Histoire Le dernier voyage du « Dom van Keulen » : l’or saadien, de Safi à une épave anglaise
Pendant près de trente ans, les plongeurs qui exploraient un site sous-marin au large de Salcombe, dans le sud-ouest de l'Angleterre, ont remonté des pièces d'or marocaines sans pouvoir mettre un nom sur le navire qui les avait emportées. C'est désormais chose faite. Du Maroc aux côtes anglaises : l'histoire du Dom van Keulen et de son incroyable cargaison, ouvrage collectif dirigé par Venetia Porter et David Parham (British Museum, 2026), réunit historiens des archives, numismates, archéologues et scientifiques autour d'une même enquête. Le verdict : l'épave est celle du Dom van Keulen, navire hollandais coulé en 1633 alors qu'il rapportait de Safi, vers Amsterdam, une cargaison dominée par l'or des chérifs saadiens.
Une fausse piste : le « trésor des corsaires »
La présence de monnaies marocaines des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, sur un site hérissé de canons, avait d'abord nourri une hypothèse spectaculaire : celle d'un navire de corsaires barbaresques. À l'époque où l'épave est fouillée, la traite des captifs européens par les écumeurs d'Afrique du Nord est un fait massif : l'ouvrage rappelle qu'environ 20 000 personnes ont été enlevées sur les côtes ou dans les eaux des îles Britanniques entre la fin du XVIᵉ siècle et le XVIIIᵉ. La menace avait même touché Salcombe : dans les années 1630, un pêcheur du nom de William Small et sept de ses compagnons furent capturés au large du Devon. L'idée d'une épave corsaire, popularisée par un documentaire de la BBC en 2003, n'avait donc rien d'absurde.
Elle ne résista pourtant pas à l'examen du matériel. Hors monnaies, environ 85 % des objets remontés se révélèrent d'origine néerlandaise ou anglaise. Le navire n'était pas un prédateur, mais un marchand.
Abonnez-vous pour continuer la lecture
à partir de 40 dh par mois
(facturé annuellement)
Choisir une offreLe Desk a été le premier à révéler
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.
