Gaza : le Maroc a versé 3 M$ au « Board of Peace », destinés au fonctionnement de l’instance
Lors de la signature de la Charte constitutive du Conseil de Paix par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, en présence de Donald Trump, président des États-Unis, le 22 janvier 2026, à Davos, en Suisse. Crédit : DR
Le Maroc a versé environ 3 millions de dollars (M $) au Conseil de la paix (Board of Peace), l'instance instituée pour superviser l'administration et la reconstruction de Gaza après le cessez-le-feu. En février 2026, lors de la réunion inaugurale à Washington, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait présenté le Royaume comme la « toute première nation » à avoir effectué une contribution financière à l'organisation.
La destination des fonds
Cette contribution n'a pas servi pour l'effort de reconstruction de Gaza. Elle a couvert des frais de fonctionnement de l'instance : le bureau de Nickolay Mladenov, le « haut représentant » du Conseil pour Gaza d'après-guerre, ainsi que les salaires du comité technocratique palestinien chargé d'administrer le territoire. À titre de comparaison, les Émirats arabes unis ont versé environ 20 M $ dans le même cadre, pour ces mêmes besoins de fonctionnement.
Ces fonds n'ont pas transité par le canal officiel. Plutôt que d'emprunter le mécanisme administré par la Banque mondiale et avalisé par les Nations unies, le Conseil a reçu ces dons directement via un compte JPMorgan placé sous son propre contrôle. Un dispositif qui, à la différence du fonds de la Banque mondiale, n'est soumis à aucune obligation de transparence indépendante.
Une contribution distincte du « Relief Package »
Les 3 M $ versés par le Maroc ne relèvent pas du « Relief Package », l'enveloppe de reconstruction et d'aide humanitaire de 7 milliards de dollars (MM $) promise collectivement par neuf États membres, dont le Maroc, aux côtés des Émirats, de l'Arabie saoudite, du Qatar, de Bahreïn, du Koweït, du Kazakhstan, de l'Azerbaïdjan et de l'Ouzbékistan.
Cet argent de reconstruction devait être versé au Gaza Reconstruction and Development Fund, hébergé par la Banque mondiale. Quatre mois après sa création, ce fonds n'avait reçu aucun versement. Il s'agit donc de deux circuits financiers séparés : la contribution marocaine de 3 M $ alimente le fonctionnement de l'instance, tandis que le fonds de reconstruction de 7 milliards reste vide.
À cette distinction s'ajoute une troisième catégorie financière : la charte du Conseil prévoit une cotisation d'adhésion de 1 MM $ pour les « pays invités » souhaitant prolonger leur présence au conseil d'administration au-delà de la durée initiale. Le Maroc ne devrait pas l’acquitter, comme décrypté par Le Desk. La contribution marocaine de 3 M $ ne se confond donc ni avec le « Relief Package » ni avec cette cotisation d'adhésion.
Un engagement qui dépasse le seul volet financier
La contribution financière de Rabat s'inscrit dans un engagement plus large. Le Maroc figure parmi les cinq pays (avec l'Indonésie, le Kazakhstan, le Kosovo et l'Albanie) s'étant déclarés prêts à fournir des troupes à la Force internationale de stabilisation (ISF) prévue pour Gaza. Le Royaume a évoqué l'engagement d'effectifs militaires et le déploiement de policiers pour former une nouvelle police palestinienne, dont le recrutement aurait déjà débuté, ainsi que l'ouverture d'un hôpital de campagne et une participation à des programmes de « déradicalisation ».
Parmi les 9 pays signataires du « Relief Package », seuls les Émirats et le Maroc ont à ce jour effectivement décaissé des fonds, fût-ce pour le fonctionnement de l'instance et non pour la reconstruction.
Un dispositif globalement à l'arrêt
Au-delà du cas marocain, le projet apparaît enlisé. Les 100 M $ promis par les Émirats pour former une police de Gaza sont gelés et le programme n'a pas commencé. Les quelque 1,2 MM $ que le département d'État américain envisage de réorienter vers les objectifs du Conseil n'ont pas été décaissés et ne transiteraient de toute façon pas par l'instance. Une cinquantaine de millions de dollars destinés à son fonctionnement restent suspendus à la mise en place de contrôles financiers. Aucun contrat de reconstruction n'a été attribué.
À ce jour, pas un seul dollar américain n'a été engagé pour rebâtir l'enclave, dont la reconstruction est estimée à plus de 70 MM $ sur la décennie par une évaluation conjointe de l'Union européenne, de l'ONU et de la Banque mondiale.
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