Commerce extérieur : les termes de l’échange s’améliorent au premier trimestre, malgré la flambée des intrants minéraux
Un dépôt d’engrais du groupe OCP destinés à l’export, à Jorf Lasfar. Crédit : Mohamed Drissi K. / Le Desk
Le Maroc a abordé 2026 avec des termes de l'échange en nette amélioration. Selon la dernière note d'information du Haut-Commissariat au Plan (HCP) relative aux indices du commerce extérieur du premier trimestre, l'indice des valeurs unitaires à l'exportation s'est établi à 120,1 points (base 100 : 2019), en hausse de 2,6 % sur un an, tandis que l'indice à l'importation reculait de 0,5 %, à 108,7 points. Rapportés l'un à l'autre, ces deux mouvements se traduisent par un gain d'environ 3,2 % des termes de l'échange par rapport au premier trimestre 2025, un calcul découle mécaniquement des indices publiés. Pour une économie structurellement déficitaire dans ses échanges de biens, l'écart est significatif : à volumes constants, chaque point gagné allège d'autant la facture commerciale.
La désinflation importée tient d'abord à l'énergie
Le repli de l'indice à l'importation s'explique principalement par la baisse des valeurs unitaires de l'énergie et des lubrifiants, en recul de 7,8 % sur un an, à 90,5 points. Le mouvement est toutefois moins linéaire que ne le suggère la moyenne trimestrielle : les données mensuelles publiées par le HCP montrent un indice énergétique passant de 81,9 points en janvier et 83,5 en février à 104,2 points en mars, soit un ressaut de près de 25 % en l'espace d'un mois. La désinflation énergétique dont a bénéficié le Maroc en début de trimestre s'est donc largement dissipée à la sortie de l'hiver, ce qui invite à la prudence quant à la reconduction de cet effet favorable au deuxième trimestre.
Les autres postes contribuant à la détente des prix d'importation relèvent pour l'essentiel des biens d'équipement et de l'alimentaire : les produits finis d'équipement industriel reculent de 3,3 %, l'alimentation, boissons et tabacs de 6,0 %, les demi-produits de 1,3 %, les produits bruts d'origine animale et végétale de 3,1 % et les produits finis d'équipement agricole de 8,8 %. La modération des prix alimentaires importés, après plusieurs années de tensions sur les céréales et les huiles, constitue à cet égard un facteur d'apaisement pour l'inflation domestique, dont la composante importée avait pesé lourdement sur les arbitrages de Bank Al-Maghrib au cours du cycle précédent.
L’effet des produits bruts minéraux
Un poste fait exception, et de manière spectaculaire : les produits bruts d'origine minérale importés voient leur valeur unitaire bondir de 80,9 % sur un an, l'indice passant de 84,5 à 152,9 points. La trajectoire mensuelle confirme une tendance en accélération continue : 134,2 points en janvier, 147,1 en février, 175,8 en mars, soit plus du double du niveau de la base 2019 en fin de trimestre. La note du HCP ne détaille pas la composition de ce groupement, mais celui-ci recouvre traditionnellement, dans la nomenclature marocaine, le soufre brut destiné à l'industrie des phosphates, de très loin le premier poste du groupement en valeur, ce qui illustre le renchérissement marqué des intrants de la chaîne OCP. Aussi, l'amélioration des termes de l'échange agrégés cache une dégradation ciblée des conditions d'approvisionnement du premier exportateur du pays, dont les marges dépendent étroitement du différentiel entre prix des engrais et coût du soufre et de l'ammoniac importés.
Seuls les produits finis de consommation importés affichent, avec les produits minéraux, une hausse de leurs valeurs unitaires, limitée à 2,8 %.
À l'exportation, la montée en gamme se poursuit, l'agroalimentaire se renchérit
Côté exportations, la progression de 2,6 % de l'indice global repose sur une base relativement large. Les produits finis de consommation, qui recouvrent notamment les débouchés du textile et d'une partie de l'écosystème automobile, s'apprécient de 5,6 %. L'alimentation, boissons et tabacs gagne 7,1 %, les produits finis d'équipement industriel 4 % et les produits bruts d'origine minérale, catégorie qui inclut les phosphates bruts à 7 %. La hausse la plus forte, 20,5 %, revient aux produits finis d'équipement agricole, un poste dont le poids reste toutefois marginal dans la structure exportatrice, comme le suggère son niveau d'indice encore inférieur à la base 2019 (88,9 points).
Trois groupements tirent en revanche l'indice vers le bas : les produits bruts d'origine animale et végétale, en repli de 12,0 %, les demi-produits, en baisse de 5,6 %, et l'énergie et lubrifiants, en recul de 4,8 %. Le cas des demi-produits (groupement qui abrite les dérivés phosphatés, engrais et acide phosphorique en tête) mérite une lecture attentive : si la moyenne trimestrielle ressort en baisse sur un an, la séquence mensuelle dessine un redressement très prononcé, de 98,3 points en janvier à 123,5 en février puis 144,8 en mars. Rapprochée de la flambée simultanée du soufre importé évoquée plus haut, cette remontée est cohérente avec un raffermissement du marché mondial des engrais en cours de trimestre, dont l'effet net sur la marge phosphatière marocaine s'est confirmé.
Une amélioration à confirmer
Mise en perspective, la lecture trimestrielle longue publiée par le HCP montre que l'indice à l'exportation du premier trimestre 2026, à 120,1 points, atteint son plus haut niveau sur l'ensemble de la série 2024-2026, après huit trimestres d'oscillation entre 115,1 et 118,1 points. L'indice à l'importation, à 108,7 points, remonte pour sa part depuis le point bas de 104,4 points touché au troisième trimestre 2025, ce qui signifie que l'amélioration des termes de l'échange constatée sur un an s'accompagne, en séquence infra-annuelle, d'un renchérissement des importations depuis deux trimestres. La dynamique de mars (énergie en net rebond, intrants minéraux au plus haut) laisse penser que le deuxième trimestre 2026 offrira un test plus exigeant de la résistance de cette configuration favorable.
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