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Visuel officiel de la 27e édition du Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira, prévue du 25 au 27 juin 2026. Crédit : DR
25.04.2026 à 22 H 23 • Mis à jour le 25.04.2026 à 22 H 23 • Temps de lecture : 5 minutes
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Concert Festival Gnaoua : Essaouira au cœur d’une programmation ancrée dans les mondes portuaires

Pensée comme une traversée entre rives et continents, la 27e édition du Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira déploie une programmation structurée autour d’un imaginaire portuaire. Au-delà des têtes d’affiche et des fusions annoncées, l’événement approfondit une ligne artistique qui fait d’Essaouira un point d’ancrage des circulations musicales contemporaines

Déjà présentée dans ses grandes lignes lors de la conférence de presse tenue à Casablanca, la programmation de cette 27e édition du Festival Gnaoua, prévue du 25 au 27 juin, met en avant un large éventail de créations et de collaborations internationales. Hommage à Maâlem Mustapha Baqbou, concerts-fusion réunissant artistes marocains et figures de la scène mondiale, ou encore Forum des droits humains consacré aux jeunesses : les marqueurs habituels du festival sont bien au rendez-vous.


Cependant, le dossier de presse diffusé par les organisateurs met en lumière une ligne artistique plus structurante. L’édition 2026 ne se limite pas à une juxtaposition de rencontres musicales : elle s’organise autour d’un fil conducteur explicite, celui des villes portuaires et des circulations culturelles qu’elles incarnent. « Essaouira, port d’ancrage et d’horizon », comme résume le communiqué, qui inscrit cette édition dans une géographie des échanges allant « du Liban au Cameroun, du Brésil aux États-Unis, de l’Inde à l’Éthiopie ».


Dans cette perspective, la programmation apparaît comme une cartographie musicale où les héritages circulent, se transforment et dialoguent. Le festival prolonge ainsi l’histoire même d’Essaouira, pensée dès son origine comme une interface entre continents et cultures, et dont la tradition gnaoua constitue l’une des expressions les plus abouties.


Une programmation pensée comme une traversée entre ports et continents

Ce fil conducteur irrigue l’ensemble de la direction artistique. Selon le dossier de presse, la programmation 2026 « s’est construite autour d’une cohérence géographique et musicale en résonance avec l’identité d’Essaouira », réunissant des artistes issus de territoires marqués par les dynamiques maritimes et les échanges transcontinentaux . Plus qu’un thème affiché, il s’agit d’une « orientation curatoriale assumée », où les scènes invitées partagent une « mémoire des traversées ».


Concrètement, cette logique se traduit par une série de créations qui prolongent les dialogues déjà évoqués lors de la conférence de presse. La rencontre entre Maâlem Mohamed Montari, Badume’s Band et Selamnesh Zemene explore ainsi des correspondances musicales africaines, tandis que Mehdi Qamoum dialogue avec le Harlem Spirit of Gospel autour d’un héritage spirituel commun. De son côté, la fusion entre Maâlem Hamid El Kasri et Carlinhos Brown met en tension rythmes gnaoua et traditions afro-brésiliennes.


Le concert d’ouverture lui-même s’inscrit dans cette logique de traversée. Réunissant Mehdi Nassouli, la troupe rwandaise i Buhoro, la chanteuse Sara Moullablad, l’artiste indienne Ganavya et le musicien français Sylvain Barou, il est conçu comme une création collective préparée en amont, où « les traditions s’entrelacent » dans un même espace de dialogue . Une manière d’installer, dès les premières notes, l’ADN d’une édition fondée sur la circulation des formes et des héritages.


Au-delà des grandes scènes, un festival qui investit la ville

Si les grandes scènes concentrent les temps forts, le dossier de presse insiste également sur une dimension plus diffuse du festival, largement absente des présentations classiques. À côté des concerts principaux, une série de performances intimistes - les « lilas » - se déploie dans plusieurs lieux emblématiques d’Essaouira, comme la zaouïa Sidna Bilal, Bayt Dakira ou encore Dar Souiri .


Ces formats, inspirés des cérémonies traditionnelles gnaoua, proposent une expérience plus proche des racines spirituelles de cette musique. Pensés « dans une forme plus ouverte », ils permettent une immersion au plus près des artistes, dans des espaces chargés de mémoire où la transmission s’opère dans un rapport direct avec le public.


Le festival investit également de nouveaux lieux, à l’image de l’ancien consulat du Danemark, inscrit dans l’histoire diplomatique de la ville et mobilisé pour la première fois. Ce déploiement hors des scènes principales prolonge la logique d’Essaouira comme ville-carrefour, où la musique ne se limite pas à un espace scénique mais irrigue l’ensemble du tissu urbain.


Entre transmission, création et structuration d’un modèle culturel

Au-delà de la programmation artistique, l’édition 2026 confirme une dynamique de structuration engagée depuis plusieurs années. Le programme Berklee at the Gnaoua Festival, reconduit pour une troisième édition, illustre cette volonté de professionnalisation à travers une formation immersive de six jours dédiée à la création musicale .


Dans le même esprit, le partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique autour de la Chaire des Transitions vise à produire un cadre de réflexion sur la culture gnaoua et ses évolutions contemporaines, en croisant recherche académique et pratiques artistiques. Le festival ne se contente plus d’être un espace de diffusion : il devient aussi un lieu de production de savoirs et de transmission.


Cette montée en puissance s’inscrit dans une trajectoire plus large, déjà évoquée par ses organisateurs comme un moment de « maturité  ». En articulant création, formation et réflexion, le Festival Gnaoua consolide progressivement son positionnement, à la croisée des industries culturelles, des dynamiques territoriales et des circulations artistiques globales.

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