Forafric, de la farine aux drones : un virage sur fond de warning au Nasdaq
Yariv Elbaz, actionnaire de référence de Forafric. Création : Le Desk
Le 23 avril, Forafric Global, minotier contrôlé par l'homme d'affaires Yariv Elbaz et coté au Nasdaq, annonçait son intention de se déployer « à l'intersection de trois secteurs à forte croissance : la sécurité alimentaire, la défense et les infrastructures énergétiques ». Le groupe envisage des partenariats dans « l'intelligence artificielle, les drones aériens, les applications laser anti-drones et les technologies de défense avancées », à travers des coentreprises et des investissements sélectifs. L'intention évoque également l'examen d'un possible changement de raison sociale.
Un second communiqué de « correction » a cependant vite remplacé le premier, selon nos constats. La société n'annonçait plus une expansion stratégique, mais la « recherchait » plutôt. Elle ne « collaborait » plus avec des partenaires de défense : elle avait « l'intention de collaborer ». Le passage qui évoquait des « technologies offensives et défensives, terrestres et aériennes » a disparu, remplacé par une formulation plus prudente sur les « systèmes de défense et de contre-systèmes ». Au passage, la description du groupe a également été corrigée : Forafric exploite désormais « 12 unités industrielles et 1 plateforme logistique », là où la précédente formulation, encore présente sur ses propres documents officiels, en mentionnait deux.
Un sévère avertissement
Pour qui ne connaît pas Forafric, l'annonce pourrait se lire comme un pivot stratégique parmi d'autres, dans une période où les budgets de défense explosent à travers le monde. Mais le minotier qui produit principalement de la farine, de la semoule, des pâtes et du couscous sous les marques MayMouna et Tria, capitalise environ 260 millions de dollars (M $) au Nasdaq, pour un chiffre d'affaires de 201,9 M $ sur les 12 mois glissants arrêtés au 30 juin 2025, en repli marqué par rapport aux 274,2 M $ de l'exercice 2024, lui-même déjà en baisse de 9,2 % sur un an. L'annonce du 23 avril intervient dans un contexte particulier : trois jours après que le Conseil de la concurrence a autorisé la cession du contrôle de sa principale filiale opérationnelle à Cap Holding, le groupe de Chakib Alj, et un an presque jour pour jour après que ses commissaires aux comptes ont émis un sévère avertissement formel de continuité d'exploitation (going concern).
Le 30 avril 2025, le cabinet UHY LLP, auditeur de Forafric depuis 2021, signait le rapport d'audit accompagnant le formulaire 20-F déposé le jour même auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur de la bourse américaine. Le rapport contient une section intitulée « Doute substantiel quant à la capacité de la société à poursuivre son activité ».
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