CAN Maroc 2025 : Regragui et Chelle, deux lectures lucides d’une demi-finale au sommet
Walid Regragui, sélectionneur marocain, et son homologue nigérian Éric Chell au terme de la demi-finale de la CAN ayant opposé leurs équipes respectives. Crédit : AFP
Au terme d’une haletante demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, remportée par le Maroc face au Nigeria aux tirs au but (4-2, 0-0 après prolongations), les réactions d’après-match ont surtout mis en lumière la dimension mentale de cette qualification historique. Des deux côtés du banc, les sélectionneurs ont livré des analyses à la fois sobres, respectueuses et révélatrices de l’intensité du duel.
Pour Walid Regragui, l’essentiel était ailleurs que dans la seule performance sportive. « Ce sont des matchs qui se jouent sur le mental et les détails. C’est un beau cadeau pour le public marocain », a déclaré le sélectionneur national en conférence de presse. Visiblement ému, il a insisté sur l’état d’esprit comme condition première pour glaner des titres, estimant que le talent seul ne suffisait pas sans une forte cohésion collective. Il s’est également réjoui de la dynamique du football marocain ces dernières années, qu’il a inscrite dans une trajectoire plus large de structuration et de régularité au plus haut niveau continental.
Dans un registre plus symbolique, le sélectionneur des Lions de l’Atlas a tenu à remercier publiquement le roi Mohammed VI pour son soutien constant à l’équipe nationale et, au-delà, au développement du football au Maroc. « La victoire d’aujourd’hui revient à tout le staff. C’est la victoire du Maroc », a-t-il souligné, saluant en particulier le travail du staff médical, qu’il a qualifié d’« un des meilleurs au monde ».
Objectif : récupérer le plus tôt possible
Conscient de la dépense d’énergie imposée par un Nigeria solide et bien organisé, Regragui a déjà projeté son discours vers la finale. « Nous avons eu besoin de beaucoup d’énergie. Il faut récupérer le plus tôt possible », a-t-il expliqué, rappelant que le Maroc retrouve la finale de la CAN vingt-deux ans après celle perdue en 2004 face à la Tunisie. La perspective de l’affrontement contre le Sénégal, prévu le 18 janvier à Rabat, impose selon lui un recentrage immédiat : « Nous sommes passés par des moments difficiles. Il faut rester positifs et se concentrer pour remporter ce titre ensemble. »
Le sélectionneur marocain a enfin mis en avant certains choix forts, notamment lors de la séance des tirs au but. « Youssef En-Nesyri s’est proposé pour tirer le dernier penalty. Cela montre la personnalité de ce grand joueur », a-t-il souligné, insistant sur la solidarité et la force mentale d’un groupe qu’il juge désormais habitué aux rendez-vous décisifs.
Dans le camp adverse, Éric Chelle n’a pas cherché à masquer sa déception, tout en reconnaissant sans détour le mérite du Maroc. « C’est dur de perdre aux tirs au but. Nous devons accepter cette défaite et continuer de travailler », a-t-il déclaré, décrivant une rencontre « très disputée », presque un combat, où l’intensité physique a fini par peser. Le technicien nigérian a admis les limites de son équipe dans les moments clés : occasions manquées, pertes de balle et fatigue accumulée face à la pression marocaine.
Une organisation de la CAN « exceptionnelle »
Chelle a toutefois défendu les choix opérés lors de la séance fatidique, affirmant que les joueurs désignés étaient les mieux préparés. « Je suis déçu du résultat, mais fier de mes joueurs », a-t-il insisté, appelant son groupe à se remobiliser pour le match de classement face à l’Égypte. Dans un geste apprécié, il a également salué « l’organisation exceptionnelle » de cette CAN au Maroc.
Plus largement, le sélectionneur nigérian a tenu à souligner la performance des entraîneurs africains lors de cette édition. « Je suis très content pour Walid. C’est bénéfique pour l’Afrique. C’est une belle Coupe d’Afrique », a-t-il conclu, donnant à cette demi-finale une portée qui dépasse le simple résultat.
Dans un Stade Prince Moulay Abdellah incandescent, le Maroc a ainsi validé bien plus qu’un billet pour la finale de la CAN 2025. À travers les mots de ses entraîneurs, la rencontre a révélé deux visions convergentes : celle d’un football africain exigeant, mûr, où la victoire se forge autant dans la tête que dans les jambes.
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