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26.05.2025 à 17 H 43 • Mis à jour le 26.05.2025 à 18 H 08
Par
Parlement

Réforme de la Santé : les mesures exposées par Amine Tahraoui

Le Ministre de la Santé et de la Protection Sociale, Amine Tahraoui Amine Tahraoui, ministre de la Santé et de la Protection sociale. Crédit: MAP
Devant le Parlement, le ministre de la Santé a cherché à démontrer la cohérence des réformes en cours, en mettant en avant leur dimension structurelle, territoriale et inclusive. Le point sur son intervention

Lors de la séance des questions orales au Parlement, ce 26 mai, le ministre de la Santé et de la Protection sociale a exposé une série de mesures visant à réformer le système de santé dans ses aspects les plus critiques : gouvernance, accès aux soins, ressources humaines, santé mentale, politique du médicament et prévention.


Premier GST dans la région TTA

Dans le cadre du chantier royal de généralisation de la protection sociale, le ministère de la Santé poursuit la mise en place des groupements sanitaires territoriaux (GST), créés par la loi 08.22 et institutionnalisés par le décret du 24 mars 2025. Ces nouveaux établissements publics à gestion autonome sont appelés à incarner la nouvelle politique de proximité et de gouvernance régionale du système de soins.


La première concrétisation de ce modèle aura lieu dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, où le roi Mohammed VI a récemment nommé le directeur général de la première GST. Cette entité regroupera quelque 9 900 professionnels de santé issus de toutes les filières. Des chantiers techniques sont en cours pour élaborer le cadre réglementaire interne, les procédures électorales pour la représentation des personnels et les schémas de rémunération.


En appui à cette réforme, le ministère a lancé plusieurs projets de numérisation du système de santé dans la région pilote, avec la généralisation du système d’information hospitalier (SIH), la mise en place d’une plateforme de prise de rendez-vous et l’expérimentation d’un carnet de vaccination électronique.


2 100 lits hospitaliers supplémentaires et 78 nouveaux établissements

Sur le plan des infrastructures, les années 2023–2024 ont vu l’ouverture de nouveaux hôpitaux, portant la capacité à plus de 2 100 lits. Les centres hospitaliers universitaires de Tanger (797 lits), Kénitra (450 lits) et Al Hoceima (250 lits) ont été mis en service, en plus de huit hôpitaux de proximité dans diverses localités.


Par ailleurs, cinq autres CHU sont en construction à Agadir, Laâyoune, Guelmim, Errachidia et Béni Mellal, en parallèle de la reconstruction du CHU Ibn Sina à Rabat, pour un coût total de plus de 20 milliards de dirhams (MMDH).


Le ministère prévoit aussi la réalisation de 78 établissements hospitaliers supplémentaires à travers le pays, pour un coût estimé à près de 22 MMDH. L’objectif : réduire les disparités territoriales et améliorer l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales.


Remédier à la pénurie de ressources humaines

Face à la pénurie chronique en personnel de santé, le ministère a dévoilé une stratégie complète de renforcement des ressources humaines. Celle-ci repose sur quatre piliers : la formation, le recrutement, l’équité territoriale et les incitations.


Des accords ont été signés dès 2022 pour doubler la capacité des instituts de formation en soins infirmiers, créer des instituts dans toutes les régions, lancer des filières doctorales en sciences infirmières dès 2025-2026, et ouvrir de nouvelles facultés de médecine à Errachidia, Béni Mellal et Guelmim.


La gestion régionale des concours de recrutement est désormais la norme, avec une priorisation des zones sous-dotées. Plusieurs affectations ciblées ont été opérées cette année, notamment à Al Hoceima, Azilal, Boujdour et Tinghir. Des mesures d’incitation salariale et logistique (primes de risque, rémunération différenciée selon les régions, amélioration des conditions de travail) complètent le dispositif.


Santé mentale : un plan d’action pour 2030

Le ministre a reconnu les carences graves du système de santé mentale, notamment l’absence de dispositifs d’accueil en urgence et de mécanismes d’intégration sociale des patients après leur hospitalisation. Il a présenté la nouvelle stratégie nationale en santé mentale et psychiatrique, actuellement en cours de finalisation, et qui sera opérationnelle dans les prochaines semaines.


Cette stratégie s’appuie sur un plan d'action pluriannuel à l'horizon 2030, visant à intégrer les services de santé mentale dans tous les hôpitaux provinciaux, créer des unités de psychiatrie ambulatoire, des équipes d’intervention mobile pour les urgences psychiatriques, et des dispositifs de réhabilitation psychosociale.


Parallèlement, une réforme législative est en cours pour adapter la loi sur la santé mentale aux standards internationaux et élaborer des protocoles de prise en charge pour les troubles prioritaires comme la schizophrénie, la dépression et le risque suicidaire.


Vers un système pharmaceutique souverain ?

Le ministère a annoncé une révision en profondeur du système de fixation des prix des médicaments. Un nouveau décret, en cours d’approbation, entend moduler les prix selon la valeur thérapeutique et le niveau de remboursement des médicaments, en réduisant la part directe supportée par les ménages et en garantissant l’accès à l’innovation.


La politique pharmaceutique se renforce aussi par la simplification des procédures d’autorisation de mise sur le marché (via un système numérique avancé) et par le développement de la souveraineté pharmaceutique. Amine Tahraoui a mentionné la plateforme Marbio (usine de Benslimane) de production locale de vaccins, appelée à devenir un levier continental de distribution sanitaire, sans pour autant donner des éléments probants quant à sa concrétisation qui tarde.


Par ailleurs, la révision du Code du médicament et de la pharmacie est enclenchée, pour une meilleure harmonisation avec la nouvelle gouvernance du secteur confiée à l’Agence marocaine des médicaments, opérationnelle depuis la fin de l'année 2023.


Réduction de 80 % des cas de rougeole

Tahraoui a aussi annoncé la réduction de 80 % des cas de rougeole (Bouhmaroun) en 16 semaines. Grâce à une campagne nationale de rattrapage vaccinal ciblant les enfants non ou mal vaccinés, plus de 10,76 millions d’enfants ont vu leur statut vaccinal vérifié, et près de 587 000 d’entre eux ont reçu des doses de rattrapage. Le taux de couverture vaccinale corrigé dépasse désormais les 95 %, seuil recommandé par l’OMS.


Cette campagne a été soutenue par un plan de communication intensif, des missions de terrain, des formations du personnel soignant et une coopération intersectorielle exemplaire (Éducation, Intérieur, Affaires religieuses).


Soins accessibles pour la maladie cœliaque

Interpellé sur la prise en charge de la maladie cœliaque, le ministre a précisé que les hôpitaux publics et privés disposent des outils nécessaires au diagnostic (anticorps IgA, biopsie endoscopique). Toutefois, bien que la pathologie ne figure pas parmi les affections de longue durée prises en charge de manière spécifique, les bénéficiaires de l’AMO-Tadamoun peuvent accéder aux soins dans les structures publiques.


Le traitement repose exclusivement sur un régime alimentaire strict sans gluten, ce qui pose toujours des défis d’accessibilité économique pour certaines familles, mais qui reste l’unique voie thérapeutique reconnue à ce jour.

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