n°1244.La porte dérobée : ce qu’un libre-échange avec la Chine coûterait vraiment au Maroc
À Kénitra, le chantier de la gigafactory de Gotion High-tech avance au rythme d'un projet chiffré à 1,3 milliard de dollars (MM $). À une centaine de kilomètres de là, près de Tanger, BTR New Material Group parachève sa première usine d’anodes. Entre les deux, une cinquantaine d'entreprises chinoises ont posé leurs valises depuis la pandémie, pour un total ciblé à environ 6 MM $ d'investissements. Le Maroc s'est vendu, avec succès, comme la plateforme industrielle où la Chine pouvait produire aux portes de l'Europe.
C'est dans ce contexte que Pékin a changé de registre. Mi-juin, le ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a confirmé à Bloomberg que la Chine avait formellement proposé au Maroc de négocier un accord de libre-échange. Le dossier, a-t-il précisé, est « en réflexion » : Rabat en évalue l'impact, sans avoir ouvert de négociations formelles. La prudence est de mise, et elle est justifiée. Mais le débat qui s'est ouvert depuis se trompe d'objet.
La discussion publique s'est focalisée sur un chiffre, à juste titre frappant : en 2025, le Maroc a importé pour 114,1 milliards de dirhams (MMDH) de produits chinois, contre seulement 3,8 MMDH d'exportations en sens inverse. Près de 30 dirhams (DH) entrants pour un sortant. L'image est forte, le déficit est réel, mais il masque la vraie question. Car l'asymétrie de départ n'est pas seulement commerciale. Elle est tarifaire, et elle joue, pour une fois, en faveur du Maroc. Le danger d'un accord ne se mesure pas au creusement d'un déficit déjà connu. Il se mesure à l'érosion silencieuse de l'origine marocaine et à la gâchette qu'elle actionnerait sur une machine de défense commerciale européenne en plein durcissement.
Une asymétrie, mais pas celle qu'on croit
Depuis le 1er mai 2026, la Chine accorde déjà au Maroc un accès en franchise de droits de douane sur la quasi-totalité de ses lignes tarifaires. La mesure n'a rien de bilatéral : Pékin l'a étendue, de façon unilatérale, à 20 pays africains non classés parmi les moins avancés et entretenant des relations diplomatiques avec elle. Elle est temporaire, celle-ci expire le 30 avril 2028, et présentée par la Chine comme une étape transitoire vers des accords économiques plus larges.
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