmé un scénario d’inflation durablement maîtrisée et de reprise économique soutenue, tout en détaillant sa feuille de route monétaire, bancaire et macroéconomique pour 2026 et au-delà. Les détails

À l’issue de la quatrième et dernière réunion trimestrielle de 2025, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25 %, dans un contexte marqué par une inflation durablement basse et une reprise économique soutenue.


Lors d’un point de presse tenu à Rabat, le wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, a livré une analyse exhaustive de la situation monétaire, bancaire et macroéconomique, revenant en détail sur les discussions en cours dans le secteur bancaire, la transmission de la politique monétaire, les mécanismes de financements innovants, le soutien renforcé aux TPME, la préparation du ciblage de l’inflation et les perspectives économiques à moyen terme.


Décision monétaire prudente, dans un environnement encore incertain

Réuni dans le cadre de sa dernière session trimestrielle de l’année, le Conseil de BAM a choisi de maintenir le taux directeur inchangé. Cette décision s’appuie sur l’évolution de l’inflation, qui demeure à des niveaux historiquement bas, ainsi que sur un environnement encore caractérisé par un degré élevé d’incertitude, due à la fois aux tensions géoéconomiques internationales persistantes et aux aléas climatiques qui pèsent sur l’économie nationale. 


La Banque centrale a réaffirmé qu’elle poursuivra une approche fondée sur l’analyse fine de la conjoncture, en arrêtant ses décisions réunion par réunion sur la base des données les plus récentes.


BAM, observateur du deal BMCI-Holmarcom

Sur le plan bancaire, le wali a confirmé l’existence de discussions préliminaires entre BNP Paribas et le groupe Holmarcom. Il a précisé que BAM était tenue informée de ces échanges, tout en rappelant avec insistance que la Banque centrale n’intervient ni dans l’orientation de l’acheteur ni dans celle du vendeur. À ce stade, il s’agit de discussions dont l’issue reste incertaine et qui peuvent autant aboutir que ne pas se concrétiser. En revanche, si ces échanges devaient déboucher sur un changement de contrôle, BAM interviendrait dans le strict cadre de son rôle de régulateur bancaire, conformément à la loi. Un tel changement impliquerait nécessairement l’octroi d’un nouvel agrément, accordé après un examen approfondi du dossier.


Abdellatif Jouahri a tenu à souligner qu’un dossier d’agrément est par nature complexe et exigeant, allant bien au-delà du seul projet industriel. Même dans le cas où l’acheteur potentiel disposerait déjà d’un agrément, comme c’est le cas du groupe Holmarcom après sa récente prise de contrôle du Crédit du Maroc, il ne s’agit en aucun cas d’une simple formalité. BAM examine le projet industriel à moyen terme, les orientations stratégiques envisagées et la cohérence globale de l’opération. La Banque centrale analyse également l’ensemble des aspects prudentiels, en s’assurant notamment que l’actionnaire de référence dispose de la capacité financière et organisationnelle nécessaire pour assumer ses responsabilités. 


Une fois l’instruction achevée, le dossier est présenté devant le comité des établissements de crédit, composé de représentants du ministère des Finances et de BAM, auquel revient la décision finale revient à ce comité. À ce stade, a rappelé le wali, la Banque centrale est informée, mais n’intervient pas dans les négociations commerciales.


Financements innovants, TPME et lutte contre le cash

Abdellatif Jouahri est longuement revenu sur la question des financements innovants, en particulier ceux impliquant la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et les organismes de protection sociale. Il a précisé que la CDG ne souscrit pas l’intégralité des montants et que ces opérations reposent sur des montages associant des OPCVM, des caisses et des organismes de retraite. Il a fermement réfuté tout lien entre ces opérations et les déficits que connaissent certaines caisses de retraite, rappelant que le rééquilibrage de ces régimes relève d’un chantier distinct pris en charge par l’État, en tant qu’employeur, garant des loyers et entité inscrivant ces charges dans la loi de finances.


