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Séance d’entraînement des Lions de l’Atlas le 18 juin, organisée au stade Revolution Training Center de Boston
19.06.2026 à 03 H 01 • Mis à jour le 19.06.2026 à 03 H 01 • Temps de lecture : 9 minutes
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n°1245.Maroc – Écosse : le vrai examen de passage des Lions de l’Atlas

Auteurs d'un nul de prestige face au Brésil (1-1), les hommes de Mohamed Ouahbi abordent à Boston un match d'une tout autre nature. Plus fermé, plus physique, plus piégeux. Et, paradoxalement, plus décisif. Décryptage avant le choc de la 2e journée du groupe C, ce 19 juin au Gillette Stadium de Foxborough

Il y a une phrase de Mohamed Ouahbi, glissée jeudi soir dans la salle de presse du stade de Foxborough, qui résume mieux que toutes les autres l'état d'esprit dans lequel le Maroc aborde son deuxième match : « Il faut vite tourner la page du Brésil. »


Le sélectionneur national aurait pu se laisser porter par la vague. Le point arraché à la Seleção (1-1) lors de l'entrée en lice a été célébré comme un exploit, et une partie de la presse internationale a déjà rangé les Lions de l'Atlas parmi les meilleures écuries du tournoi. Ouahbi, lui, a choisi le contre-pied. « On avait des problèmes offensifs et défensifs mais tout le monde a dit qu'on a été extraordinaires. Il faut rester modéré », a-t-il lâché, avant d'asséner l'argument le plus implacable : « Il suffit de regarder le classement. L'Écosse est devant nous. Ils ont 3 points et nous 1. On doit faire encore mieux. »


C'est toute l'ironie comptable de ce groupe C. Le Maroc a impressionné contre l'une des nations favorites du tournoi et l'Écosse a battu Haïti (1-0), le théorique petit poucet de la poule. Et pourtant, ce sont les hommes de Steve Clarke qui occupent provisoirement la tête, avec la possibilité, en cas de victoire, de valider dès vendredi une qualification historique pour le tour suivant, une première en 9 participations à un Mondial. Pour le Maroc, à l'inverse, un deuxième match nul transformerait la dernière journée face à Haïti en finale anticipée. Le réservoir d'erreurs s'est brutalement asséché.


Deux adversaires que tout oppose

L'enjeu, pour Ouahbi, n'est pas seulement mental : il est structurel. Le plan qui a fonctionné contre le Brésil ne resservira pas vendredi, parce que l'Écosse n'a pas le même rapport au ballon que la Seleção.


Le scénario du match contre Haïti est, à cet égard, plus instructif que le résultat. Après l'ouverture du score de John McGinn, une frappe déviée, à la 28e minute, survenue après un arrêt de Johny Placide devant Che Adams, l'Écosse a passé l'essentiel de la rencontre à reculer. Sur l'ensemble du match, les hommes de Clarke ont été dominés aux tirs (9 contre 15) et ont perdu la bataille des occasions nettes : selon Opta, Haïti a remporté le duel des expected goals (1,21 contre 1,05). Après la demi-heure de jeu, la possession a basculé côté haïtien (autour de 60-40) et c'est le gardien Angus Gunn, auteur d'une double parade décisive, qui a préservé la victoire. Autrement dit : l'Écosse a gagné un match qu'elle n'a pas maîtrisé, et c'est précisément là sa force. Elle n'a besoin ni du ballon ni de la domination territoriale pour l'emporter.


Ses occasions, ce soir-là, sont presque toutes venues des couloirs et des coups de pied arrêtés : une tête de Scott McTominay sur un centre d'Andy Robertson (7e), un poteau du même McTominay (17e), un centre de Ben Gannon-Doak pour Lawrence Shankland (32e). Le 4-4-2 de Clarke : Gunn, Hickey, Hanley, Hendry, Robertson - Gannon-Doak, McTominay, Ferguson, McGinn - Shankland, Adams, protège la surface, densifie l'axe et confie l'animation offensive aux centres et aux seconds ballons. C'est exactement le type de match, haché, physique, rythmé par les duels aériens, que le Maroc devra refuser de jouer. Ouahbi ne dit pas autre chose lorsqu'il prévient qu'« il faudra être nombreux autour du ballon, contrôler le jeu et conserver la possession ».


En face, Clarke a posé l'équation sans détour : « On pense que le Maroc aura plus le ballon que nous. Ce qu'on veut faire, c'est que dès qu'on a le ballon, on les menace. » Les deux bancs sont donc d'accord sur le déroulé probable : domination marocaine, bloc écossais bas, attente de la transition. Reste à savoir qui imposera son tempo.


Le milieu privé de Gilmour, talon d'Achille écossais

C'est dans l'entrejeu que la lecture des deux premières journées penche le plus nettement du côté marocain et c'est là qu'une absence pèse lourd.


Privée de Billy Gilmour, forfait du tournoi après une blessure au genou contractée en préparation contre le Curaçao, l'Écosse a perdu son principal relais technique au cœur du jeu. Le milieu de Naples était l'organisateur de la relance et l'un des partenaires réguliers de McGinn et McTominay. Clarke lui-même a qualifié le moment de la blessure de « cruel  ». Son remplaçant nominal, le jeune Tyler Fletcher (19 ans), n'a pas son vécu international. Concrètement, la Tartan Army s'en remet désormais davantage au jeu direct et peine à ressortir proprement sous pression, ce que la perte de possession face à Haïti, équipe pourtant classée 84e mondiale, est venue confirmer.


