C’est dans un immeuble situé sur le boulevard Abdelkrim Khattabi, à Marrakech, construit par Zouhair El Mansouri lui-même, que le rendez-vous nous est donné. À l’étage, dans un espace de coworking qu’il détient, désert en cette matinée de mardi, le frère de la ministre et maire de la cité ocre nous attend. Moins de 24 heures plus tôt, c’est lui qui nous avait contactés pour solliciter cette entrevue. Le temps, disait-il, de « rassembler ses dossiers » pour pouvoir éclairer notre enquête publiée une semaine plus tôt. Au téléphone, il avait annoncé la couleur : « Je ne suis pas un trafiquant d’influence et j’ai tout pour le prouver. »
Avant de monter à l’étage, on aperçoit une femme descendre d’une voiture noire, dont la plaque minéralogique est estampillée d’un « W », une immatriculation réservée aux services de la wilaya ou à certains fonctionnaires du ministère de l'Intérieur à qui on leur attribue. C’est que Zouhair El Mansouri ne nous reçoit pas seul : à ses côtés, Khadija Ettalbi, directrice de cabinet de Fatima Ezzahra El Mansouri à la Commune de Marrakech, a également fait le déplacement. Une aguerrie de la politique politicienne, que d’aucuns présentent comme la véritable édile de la ville en l’absence d’El Mansouri, souvent accaparée par ses fonctions de ministre de l’Aménagement du territoire.
Sauf que pour la circonstance, Khadija Ettalbi fait office de porte-parole de sa patronne pour ses affaires personnelles, se déplaçant avec une voiture de fonction et n’hésitant pas à montrer qu’elle est au fait de toutes les transactions immobilières de la famille El Mansouri. Un mélange des genres qui gêne.
L’accueil est chaleureux, et on nous invite à nous installer autour d’une table où s’amoncellent des chemises cartonnées. Zouhair El Mansouri prend la parole le premier. « On veut vous parler à vous, parce qu’on sait que vous êtes des journalistes », lance-t-il d’emblée sur un ton flatteur. La « dircab » embraye sur un registre un brin plus tendu. Elle commence par nous demander si nous sommes de Marrakech, histoire de mieux nous cerner, avant de lancer : « Si on savait que vous aviez de mauvaises intentions, nous serions partis directement au tribunal. »
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