GenZ212 : la Confédération des TPE-PME plaide pour l’indemnisation des petits commerces détruits
Affrontements entre forces de l’ordre et émeutiers dans le quartier de Sidi Youssef Ben Ali, à Marrakech. Crédit : Soufiane Sbiti / Le Desk
La Confédération marocaine des Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises (TPE-PME tire la sonnette d’alarme après les violences qui ont accompagné les manifestations du mouvement GenZ212. Représentant plus de 98,4 % du tissu économique national et générant plus de 83 % des emplois, les très petites, petites et moyennes entreprises figurent parmi les principales victimes des destructions. L’organisation appelle à la reconnaissance d’une véritable catastrophe économique et sociale et à la mise en place d’un mécanisme d’indemnisation des sinistrés.
Alors que les manifestations du mouvement GenZ212 ont exprimé, selon les termes de la Confédération des TPE-PME, « les aspirations légitimes d’une jeunesse en quête de justice sociale, de santé, d’éducation et d’emploi », leur tournure violente dans plusieurs villes du Royaume a laissé derrière elle des scènes de désolation. Commerces détruits, projets anéantis, vies bouleversées : la Confédération alerte sur « un drame silencieux qui frappe au cœur du tissu économique national ».
Dans un communiqué publié le 4 octobre à la suite des événements des 27 et 28 septembre, la Confédération a d’abord tenu à exprimer sa solidarité avec la jeunesse marocaine. Elle reconnaît dans les revendications du mouvement GenZ212 un « élan sincère vers un Maroc plus juste, où la santé, l’éducation, l’emploi et la lutte contre la corruption constituent des priorités ». Ces aspirations, souligne-t-elle, traduisent « les attentes légitimes d’une grande partie de la société ».
Mais cette note d’espoir s’est muée en inquiétude face à la violence qui a marqué certaines mobilisations. Les débordements survenus dans plusieurs villes ont conduit à des scènes de pillage, de destruction et de vandalisme visant des commerces, des petits projets, des véhicules et même des institutions publiques et privées. La Confédération dénonce fermement ces actes, qu’elle qualifie de trahison à l’esprit des manifestations pacifiques, rappelant qu’ils ont été le fait d’une minorité exploitant une colère sociale réelle pour semer le chaos.
Un lourd tribut
Or, ce sont les plus fragiles qui en paient aujourd’hui le prix le plus lourd : les petits entrepreneurs, les artisans, les commerçants, « ces femmes et ces hommes qui forment l’épine dorsale de l’économie marocaine ». Déjà confrontés à des difficultés structurelles dans un environnement économique exigeant, ils voient aujourd’hui leurs efforts réduits à néant. La Confédération rappelle que ces entreprises souffraient déjà d’un « accès limité au financement », d’une « exclusion quasi systématique des 20 % de marchés publics censés leur être réservés », d’une « fiscalité devenue de plus en plus lourde », d’une « corruption endémique dans l’attribution des aides et des contrats », et d’un « endettement qui compromettait leur survie ». Les émeutes, en s’abattant sur leurs maigres acquis, ont achevé de rompre un équilibre déjà fragile.
Beaucoup d’entre eux n’avaient ni les moyens de se prémunir par des assurances, ni de constituer des réserves suffisantes pour faire face à une telle épreuve, relève la Confédération. Ils s’efforçaient pourtant, illustre-t-elle, dans l’ombre, de bâtir quelque chose : un atelier, une boutique, un salon de coiffure, un petit commerce de proximité.
Les histoires qui remontent du terrain sont nombreuses et poignantes rapporte la Confédération. L’une d’elles est celle d’un jeune de 24 ans, bijoutier à ses débuts, qui avait réussi à ouvrir un petit atelier de fabrication et de vente de bracelets en argent. Convoqué au service militaire, il avait fermé sa boutique le temps de son absence. À son retour, il a découvert son local saccagé, pillé, vidé de son contenu. Une autre histoire est celle d’une veuve, coiffeuse de métier, qui avait passé des années à économiser pour créer son salon. La nuit où les violences ont éclaté, son commerce a été entièrement détruit. Ce projet représentait son seul moyen de subsistance, mais aussi celui de ses employées, de leurs enfants, de leurs familles.
Partout dans le pays, des jeunes entrepreneurs, vendeurs de parfums, d’épicerie, de meubles, de téléphones ou d’or, ont vu leurs locaux dévastés, leurs véhicules incendiés, leurs efforts de plusieurs années balayés en quelques heures. Dans certains quartiers populaires, les pertes se chiffrent à plusieurs centaines de milliers de dirhams par commerce, selon les premières estimations recueillies par la Confédération. La plupart des sinistrés n’ont aucune couverture pour compenser leurs pertes.
Les conséquences économiques de ces événements dépassent le simple cadre individuel. La Confédération avertit que les dommages matériels risquent d’être « considérables pour l’économie nationale ». Chaque petit commerce détruit, chaque atelier réduit en cendres, c’est une part du tissu productif marocain qui s’effondre, alerte la représentation des TPE-PME . Derrière ces vitrines brisées, ce sont des familles entières qui perdent leur source de revenu. La destruction de ces activités entraîne inévitablement la suppression de nombreux emplois, aggravant un chômage déjà préoccupant chez les jeunes, estimé à plus de 32 % dans les zones urbaines selon le Haut-Commissariat au Plan.
Elle souligne également que ces actes jettent une ombre sur la confiance économique et minent la stabilité du climat des affaires. De nombreux investisseurs et entrepreneurs pourraient hésiter à poursuivre leurs projets, craignant une récidive. Pour la Confédération, cette crise affecte non seulement les victimes directes, mais aussi l’attractivité du pays auprès des créateurs d’entreprises et des partenaires économiques.
Pour une intervention urgente de l’Etat
Face à « l’ampleur de la catastrophe », la Confédération plaide pour une intervention immédiate des pouvoirs publics. Elle appelle le gouvernement à reconnaître ces événements comme une catastrophe économique et sociale et à indemniser les victimes. Elle propose que les fonds nécessaires soient mobilisés via l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), le Fonds Mohammed VI pour l’investissement ou encore le Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques (FSEC).
Elle suggère également des mesures concrètes pour accompagner la relance : octroi de prêts sans intérêt, facilités fiscales, rééchelonnement des dettes et versement rapide d’aides d’urgence aux entrepreneurs sinistrés. Mais la Confédération insiste aussi sur la nécessité de renforcer à l’avenir la protection des petits projets, en prévoyant des dispositifs de sécurité et d’assurance adaptés.
Au-delà de la réparation matérielle, elle estime qu’il est urgent d’ouvrir un dialogue national inclusif pour aborder les causes profondes des mouvements sociaux récents. Selon elle, seule une approche concertée entre les acteurs économiques, politiques et sociaux permettra d’éviter que de telles dérives ne se reproduisent.
La Confédération exprime enfin sa solidarité totale envers les entrepreneurs touchés et se présente comme leur porte-voix auprès des institutions. Dans un message signé par son président, Abdallah El Fergui, elle conclut sur un appel à la résilience et à l’unité : « Ensemble pour une économie équitable, sûre et durable ». Une devise qui, au lendemain des émeutes, prend, à ses yeux, la valeur d’un engagement collectif envers une catégorie oubliée mais essentielle : celle des petits entrepreneurs marocains, qui continuent, malgré tout, à se battre pour rester debout.
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