À l’approche de la CAN 2025, Marrakech se prépare à changer de costume. Ville de légendes, de souks et de jardins secrets, elle revêt peu à peu un nouveau visage : celui d’une métropole sportive qui assume enfin son rôle sur la carte du football africain. Sans renoncer à ses places animées, à ses remparts ocre et à ses nuits électriques, la ville se redessine autour de son grand stade, de ses voiries réaménagées et de ses équipements d’accueil.
Marrakech ne se contente plus de séduire les touristes ou d’envoûter les visiteurs venus chercher la douceur hivernale, la mémoire andalouse ou les plaisirs des riads. Elle veut aller plus loin. Elle veut s’affirmer, briller, impressionner, comme elle sait si bien le faire. Désormais, la ville ocre veut retenir les foules des tribunes, les flux de supporters, les chants et les drapeaux qui animeront ses soirs de tournoi. Et elle a les atouts pour le faire.
Longtemps, la cité a été résumée à une sorte de carte postale immuable : Jemaâ El Fna, ses charmeurs de serpents, ses cafés en terrasse, ses riads dissimulés dans les recoins de la médina. Éternelle, parfois maladroitement figée dans un cliché exotique. Mais derrière ce décor familier, Marrakech a patiemment muté. Les habitants eux-mêmes le reconnaissent : en quelques années, la ville a changé de rythme. Les grands boulevards se sont élargis, les carrefours repensés, les accès au stade modernisés, les files de taxis organisées et les parcs hôteliers dynamisés. C’est aujourd’hui une ville où il fait bon vivre, en tout temps. Une ville qui attire les voyageurs pressés comme ceux qui rêvent d’une « dolce farniente » après la retraite.
L’ancienne capitale impériale, autrefois perçue comme un simple décor de séjour, s’impose désormais comme une ville-stade à part entière, prête à vibrer au tempo d’un tournoi continental et à rivaliser, l’espace d’un mois, avec les grandes capitales sportives du continent.
Le Grand Stade de Marrakech, longtemps perçu comme un colosse isolé en périphérie, presque en avance sur son époque, est désormais au cœur de cette renaissance. Son esplanade, ses accès et ses abords repensés en font un pôle d’attraction majeur vers lequel convergeront supporters, délégations, volontaires et simples curieux.
La CAN lui rend la lumière qu’il attendait depuis des années : des tribunes pleines, des chants qui montent depuis la plaine, des drapeaux qui vibrent au pied de l’Atlas. Pour les Marrakchis, l’événement symbolise un retour au centre du jeu. Une manière de dire : « Regardez de quoi nous sommes capables ».
En circulant à Marrakech, impossible de ne pas commencer par ce qui symbolise la ville, toujours irrésistible, incontournable : la place Jemaâ El Fna. C’est là que tout commence, et souvent que tout finit si vous avouez un petit creux en fin de soirée.
De jour, la place vibre au rythme des marchands de jus pressés, des conteurs qui perpétuent une tradition orale millénaire, des charmeurs de serpents, des musiciens gnaoua, des artisans venus exposer bracelets, poteries, babouches et autres objets d’artisanat. Tout y est mouvement, éclat, gestes rapides, foules ondoyantes. La place est un pouls. Une pulsation.
De nuit, elle se transforme en halo incandescent où se mêlent odeurs de grillades, fumées des stands, bruits de couverts, applaudissements et éclats de rire. Les tables se déploient, les torches s’allument, les voix se superposent. Les Marrakchis y déambulent avec nonchalance, tandis que les touristes s’y abandonnent avec émerveillement.
Pendant la CAN, Jemaâ El Fna deviendra un second stade, une agora populaire où le football se discutera autour d’un thé brûlant ou d’un plat d’escargots fumants. Les supporters s’y reconnaîtront, s’y défieront, s’y enlaceront. Les chants des tribunes flotteront jusque dans les ruelles avoisinantes, preuve que Marrakech, même sans écran géant, sait créer de la ferveur.
Visible depuis presque chaque axe majeur, la Koutoubia reste l’aiguille du compas urbain. Sa pierre couleur miel domine l’horizon. On y passe sans toujours s’y arrêter, mais elle protège silencieusement les déplacements de la ville. Qu’on soit à Guéliz, dans la médina, à l’Hivernage ou sur la route du stade, elle reste toujours visible, comme un point fixe dans le mouvement. À la tombée de la nuit, son minaret éclaire la foule comme un phare guidant les supporters vers les cafés, les échoppes et les restaurants.
Autour de la Koutoubia, les jardins offrent des bancs, de l’ombre, et un calme précieux où l’on peut se poser entre deux foules. Pendant la CAN, on la verra photographiée par les supporters de toutes les nations, comme le symbole universel d’un Marrakech qui accueille et qui assume.
Nous vous conseillons de vous laisser entraîner dans les rues voisines de la Koutoubia : vous ne serez pas étonné d’y retrouver des rooftops élégants, où les cuisines fusion côtoient des cocktails sophistiqués. Ces terrasses sont devenues des observatoires privilégiés de la ville, des lieux où l’on dîne face au balancement des palmiers et aux lumières de la médina. Avec le temps, ces restaurants ont gagné en popularité. Leur clientèle est un mélange singulier : globe-trotteurs, acteurs de cinéma, anciennes stars du football européen, influenceurs internationaux, célébrités du petit écran marocain. L’auteur de ces lignes y a déjà croisé une poignée de visages connus. La preuve que Marrakech sait mélanger le showbiz et l’authenticité sans jamais dénaturer son âme.
