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01.02.2026 à 13 H 49 • Mis à jour le 02.02.2026 à 08 H 25
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Politique

En ordre de bataille pour les législatives, le PAM affiche ses ambitions sans rompre avec la majorité

Fatima Saâdi, Fatima Ezzahra El Mansouri, Najwa Koukous et Mehdi Bensaïd, lors de la conférence de presse tenue le 30 janvier 2026 à Salé, à l’issue du Conseil national du PAM. Fatima Saâdi, Fatima Ezzahra El Mansouri, Najwa Koukous et Mehdi Bensaïd, lors de la conférence de presse tenue le 30 janvier 2026 à Salé, à l’issue du Conseil national du PAM. Crédit : PAM
À huit mois des législatives, la deuxième force politique du pays réaffirme sa cohésion interne et vise ouvertement la première place, tout en maintenant le cap de la solidarité gouvernementale

Samedi à Salé, le Parti Authenticité et Modernité (PAM) a tenu la 31e session de son Conseil national dans un contexte politique chargé. Deux semaines après l'annonce surprise du retrait de Aziz Akhannouch de la course à un troisième mandat à la tête du Rassemblement national des indépendants (RNI), le parti du Tracteur entendait envoyer un message unanime : la formation est stable, organisée et prête à briguer la première place aux législatives de septembre 2026.


Dissiper les rumeurs, réaffirmer l'unité

Dès l'ouverture des travaux, Najwa Koukous, présidente du Conseil national, a tenu à rappeler le caractère statutaire de cette réunion. Une manière de couper court aux spéculations qui avaient précédé le rendez-vous, notamment sur d'éventuelles turbulences internes. Le parti avait d'ailleurs reporté cette session initialement prévue en janvier, invoquant des « évolutions organisationnelles  » qui avaient alimenté les rumeurs.


Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale de la direction collégiale depuis février 2024, s'est montrée catégorique devant la presse : la gouvernance collective mise en place au terme du 5e congrès du parti a fait ses preuves. Cette configuration inédite dans le paysage partisan marocain – un triumvirat composé initialement d'El Mansouri, Mohamed Mehdi Bensaïd et Salaheddine Aboulghali, ce dernier ayant été remplacé depuis par Fatima Saâdi – avait été saluée par le roi Mohammed VI dans un message de félicitations adressé à la coordinatrice.


« Tant que le Conseil national n'aura pas opté pour un retour à un leadership unique, cette gouvernance continuera à assumer pleinement ses responsabilités  », a martelé El Mansouri, balayant toute hypothèse de changement à la tête du parti avant l'échéance électorale.


Programme électoral : une élaboration maison

Sur le plan programmatique, la dirigeante a confirmé que l'offre politique du PAM est en cours de finalisation et sera dévoilée au printemps 2026. Une approche méthodique revendiquée par le parti, qui refuse « toute improvisation ou annonce prématurée  ».


Fait notable : pour élaborer son programme, le PAM entend s'appuyer exclusivement sur son académie interne, dirigée par l'ancien ministre Ahmed Akhchichine. Pas question de recourir à des cabinets de conseil extérieurs. « Une manière d'ancrer la réflexion programmatique dans la réalité sociale du pays et dans la proximité avec les citoyens », justifie la direction.


Cette académie politique, créée pour former les cadres du parti, a déjà identifié une douzaine de chantiers prioritaires couvrant l'économie, le social, le capital humain, la santé, l'environnement et les droits des femmes. Le programme sera d'abord présenté aux militants avant toute communication publique.


Le retrait d'Akhannouch : ni commentaire ni récupération

L'annonce du 11 janvier dernier a secoué le paysage politique marocain. En déclarant ne pas briguer un nouveau mandat à la présidence du RNI et renoncer à se présenter aux législatives, Aziz Akhannouch a redistribué les cartes. Mais au PAM, on refuse toute lecture opportuniste.