En tant que banque centrale, BAM donne son accord à ces opérations lorsque la quotité de risque peut être pondérée à zéro. Son intervention porte précisément sur cette pondération du risque. Lorsqu’il peut être assimilé à un risque étatique, il peut être pondéré à zéro, à condition que les loyers soient effectivement inscrits dans la loi de finances. En revanche, la Banque centrale ne se prononce pas sur la décision des caisses de souscrire ou non à ces opérations, cette responsabilité relevant exclusivement de leurs organes de gouvernance. À ce stade, le wali a indiqué qu’il n’existe pas de risque pour les caisses et que le rendement attendu est jugé meilleur.


Financement des TPME, une priorité pour BAM

S’agissant du financement des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), le wali a rappelé que ce sujet constitue une priorité de longue date pour la Banque centrale, d’autant plus que 30 % du refinancement du secteur bancaire leur est destiné. Conformément aux orientations royales, BAM a décidé de renforcer son action en capitalisant sur l’expérience du programme Intelaka, qui a permis de mobiliser 9 milliards de dirhams (MMDH) au profit de 38 000 entreprises. L’analyse a toutefois révélé que plus de 40 % des projets d’investissement présentés aux banques étaient refusés. Ce constat a conduit la Banque centrale à revoir son approche, en mettant l’accent sur l’accompagnement dès le début du processus, et non plus uniquement à son terme.


L’objectif à moyen terme est de permettre aux TPME de sortir de la vulnérabilité, de renforcer leurs fondations et de soutenir leur croissance. Dans ce cadre, BAM a décidé de mettre en place un scoring national de la TPME, élaboré en collaboration avec le Crédit Bureau et actuellement en cours de finalisation. Les banques seront tenues d’utiliser ce scoring et devront justifier toute décision contraire. En cas de rejet d’un dossier, l’établissement bancaire devra en expliquer les raisons. En parallèle, des programmes d’accompagnement seront assurés par le Crédit Agricole du Maroc, Maroc PME et les Centres régionaux d’investissement, en intégrant les zones situées en dehors de l’axe Casablanca-Rabat, ainsi que des actions de sensibilisation et d’éducation financière. L’ambition affichée est de doubler les réalisations du programme Intelaka, ce qui a conduit Tamwilcom à revoir les conditions de garantie.


Le wali a également annoncé que le rapport final sur le cash est désormais achevé. Finalisé par BAM, il a été transmis au ministère de l’Économie et des Finances ainsi qu’à la Chefferie du gouvernement. Une réunion est prévue afin de discuter des moyens de réduire l’usage du cash et de lutter contre l’informel.


Transmission monétaire, ciblage de l’inflation et perspectives macroéconomiques

Sur le volet de la transmission de la politique monétaire, Abdellatif Jouahri a annoncé la tenue, le 8 janvier prochain, d’une réunion avec le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM). Cette rencontre sera notamment consacrée à l’examen des dépassements de lignes de crédit et des taux qui leur sont appliqués. Elle s’inscrit dans le suivi du mécanisme de transmission de la politique monétaire et vise à analyser les conditions de crédit pratiquées par les établissements bancaires.


Le wali a rappelé que cette transmission n’est pas toujours intégrale, aussi bien en phase de hausse qu’en phase de baisse des taux. Lors des périodes de relèvement, la Banque centrale avait appelé les banques à privilégier une approche fondée sur l’évaluation du risque et l’examen des dossiers au cas par cas. En phase de baisse, un certain décalage persiste, phénomène également observé à l’international, notamment en raison de la forte proportion de contrats à taux fixe au Maroc, qui représentent environ 85 % des encours.


L'année 2026, année de test pour la flexibilisation du dirham

Sur les perspectives de politique monétaire, BAM prévoit de lancer en 2026 une phase pilote du ciblage de l’inflation, dans le cadre d’une transition graduelle et prudente vers un régime de change plus flexible. Après une première phase de libéralisation du régime de change, l’année 2026 servira d’année d’essai pour le ciblage de l’inflation, avec l’appui technique du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de banques centrales partenaires. L’application effective interviendra progressivement à partir de 2027. Le wali a insisté sur la nécessité pour l’ensemble des opérateurs économiques de bien comprendre les implications de cette transition, qui se fera par étapes.