On s’éloigne ensuite vers le quartier Majorelle qui, comme son nom l’indique, abrite les Jardins Majorelle. Le lieu est une respiration dans le vacarme du monde. Ses allées ombragées, ses cactées monumentales, ses bambous, son bassin central et surtout son célèbre bleu, d’une profondeur presque irréelle, offrent une parenthèse d’apaisement absolu. Ici, tout est silence maîtrisé, lumière filtrée, couleurs saturées.
À côté, le Musée Yves Saint Laurent retrace l’histoire du couturier fasciné par Marrakech, sa lumière, ses silhouettes, son énergie. Les visiteurs y apprennent comment la ville a nourri l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Pendant la CAN, cet ensemble deviendra un havre de calme pour ceux qui souhaitent s’extraire de l’énergie des stades. On traverse ces lieux comme on traverse un rêve.
Plus loin, le Palais de la Bahia charme par son raffinement absolu : patios fleuris, salons ornés, plafonds peints, zelliges hypnotiques, fontaines murmurantes. On y marche en silence, comme pour ne pas troubler la beauté du lieu. Le Palais El Badiî, lui, impose par sa grandeur ruinée. Son immensité raconte la puissance passée des Saâdiens. On se tient sur ses terrasses, face à l’horizon, avec une sensation de vertige historique. Les plus grandes maisons de couture se disputent ce décor pour leurs défilés : lorsqu’on y marche, on comprend pourquoi.
Longtemps oubliés, les Tombeaux saâdiens dévoilent aujourd’hui une architecture parmi les plus fines du Maroc. Les mosaïques, les marbres, les stucs composent une atmosphère contemplative. Le visiteur y ressent une immobilité sacrée. C’est un lieu où le temps semble suspendu, contrastant avec la vie trépidante des ruelles. Une halte qui invite au recueillement, à la réflexion, à l’introspection.
Dans la médina, à quelques ruelles de là, des pépites culturelles complètent cette plongée : la Maison de la Photographie raconte un siècle de regards sur Marrakech, le Musée de Marrakech expose l’art et l’artisanat dans un ancien palais, et le Musée Dar Si Saïd dévoile la poésie du bois sculpté et des tapis berbères. Plus à l’ouest, le Jardin secret ressuscite un art de vivre oasien caché derrière les murs de pisé…
Si vous sentez que vous avez eu « assez » du Marrakech traditionnel, rendez-vous à Guéliz. Le quartier raconte la modernité de Marrakech : boutiques contemporaines, cafés élégants, galeries d’art, pâtisseries, boulevards aérés. C’est un lieu où la vie nocturne est dense, organisée autour de restaurants et de terrasses qui accueilleront les discussions d’après match. Guéliz est commerçant le jour, lumineux le soir, vibrant la nuit. Et si, par le plus grand des hasards, les Lions de l’Atlas venaient à gagner, pressez-vous d’y aller : les défilés de motos y seront interminables, et les scènes de liesse inoubliables.
La Ménara, avec son bassin gigantesque et ses oliviers centenaires, est l’un des paysages les plus emblématiques du Maroc. À l’heure dorée, les sommets de l’Atlas y paraissent presque irréels, comme peints à la main. Les Marrakchis s’y promènent pour fuir la chaleur, pratiquer du sport ou simplement s’asseoir face au miroir d’eau. Pendant la CAN, ce sera un refuge précieux pour les supporters en quête de calme et de tradition naturelle.
À une dizaine de minutes de là, Agdal concentre hôtels modernes, restaurants, lounges, clubs et espaces de loisirs. C’est un quartier jeune, fréquenté, énergique. Les meilleures soirées s’y glissent entre les palmiers et les néons. Les hôtels, eux, offrent une capacité d’accueil idéale pour un événement comme la CAN.
Au-delà, la route de l’Ourika ouvre les portes de la montagne, entre villages berbères, cascades, vallées verdoyantes et cafés au bord de la rivière. Une échappée parfaite entre deux rencontres. Marrakech se prolonge ainsi dans la nature, comme une transition douce entre l’urbain et le rural.
Posé au nord de la ville, le Grand Stade de Marrakech ressemble à une forteresse contemporaine. Ses lignes géométriques, sa capacité, sa silhouette rouge sablonneuse dialoguent avec la terre qui l’entoure. Longtemps sous-utilisé, il retrouve enfin sa raison d’être.
Le Grand Stade de Marrakech ne sera pas seulement l’un des symboles architecturaux de cette CAN 2025 : il sera aussi le théâtre, avec ses 65 000 places, de plusieurs affiches majeures. Dès le 22 décembre, il accueillera la rencontre Afrique du Sud – Angola pour lancer son tournoi, avant de vibrer le 24 décembre lors du choc Côte d’Ivoire – Mozambique, comptant pour le groupe F. Deux jours plus tard, le 26 décembre, l’enceinte marrakchie reverra l’équipe de l’Angola, cette fois-ci opposée à celle du Zimbabwe. Le 28 décembre, elle sera le cadre d’un duel très attendu entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire, rencontre parmi les plus prometteuses de la phase de groupes. Enfin, pour clore l’année, le stade vibrera à nouveau le 31 décembre avec Côte d’Ivoire – Gabon, ultime confrontation du groupe F disputée dans la ville ocre.
Pendant la CAN, ses tribunes seront pleines, ses abords animés, ses parkings ordonnés comme jamais. Les projecteurs découperont la nuit, transformant la plaine en amphithéâtre. Chaque match sera une célébration, une montée en tension, un moment suspendu. Pour les Marrakchis, l’enceinte n’est plus un simple équipement : c’est une fierté, un symbole de la place que la ville entend occuper dans le paysage sportif africain.
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