Marché à terme : lancement du premier Future sur le MASI 20 et mise en ligne du portail de l’ICMAT
Siège de la Bourse de Casablanca. Crédit : Mustapha Razi / Le Desk
Le paysage financier marocain vit une journée charnière. Bank Al‑Maghrib et l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) annoncent conjointement la mise en ligne du site web institutionnel de l'Instance de coordination du marché à terme (ICMAT), accessible à l'adresse www.icmat.ma. Le lancement coïncide avec la toute première cotation du contrat à terme ferme sur l'indice MASI 20, baptisé « Future MASI 20 », qui marque l'entrée effective du Maroc dans l'univers des produits dérivés organisés.
Un chantier de longue haleine
L'événement de ce lundi 6 avril est l'aboutissement d'un processus engagé il y a plus d'une décennie. La loi 42-12, promulguée par dahir en mai 2014, a posé le socle juridique du marché à terme d'instruments financiers au Maroc, en définissant lesdits instruments, en organisant le fonctionnement du marché et en encadrant le rôle de chaque acteur. Le décret d'application fixant la composition et les modalités de fonctionnement de l'ICMAT a suivi en mai 2019. Mais entre le cadre légal et sa mise en œuvre opérationnelle, plusieurs années de préparation technique, réglementaire et institutionnelle ont été nécessaires.
Le tournant s'est accéléré à partir de novembre 2024, lorsque la Bourse de Casablanca a officiellement annoncé le lancement du marché à terme lors d'une conférence dédiée. Nadia Fettah, ministre de l'Économie et des Finances, avait alors souligné que cette réforme permettrait au Maroc d'entrer dans le cercle des places financières disposant d'une infrastructure de marché intégrée. La transformation de la Bourse de Casablanca en holding a constitué un préalable structurant, en filialisant l'ensemble de la chaîne de valeur – marché comptant, marché à terme et chambre de compensation (CCP) –, avec une prise de participation dans Maroclear, le dépositaire central.
La date du 6 avril confirmée dès février
C'est lors de la conférence annuelle de l'Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB), tenue le 9 février à Casablanca, que la ministre a officiellement annoncé la date du 6 avril pour la première cotation. Elle avait alors qualifié ce lancement d'étape structurante pour la place financière, insistant sur le fait qu'il offrirait aux investisseurs de nouveaux outils de couverture, améliorerait la formation des prix et contribuerait à renforcer la liquidité et l'attractivité globale du marché. Tarik Senhaji, président de l'AMMC, avait de son côté souligné que ce marché constituerait une passerelle vers de nouveaux produits financiers.
Les semaines précédant le lancement ont été marquées par une phase active de préparation. La Bourse de Casablanca a mis en ligne début avril une plateforme dédiée centralisant les premiers avis et instructions émanant de la SGMAT (Société gestionnaire du marché à terme) et de la CCP Maroc. Ces documents encadrent les règles de négociation, de compensation et de gestion du risque. Le 2 avril, un workshop pédagogique à destination des médias et des acteurs du marché est venu compléter ce dispositif d'accompagnement.
Le Future MASI 20 : comment ça marche
Le premier produit lancé est un contrat à terme ferme adossé à l'indice MASI 20, qui regroupe les vingt valeurs les plus liquides de la Bourse de Casablanca. Ce choix n'est pas anodin : la liquidité de cet indice garantit aux opérateurs de toujours trouver une contrepartie pour leurs ordres. Concrètement, chaque contrat représente 10 dirhams par point d'indice, et un dépôt de garantie initial de 1 000 dirhams suffit pour prendre position, ce qui active un effet de levier significatif. Les échéances suivent un calendrier trimestriel – juin, septembre et décembre 2026, puis mars 2027 – avec un renouvellement continu assurant une visibilité permanente sur quatre horizons.
L'architecture du marché repose sur deux entités clés. La SGMAT gère la plateforme de cotation et encadre les règles de négociation, sous la supervision de l'AMMC. La CCP Maroc, relevant de Bank Al-Maghrib, s'interpose entre chaque acheteur et chaque vendeur pour garantir la bonne fin des opérations, calculant chaque soir les gains et pertes via les appels de marge. Ce mécanisme de contrepartie centrale est un standard international indispensable pour asseoir la crédibilité du compartiment dérivés.
L'ICMAT : la clé de voûte de la supervision conjointe
Au cœur de cette architecture se trouve l'Instance de coordination du marché à terme (ICMAT). Instituée par la loi 42-12, elle assure la coordination entre Bank Al-Maghrib et l'AMMC en matière de contrôle conjoint. Son rôle est central pour garantir la cohérence réglementaire et la surveillance efficace des opérations sur les produits dérivés, à un moment où la frontière entre politique monétaire et régulation des marchés de capitaux se fait plus poreuse.
Le portail institutionnel lancé ce jour vise à offrir une information complète, structurée et accessible à l'ensemble des intervenants. Il s'articule autour de quatre piliers. Le premier, dédié à l'organisation de l'ICMAT, présente les missions, la composition et les modalités de fonctionnement de l'instance. Le deuxième rassemble le cadre réglementaire, avec une compilation des textes législatifs et réglementaires régissant le marché à terme. Le troisième cartographie l'écosystème du marché en offrant des informations détaillées sur les entreprises de marché et les membres habilités à opérer. Enfin, un centre de ressources met à disposition publications, communiqués de presse, guides pratiques, formulaires et une foire aux questions.
Un lancement prudent, ouvert d'abord aux institutionnels
Le démarrage se veut progressif et encadré. Dans un premier temps, ce sont principalement les investisseurs institutionnels – gestionnaires d'actifs, assureurs, OPCVM et sociétés de bourse – qui auront accès au marché à terme. Les particuliers pourront y accéder dans un second temps, une fois que les mécanismes auront été pleinement assimilés et que les sociétés de bourse disposeront de la capacité d'accompagner leurs clients. Cette approche prudente s'inscrit dans une logique de montée en compétence collective, où la pédagogie précède l'ouverture.
Un signal de maturité pour la place casablancaise
Le lancement du marché à terme s'inscrit dans un contexte plus large de montée en puissance de la Bourse de Casablanca. L'indice MASI a progressé de plus de 60 % sur 3 ans et la capitalisation boursière dépasse désormais les 1 000 milliards de dirhams. La dynamique des introductions en bourse s'est accélérée, avec un record de quelque 168 000 particuliers ayant participé à la dernière IPO. La possibilité d'une intégration du marché marocain à l'indice MSCI Emerging Markets continue par ailleurs d'alimenter les espoirs des investisseurs.
À l'international, le Maroc renforce également sa visibilité. JP Morgan prépare un nouvel indice dédié aux obligations souveraines en monnaie locale des marchés frontières, dans lequel le Royaume figurerait parmi les marchés les plus fortement pondérés. Le Trésor marocain a par ailleurs été autorisé à lever jusqu'à 60 milliards de dirhams sur les marchés internationaux en 2026, confirmant la solidité du crédit souverain.
Dans ce contexte, disposer d'un marché de dérivés organisé envoie un signal fort de maturité. Pour les investisseurs étrangers, c'est un indicateur de profondeur, de gestion du risque et de modernité de l'infrastructure financière. Pour les opérateurs nationaux, c'est un outil concret de couverture dans un environnement marqué par la volatilité des marchés mondiaux. À terme, d'autres produits dérivés – options, futures sur taux – pourraient venir enrichir la gamme, faisant de Casablanca un hub financier régional à la croisée de l'Europe et de l'Afrique.
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