Barrages : le taux de remplissage grimpe à 74,4%, porté par des apports hydriques exceptionnels
Le Maroc connaît un retournement hydrique aussi rapide que spectaculaire. Selon les données consolidées au 6 avril, les retenues des barrages atteignent un taux de remplissage global de 74,4 %, soit environ 12,8 milliards de m³ mobilisés. Ce niveau marque une nette amélioration par rapport à la même période de l’année précédente, où les réserves évoluaient autour de 38 %, traduisant une quasi-doublure des volumes stockés en l’espace de douze mois.
Cette progression s’explique avant tout par une séquence pluviométrique exceptionnelle enregistrée durant la saison hydrologique 2025-2026. Entre septembre et février, les apports cumulés ont dépassé les 12 milliards de m³, soit un niveau supérieur de plus de 130 % à la moyenne habituelle. Fait notable, l’essentiel de ces apports s’est concentré sur une période très courte, entre la mi-décembre et la fin février, provoquant un remplissage accéléré des retenues.
Cette dynamique s’est traduite par une remontée particulièrement rapide du taux de remplissage, passé d’environ 31 % en début d’hiver à près de 70 % en quelques semaines. Une évolution qui illustre à la fois la sensibilité du système hydraulique marocain aux épisodes pluvieux intenses, mais aussi sa capacité à capter et stocker des volumes importants en un temps réduit.
Dans le détail, les performances varient fortement selon les bassins hydrauliques. Les régions du nord et du centre-nord apparaissent aujourd’hui comme les principales bénéficiaires de cette embellie. Le bassin du Sebou, pilier stratégique de l’approvisionnement en eau, dépasse ainsi les 85 % de remplissage, totalisant plus de 4,6 milliards de m³. Le bassin du Tensift atteint quant à lui des niveaux proches de la saturation, autour de 96 %, tandis que plusieurs ouvrages du nord du Royaume frôlent ou dépassent les 90 %.
À l’échelle des grands barrages, certains affichent des niveaux particulièrement élevés. Al Wahda, plus grand barrage du Maroc, se situe autour de 85 à 86 % de remplissage. Idriss Ier dépasse les 90 %, tout comme Bin El Ouidane, qui franchit le seuil des 93 %. Ces performances témoignent de l’ampleur des apports enregistrés et du rôle central de ces infrastructures dans la régulation des ressources hydriques.
Cependant, cette amélioration globale ne doit pas masquer des disparités importantes. Certains barrages structurants, notamment dans les bassins du centre et du sud, restent en situation plus tendue. Le barrage Al Massira, essentiel pour l’alimentation en eau de la région de Casablanca et pour l’irrigation de périmètres agricoles majeurs, affiche encore un taux de remplissage limité, autour de 30 à 35 %. Cette hétérogénéité souligne les déséquilibres territoriaux persistants dans la répartition des ressources en eau.
Par ailleurs, la forte intensité des apports a également imposé des contraintes de gestion inédites. Plus d’une trentaine de barrages ont dépassé le seuil de 80 % de remplissage, obligeant les gestionnaires à procéder à des lâchers d’eau pour garantir la sécurité des ouvrages et prévenir les risques de crues. Au total, plus de 4 milliards de m³ ont ainsi été évacués, illustrant le basculement rapide d’une logique de pénurie vers une gestion de surplus localisé.
Sur le plan stratégique, cette séquence confirme la robustesse du modèle marocain fondé sur les grands barrages, capables d’amortir des chocs climatiques extrêmes en stockant massivement l’eau lors des périodes humides. Elle met toutefois en lumière une dépendance structurelle aux aléas pluviométriques, dans un contexte de changement climatique marqué par une variabilité accrue.
Si la situation actuelle offre un répit bienvenu, notamment pour l’agriculture irriguée et l’alimentation en eau potable, elle ne règle pas les fragilités de fond. La concentration des ressources dans certaines régions, la vulnérabilité des bassins du sud et la pression croissante des usages continuent de poser la question d’une gestion plus intégrée et anticipative de l’eau.
À court terme, le niveau de remplissage atteint constitue néanmoins un signal positif pour l’économie hydrique du pays. Il permet d’aborder les prochains mois avec une marge de manœuvre accrue, tout en rappelant que l’équilibre reste précaire et étroitement dépendant de la pluviométrie.
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