Or c'est exactement la faille que le Maroc a exploitée chez un adversaire autrement plus huppé. Face au Brésil, les Lions ont mené 5 tirs à 1 dans les dix premières minutes et étouffé la relance de Carlo Ancelotti par un pressing collectif d'une rare intensité : Ismael Saibari a appliqué 100 actions de pressing, record de la compétition égalé (Opta). En refermant les lignes de passe intérieures, le Maroc a forcé le Brésil à des cycles de possession stériles avant de le punir en transition. Reproduire ce mécanisme contre une Écosse moins outillée balle au pied, et sans son métronome, pourrait permettre de récupérer haut, dans des zones immédiatement dangereuses.


Ouahbi dispose, pour cela, d'un entrejeu fourni : Neil El Aynaoui, Azzedine Ounahi, Bilal El Khannouss et la révélation Ayyoub Bouaddi, impérial pour ses débuts à 18 ans, supérieur en volume comme en qualité technique à un milieu écossais qui n'a pas convaincu contre Haïti. Le sélectionneur est resté volontairement flou sur son organisation : « Je ne vais pas parler de notre plan ou du double pivot », mais la consigne, elle, est limpide.


McTominay, Robertson et l'art de la patience

Le danger écossais a malgré tout un visage récurrent : celui de Scott McTominay. Contre Haïti, le joueur de Naples a frappé le poteau et placé une tête au-dessus. Libéré des tâches défensives par Lewis Ferguson, positionné plus bas, il agit en réalité comme un second attaquant, surgissant dans la surface depuis la deuxième ligne. Ouahbi en a parfaitement conscience : « McTominay aime se projeter vers l'avant, il faudra donc être attentifs dans les zones axiales. » Le sélectionneur refuse toutefois le marquage individuel : « Nous n'avons pas de plan spécifique pour un joueur en particulier ». Et tient à corriger un cliché : « Ce n'est pas une équipe basée uniquement sur les longs ballons. »


L'autre foyer de jeu écossais se situe sur le flanc gauche, où Robertson reste un créateur majeur par la qualité de ses centres : c'est lui qui a servi McTominay dès la 7e minute contre Haïti. Mais ses montées répétées sont à double tranchant : l'espace qu'il libère dans son dos constitue une cible naturelle pour des Lions taillés pour la profondeur. Achraf Hakimi, qu'un Robertson admiratif qualifie lui-même de « meilleur latéral au monde », comme Saibari, qui a inscrit son but contre le Brésil en faux numéro 9 sur une course dans la profondeur lancée par Brahim Diaz, ont précisément le profil pour en profiter.


Car la grande arme offensive marocaine s'appelle Brahim Diaz. Positionné en faux meneur entre les lignes face au Brésil, le Madrilène a livré la passe décisive du match et incarné la créativité d'un bloc capable de combiner dans les petits espaces. La clé, vendredi, tiendra dans un mot que le football marocain n'a pas toujours associé à ses soirées de gala : la patience. Il faudra accepter de construire, faire coulisser un bloc écossais discipliné, multiplier les changements de rythme et chercher les décalages dans les demi-espaces, plutôt que d'attendre des transitions qui, cette fois, ne s'offriront pas d'elles-mêmes.


Le souvenir de 1998

Sur le papier, la hiérarchie est tranchée. Sixième nation au classement FIFA, demi-finaliste 2022, le Maroc part largement favori : les bookmakers le créditent d'environ 55 % de probabilité de victoire, contre 26 % pour le nul et seulement 19 % pour l'Écosse. Les Lions restent par ailleurs invaincus sur leurs dix dernières sorties.


Mais la prudence de Ouahbi n'est pas feinte, et les chiffres lui donnent partiellement raison. L'Écosse aligne 7 victoires sur ses 10 derniers matches et a marqué à 22 reprises sur la période. Elle a certes trébuché en amical juste avant le tournoi (deux défaites 0-1 contre le Japon et la Côte d'Ivoire), mais reste une équipe rugueuse, disciplinée, et galvanisée par une Tartan Army qui a envahi Boston. Clarke réclame d'ailleurs le respect dû à un adversaire qu'il juge « meilleur que celui de 2022 », tandis que Robertson rêve d'« écrire l'histoire » écossaise. Le souvenir de 1998, seule confrontation entre les deux nations, large succès marocain (3-0) à Saint-Étienne, n'efface pas que, cette année-là, les deux équipes avaient quitté le tournoi dès le premier tour. Ouahbi y était, et en garde un souvenir « très triste ».


Le match face à l'Écosse certainement sera moins spectaculaire que celui contre le Brésil, et probablement plus frustrant par séquences. Il opposera deux philosophies inversées : une équipe qui veut le ballon à une équipe qui s'en méfie. Si les Lions parviennent à dominer un entrejeu privé de Gilmour, à museler les projections de McTominay et à exploiter l'espace laissé derrière Robertson, ils disposent de tous les codes pour déchiffrer ce bloc compact.


L'avertissement de Ouahbi vaut programme : refuser l'euphorie, refuser le combat physique que cherche l'Écosse, imposer sa maîtrise technique. « Nous voulons aller encore plus loin qu'au Qatar », répète le sélectionneur. Le chemin vers ce rêve passe par un type de victoire que le Maroc maîtrise encore mal, celle, laborieuse et appliquée, qu'on arrache à une équipe venue pour ne pas perdre. Ce soir, à Foxborough, on saura si cette génération a aussi appris à gagner ces matches-là.

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