La Tour Mohammed VI enfin inaugurée après une décennie de tribulations
La Tour Mohammed VI, sur la rive du Bouregreg. Crédit : Mustapha Razi / Le Desk
Elle était annoncée pour 2022. Elle a été livrée fin mars 2026. Lundi 13 avril, sur ordre du roi Mohammed VI, le prince héritier Moulay El Hassan a officiellement inauguré la Tour Mohammed VI, un monolithe de verre et d'acier de 250 mètres qui redessine désormais l'horizon de la capitale depuis la rive droite du fleuve Bouregreg. Cinquante-cinq étages, 102 800 mètres carrés de superficie, un hôtel Waldorf Astoria, des bureaux, des résidences de luxe, un observatoire panoramique au sommet : l'édifice entend incarner, dans le béton, les ambitions de modernité d'un royaume en quête de rayonnement international. Mais derrière la façade scintillante se cache une histoire autrement plus sinueuse, celle d'un projet qui aura changé de ville, de vocation, de calendrier et de budget avant de voir le jour.
D'un siège bancaire à un symbole national
Pour comprendre la genèse de cette tour, il faut remonter à 2 013 et à un homme : Othman Benjelloun. Le patron du groupe financier Bank Of Africa, l'un des hommes les plus fortunés du Maroc, caressait alors le dessein de doter son empire d'un siège social à la mesure de ses ambitions panafricaines. Un accord est signé cette année-là avec l'Agence d'urbanisation et de développement d'Anfa (AUDA) pour implanter une tour de 135 mètres dans le quartier d'affaires de Casablanca Finance City. Le budget prévisionnel de la Space Tower s'élève alors à 1,5 milliard de dirhams (MMDH). En 2014, le banquier présente publiquement la maquette d'un édifice en forme de fusée, une silhouette qu'il fait remonter à une visite à Cap Canaveral en 1969, à la veille du lancement d'Apollo 12.
Dans un discours empreint de lyrisme, il dira à l’occasion de la présentation des résultats de sa banque : « Nous avons considéré que ce groupe mérite, désormais, d’être appréhendé avec un autre regard, un regard plus ancré dans le XXIe siècle. J’ai voulu qu’on en visualise physiquement et architecturalement l’émergence. (…) Une tour que j’ai souhaitée représentée par une fusée. Et cette fusée va conduire les milliers de membres dirigeants et salariés du Groupe vers l’espace. » « La réalisation de ce projet d’envergure devra se faire à la vitesse d’exécution qui me sied, celle du Concorde », avait alors promis le président à ses collaborateurs et aux médias en précisant qu’il dédiait son œuvre à la ville de Casablanca et que l’achèvement des travaux se ferait en à peine 40 mois. Les ambitions sont rapidement revues à la hausse : 190 mètres, puis, en 2016, 250 mètres.
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