Le Maroc parie sur 60 000 lits de plus pour convertir le Mondial 2030 en rente touristique durable
Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire. Crédit : Le Desk
Le Maroc prévoit d'ajouter environ 60 000 lits hôteliers avant la Coupe du monde 2030, soit près d'un cinquième de sa capacité actuelle, a indiqué la ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, dans un entretien à Reuters. Le Royaume, qui accueillera le tournoi aux côtés de l'Espagne et du Portugal, entend porter son parc à environ 360 000 lits, contre un peu plus de 300 000 aujourd'hui. Une trajectoire présentée non comme une fin en soi, mais comme un point d'appui. « Nous voyons la Coupe du monde 2030 comme un accélérateur », a résumé la ministre auprès de l'agence.
La formule dit l'ambition et la crainte qui l'accompagne. Depuis le parcours des Lions de l'Atlas jusqu'en demi-finale au Qatar en 2022, une première pour une sélection africaine et arabe, le pays surfe sur une visibilité inédite, entretenue par sa qualification en quarts lors de l'édition 2026. Reste à transformer cette notoriété en flux pérennes, dans un secteur qui pèse déjà autour de 7 % du produit intérieur brut et emploie plusieurs centaines de milliers de personnes.
Une capacité qui court derrière la demande
Les chiffres récents plaident pour l'accélération. Le Maroc a accueilli 19,8 millions de visiteurs en 2025, en hausse de 14 % sur un an et de 53 % par rapport à 2019, s'installant en tête des destinations africaines. Sur la même période, il a déjà absorbé 45 000 lits supplémentaires en quatre ans. Les 60 000 lits annoncés prolongent donc un rythme soutenu, mais l'objectif de 26 millions de touristes à l'horizon 2030 suppose que l'offre d'hébergement cesse de courir derrière la fréquentation, un décalage récurrent lors des pics saisonniers à Marrakech ou Agadir.
L'effort d'investissement dépasse largement l'hôtellerie. Le gouvernement mobilise plus de 190 milliards de dirhams (MMDH), environ 20 milliards de dollars (MM $), pour le rail, la route, les aéroports, les stades et les infrastructures urbaines en amont du tournoi. La répartition des matchs entre les trois pays hôtes n'est pas encore arrêtée, ce qui laisse ouverte la question de la part réelle de rencontres, et donc de retombées, qui reviendra au Maroc.
Diversifier les marchés autant que les destinations
La prochaine phase de croissance vise moins le volume que sa composition. Rabat veut attirer davantage de voyageurs chinois, américains et moyen-orientaux, en s'appuyant sur le renforcement de la connectivité aérienne, moteur assumé de la stratégie : l'ouverture de 80 nouvelles liaisons et une capacité portée au-delà de 12 millions de sièges en 2025 ont largement nourri la dynamique récente.
En parallèle, les autorités cherchent à desserrer la pression sur les valeurs sûres que sont Marrakech et Agadir. La capitale, Rabat, est appelée à monter en gamme comme pôle d'événements culturels, sportifs et de tourisme d'affaires, en capitalisant sur son patrimoine et ses musées. L'enjeu est double : étaler la fréquentation dans le temps et l'espace, et éviter que la manne du Mondial ne se concentre sur une poignée de pôles déjà saturés.
Le pari du long terme
Les projections financières donnent la mesure de l'attente. Bank Al-Maghrib table sur des recettes touristiques record de 161 MMDH en 2027, contre 138 MMDH en 2025. La feuille de route 2023-2026, dotée d'un budget de l'ordre de 6 MMDH et structurée autour de neuf filières thématiques, a déjà servi de matrice à ces résultats records.
Le risque, propre à toute stratégie adossée à un méga-événement, tient à l'après. Les capacités bâties pour absorber un afflux ponctuel peuvent se transformer en surcapacité une fois les projecteurs éteints, si la demande structurelle ne suit pas. C'est précisément le sens de la mise en garde de la ministre. « Nous devons réaliser des investissements qui créent une valeur durable pour le tourisme marocain », a-t-elle déclaré à Reuters. Une manière de rappeler que le vrai test ne sera pas le coup d'envoi de 2030, mais les saisons qui suivront.
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