Archéologie À Bizmoune, près d’Essaouira, une nouvelle fenêtre s’ouvre sur la vie humaine il y a 150 000 ans
Les sous-sols d’Essaouira continuent de révéler les secrets les plus anciens de l’humanité. À la grotte de Bizmoune, site déjà mondialement connu pour avoir livré certains des plus vieux objets de parure de l’histoire, une nouvelle campagne de fouilles vient d’apporter des découvertes majeures permettant d’éclairer la vie des populations humaines de la Préhistoire au Maroc.
L’Institut national d’archéologie et du patrimoine (INSAP), relevant du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, a lancé le 3 novembre une nouvelle phase d’excavations qui se poursuivra jusqu’au 3 décembre. L’objectif : replonger dans les couches du « Middle Stone Age » (Paléolithique moyen), là même où avaient été découverts les colifichets vieux de plus de 150 000 ans qui ont fait entrer Bizmoune dans les ouvrages de référence sur les origines symboliques de l’humanité.
Les archéologues ont mis au jour de nouveaux outils lithiques et des parures façonnées il y a plus de 150 millénaires. Ces objets, d’une rare ancienneté, renforcent l’importance de Bizmoune comme site-clé pour la compréhension du développement culturel et technique des premiers Homo sapiens en Afrique du Nord.
Pour Abdeljalil Bouzougar, directeur de l’INSAP et codirecteur des fouilles, cette mission s’inscrit dans la continuité des recherches menées ces dernières années. Il précise que la région d’Essaouira, longtemps perçue comme périphérique dans les études paléolithiques, se révèle en réalité être un corridor biogéographique essentiel reliant jadis la Méditerranée au Sahara.
Les résultats de prospections menées dans les montagnes environnantes confirment cette hypothèse. De nouveaux sites préhistoriques ont été identifiés à Jbel El Hadid et Jbel Korati, portant désormais à plus de 300 le nombre de points archéologiques recensés dans le territoire d’Essaouira.
Des restes du lion de l’Atlas
Parmi les découvertes les plus marquantes figurent des fossiles d’animaux aujourd’hui disparus : des restes du lion de l’Atlas — dont la présence dans la région remonte à environ 110 000 ans — mais aussi des rhinocéros, des bovins ancestraux, des équidés, des antilopes, des gazelles et des fragments d’œufs d’autruche dépassant les 150.000 ans. Des traces de végétaux consommés par les premiers humains ont également été mises au jour, offrant un aperçu précieux de leur environnement et de leur régime alimentaire.
Les outils en pierre retrouvés, utilisés pour la chasse et la boucherie, témoignent d’un savoir-faire déjà élaboré dès cette période reculée. Ils permettent de mieux comprendre comment vivaient les groupes humains du Middle Stone Age : comment ils exploitaient les ressources locales, traquaient le gibier et assuraient leur survie dans un milieu en constante transformation climatique.
Ce programme de recherche est mené conjointement par une équipe internationale : le Pr Abdeljalil Bouzougar pour le Maroc, le Pr Steven Kuhn de l’Université d’Arizona et le Dr Philippe Fernandez d’Aix-Marseille Université. Tous soulignent que Bizmoune et son arrière-pays constituent aujourd’hui l’un des terrains les plus prometteurs pour étudier les comportements des premiers Homo sapiens, leurs innovations techniques et leurs pratiques symboliques.
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