n°1271.Rapport de la Banque mondiale : une croissance à 4,9 % que les ménages ne voient pas
Le dernier « Rapport de suivi de la situation économique au Maroc » produit par l'unité MENA du département de la Politique économique du Groupe de la Banque mondiale s'ouvre sur une séquence de chiffres flatteurs. Le produit intérieur brut réel a progressé de 4,9 % en 2025, après 3,8 % en 2023 et 4,4 % en 2024, plaçant le Maroc au-dessus de la moyenne de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord et, fait plus rare, au-dessus de celle des économies émergentes et en développement. L'inflation s'est établie à 0,8 %, sa composante sous-jacente à 0,6 %. Le déficit budgétaire est revenu à 3,5 % du PIB, contre 7,1 % en 2020, et la dette du Trésor s'est stabilisée à 66,6 %. Les réserves de change atteignaient environ 47 milliards de dollars fin 2025, soit 5,4 mois d'importations, et 49 milliards fin mars 2026. S&P a relevé la note souveraine en catégorie investissement.
C'est la composition de cette croissance, davantage que son niveau, qui retient l'attention des économistes de l'institution. L'investissement a bondi de 16,3 % en 2025, après 13,9 % en 2024 (chiffres que confirme le rapport annuel de Bank Al-Maghrib), la formation brute de capital fixe progressant pour sa part de 14,4 %, portée par les grands chantiers d'infrastructure liés à la préparation de la Coupe du monde 2030. La consommation publique a suivi, en hausse de 5,1 %, sous l'effet de l'extension de la protection sociale, qui a coûté 0,2 point de PIB supplémentaire, et du renforcement des services publics, pour environ 0,7 point. Le rapport relève que l'investissement et la consommation publics progressent systématiquement plus vite que le PIB nominal depuis la pandémie.
Une croissance de commande publique
Face à cette poussée budgétaire, la demande privée reste atone. La consommation finale des ménages, qui avait crû de 4,7 % en 2023, est retombée à 2,9 % en 2024 puis à 1,2 % en 2025, soit un quart du rythme de la croissance globale, et la performance la plus faible depuis 2022 selon les séries longues publiées par Bank Al-Maghrib, qui retiennent le même chiffre. Le paradoxe est explicite dans le texte de la Banque mondiale : cette modération intervient dans un environnement de désinflation rapide et de redressement de la confiance des ménages, deux facteurs qui auraient dû soutenir la dépense.
La lecture qu'en fait le ministère de l'Économie et des Finances est exactement inverse. Dans la présentation soumise au Conseil de gouvernement le 22 juillet, la consommation des ménages « a bénéficié de l'amélioration progressive du pouvoir d'achat et de l'atténuation des pressions inflationnistes ». Les deux institutions travaillent sur la même série des comptes nationaux, elles n'en tirent pas la même conclusion. La Banque mondiale table sur un rééquilibrage progressif, avec une consommation privée qui atteindrait 4,8 % en 2028, à mesure que le cycle d'investissement arrive à maturité. C'est l'hypothèse centrale de l'ensemble de son scénario de moyen terme.
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