Mondial 2030 : les entreprises turques veulent participer aux grands chantiers du Maroc
À Istanbul, le Forum Business & Investment Turquie-Maroc, tenu le 28 novembre, a mis en lumière l’appétit croissant des entreprises turques pour les futurs chantiers d’infrastructures du Royaume, à l’heure où la préparation pour la Coupe du monde 2030 s’accélère. Le Maroc, qui coorganisera le Mondial aux côtés de l’Espagne, du Portugal, mais aussi de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay pour célébrer le centenaire du tournoi sur trois continents, s’apprête à lancer de vastes programmes de modernisation : stades, hôtels, routes, ports, rail et aéroports.
Le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, a insisté sur l’expertise de ses groupes, qui ont déjà réalisé 113 projets au Maroc pour une valeur cumulée de 4,2 milliards de dollars (MM $), et sur leur capacité à contribuer activement aux investissements liés au Mondial. Fort d’un portefeuille de 100 MM $ de projets en Afrique, le secteur turc de la construction veut consolider sa présence sur un marché jugé stratégique. Devant près de 400 décideurs institutionnels et privés réunis par le DEIK et la CGEM, Bolat a déclaré que les majors turques « sont prêtes à collaborer avec l’État marocain » pour les futurs investissements d’envergure.
Les relations commerciales bilatérales sont portées par un volume d’échanges de 5 milliards de dollars dans le cadre de l’accord de libre-échange en vigueur depuis 18 ans, période durant laquelle les exportations marocaines vers la Turquie ont été multipliées par neuf, et celles de la Turquie vers le Maroc par huit. Mais Rabat souhaite désormais transformer cette dynamique commerciale en flux d’investissements productifs. Le secrétaire d’État en charge du Commerce extérieur, Omar Hejira, a qualifié le forum d’« étape pratique vers une coopération plus équilibrée », estimant que la coorganisation de la Coupe du monde ouvre des perspectives bien au-delà des infrastructures sportives, pour l’ensemble de l’économie.
Le message a été renforcé par l’ambassadeur du Maroc en Turquie, Mohammed Ali Lazreq : malgré des échanges soutenus, les investissements turcs au Maroc n’ont atteint qu’un peu plus de 300 millions de dollars sur dix ans, plaçant la Turquie au 17e rang des investisseurs étrangers. Une position jugée en décalage avec le potentiel existant. « Le secteur privé turc doit montrer une volonté renforcée pour saisir les opportunités offertes par le Maroc », a plaidé le diplomate.
Ankara, de son côté, met en avant une ambition plus large. Le président du DEIK, Nail Olpak, a présenté le Maroc comme un hub vers l’Afrique et un partenaire naturel pour conduire des projets conjoints sur d’autres marchés. La Turquie revendique déjà un rôle de plateforme industrielle et commerciale majeure entre l’Europe et l’Asie, forte de 800 milliards de dollars de commerce extérieur et d’un dispositif d’incitations attractif dans plusieurs secteurs clés. Dans le même sens, Zeynep Bodur Okyay, présidente du Conseil d’affaires Turquie–Maroc, a appelé à passer d’une logique d’échanges à une véritable co-création de valeur, citant l’automobile, le textile, les industries mécaniques, la logistique et la modernisation agricole comme domaines prioritaires pour des investissements conjoints à forte dimension technologique et exportatrice.
Pour Chakib Alj, président de la CGEM, l’évolution de la relation économique entre les deux pays ne fait que commencer. La Turquie apporte la puissance industrielle, les capacités d’échelle et l’expertise technique, alors que le Maroc offre l’accès à l’Europe et à l’Afrique, des ressources humaines qualifiées et un écosystème en pleine expansion. La combinaison des deux pourrait donner naissance à « des chaînes de valeur au service de l’Europe, de l’Afrique et au-delà ».
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