« Cette décision relève d'un choix interne et personnel qui n'appelle ni commentaire ni récupération », a insisté El Mansouri. « Le PAM n'a pas été créé pour s'opposer à qui que ce soit ni pour tirer profit des décisions d'autrui, mais pour porter un projet politique autonome. » Une ligne de conduite cohérente avec les déclarations antérieures de Mehdi Bensaïd, membre de la direction collégiale et ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, qui avait affirmé que le parti ambitionnait de diriger « le gouvernement du Mondial ». Une formule qui avait fait grincer des dents au sein de la coalition.


Loyauté gouvernementale, différenciation programmatique

Si le PAM affiche ses ambitions, il n'entend pas pour autant rompre avec ses alliés de la majorité. Le parti a fermement rejeté toute hypothèse de « prise de distance artificielle  » à l'approche des élections. « Le PAM ne reniera ni son bilan ni son choix d'avoir intégré la majorité  », a souligné la coordinatrice nationale. Les divergences survenues au cours du mandat ont, selon elle, « toujours été traitées dans le cadre des mécanismes de coordination, dans le souci de préserver la cohésion gouvernementale  ».


La seule différenciation sera d'ordre programmatique : « Ce sont les projets et les propositions qui trancheront dans les urnes, et non les postures rhétoriques », a-t-elle tranché. Fatima Saâdi, également membre de la direction collégiale, a renchéri : « Le PAM avance selon sa propre trajectoire, sans chercher à occuper la place de quiconque. »


Bensaïd : « le patriotisme en actes »

Mohamed Mehdi Bensaïd, s'exprimant au nom de la direction, a donné une coloration plus politique aux débats. Il a appelé à traduire le patriotisme en politiques publiques concrètes : « L'amour de la patrie se mesure à la qualité de l'école, à l'existence d'un hôpital digne, à l'accès à l'emploi, au logement et à la justice territoriale. » Le ministre a particulièrement insisté sur la nécessité de placer le monde rural et les territoires marginalisés au cœur de l'action publique, conformément aux orientations royales. Il a également exprimé la solidarité du parti avec les populations touchées par les récentes inondations et réaffirmé l'engagement du PAM en faveur de l'intégrité territoriale et de l'initiative d'autonomie pour le Sahara.


Ouahbi défend son bilan au ministère de la Justice

Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du PAM jusqu'en février 2024, était également présent. Il a remercié la direction du parti pour son soutien constant dans les réformes législatives engagées, notamment sur le Code de la famille et la modernisation de la procédure pénale. Ouahbi, qui a piloté l'adoption du nouveau Code de procédure pénale et contribué à la réforme de la Moudawana, a rappelé que « l'engagement partisan implique d'assumer collectivement les choix politiques, y compris lorsqu'ils suscitent débat et confrontation ».


Réforme électorale : le PAM monte au créneau

Les débats internes ont permis aux militants d'échanger sur les enjeux organisationnels et les lois électorales. Le parti a réaffirmé son attachement à une réforme du système électoral favorisant la participation des jeunes, la moralisation de la vie politique et la lutte contre l'argent et les pratiques déviantes. Une position qui fait écho aux appels du bureau exécutif de l'organisation de jeunesse du PAM, qui avait plaidé pour des campagnes « affranchies de l'usage excessif de l'argent » et l'adoption d'une « charte éthique commune » entre les partis.


La bataille de 2026 est lancée

Au terme de cette session, le message du PAM est martelé : deuxième force politique du pays avec 87 sièges à la Chambre des représentants, le parti entend transformer sa stabilité organisationnelle en victoire électorale. Fort de sa participation gouvernementale – avec notamment les portefeuilles de l'Habitat (El Mansouri), de la Jeunesse et de la Culture (Bensaïd) et de la Justice (Ouahbi) –, le parti du Tracteur entend se positionner comme un candidat sérieux à la conduite du prochain exécutif.


Reste à savoir si cette ambition assumée créera des tensions au sein d'une majorité où le RNI, en pleine transition après l'annonce d'Akhannouch, et l'Istiqlal affichent des appétits similaires. Le congrès extraordinaire du RNI, prévu le 7 février à El Jadida pour désigner le successeur d'Akhannouch, avec pour unique prétendant Mohamed Chaouki, donnera une première indication de la recomposition en cours.

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