Concernant la fréquence des réunions du Conseil dans ce futur cadre, les textes de 2019 prévoyaient initialement un nombre supérieur aux quatre réunions trimestrielles actuelles. Toutefois, la disponibilité encore limitée de données statistiques à un rythme plus rapproché ne permet pas, à ce stade, d’aller au-delà. La priorité porte donc sur le renforcement de la statistique nationale afin de la rendre plus fiable, plus granulaire et plus disponible dans le temps. En attendant, la Banque centrale continuera de s’appuyer sur le format actuel, complété si nécessaire par des réunions exceptionnelles.


Sur le plan macroéconomique, l’inflation devrait ressortir à 0,8 % sur l’ensemble de l’année 2025, après une moyenne identique sur les dix premiers mois, sous l’effet notamment de l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires, en particulier l’huile d’olive, et de la baisse des prix des carburants et lubrifiants. Elle s’établirait à 1,3 % en 2026 puis à 1,9 % en 2027, convergeant progressivement vers l’objectif de stabilité des prix. L’inflation sous-jacente atteindrait 0,7 % en 2025 et 2026 avant de s’accélérer à 1,9 % en 2027. Les anticipations d’inflation demeurent bien ancrées, les experts du secteur financier tablant sur 2 % à l’horizon de huit trimestres et 2,2 % à celui de douze trimestres.


Croissance : à 5 % en 2025, consolidation à 4,5 % en 2026 et 2027

La croissance économique devrait accélérer à 5 % en 2025, puis se consolider à 4,5 % en moyenne sur 2026 et 2027. La valeur ajoutée agricole augmenterait de 5 % en 2025, puis de 4 % en 2026 et de 2 % en 2027, sous l’hypothèse de campagnes céréalières moyennes de 50 millions de quintaux. Les activités non agricoles poursuivraient une dynamique vigoureuse, avec une croissance de 5 % en 2025, de 4,8 % en 2026 et de 4,5 % en 2027, soutenue par l’investissement.


Les exportations progresseraient de 4,5 % en 2025, portées par la hausse des ventes de phosphate et dérivés à 108 MMDH, puis de 8,4 % en 2026 et de 7,9 % en 2027, notamment grâce à la reprise de l’industrie automobile, dont les exportations atteindraient 208 MMDH en 2027 après une croissance annuelle autour de 17 %. Les importations resteraient soutenues, tirées par les biens d’équipement et de consommation, tandis que la facture énergétique s’allégerait en 2025 et 2026 avant de remonter à 101 milliards de dirhams en 2027.


Les recettes de voyages continueraient leur progression pour avoisiner 155 MMDH en 2027, tandis que les transferts des Marocains résidant à l’étranger augmenteraient de 3,1 % en moyenne annuelle pour atteindre 130 milliards de dirhams. Le déficit du compte courant demeurerait contenu autour de 1,8 % du PIB en 2025 et resterait inférieur à 2 % en 2026 et 2027. Les investissements directs étrangers se renforceraient, avec des recettes équivalentes à 3,5 % du PIB.


Les avoirs officiels de réserve atteindraient 448 MMDH à fin 2027, couvrant près de cinq mois et demi d’importations. Le besoin de liquidité bancaire se creuserait progressivement pour atteindre 158 MMDH en 2027. Le crédit bancaire au secteur non financier connaîtrait une accélération à 4,1 % en 2025 puis à 5 % en 2026 et 2027. Enfin, les évaluations de BAM indiquent que la valeur du dirham demeure globalement alignée avec les fondamentaux économiques. Le taux de change effectif réel s’apprécierait de 2,2 % en 2025 avant de se déprécier de 2,8 % en 2026 et de 0,5 % en 2027. Sur le plan budgétaire, le déficit hors cession des participations de l’État reculerait de 3,9 % du PIB en 2024 à 3,6 % en 2025 puis à 3,4 % en 2026 et 2027. Le Conseil a enfin validé la stratégie de gestion des réserves de change, approuvé le budget de la Banque et arrêté les dates de ses réunions pour 2026.

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