S'abonner
Se connecter
Logo du site LeDesk
22.06.2025 à 17 H 52 • Mis à jour le 22.06.2025 à 17 H 52 • Temps de lecture : 3 minutes
Par

Festival À Borj Bab Marrakech d’Essaouira, la rencontre magnétique du gnaoua et du souffle kurde

Sous les cieux d’Essaouira, la scène Borj Bab Marrakech a vibré, samedi soir, aux rythmes croisés de la tradition gnaouie et des chants du Kurdistan. Une soirée marquée par la profondeur des héritages et la puissance du dialogue musical, dans le cadre de la 26ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde

Dans le décor chargé d’histoire du Borj, perché sur les remparts de la cité des alizés, c’est un moment rare qu’ont vécu les spectateurs, invités à traverser deux univers enracinés dans des mémoires collectives anciennes, mais résolument vivants. Deux esthétiques musicales, deux géographies culturelles, deux manières de dire le monde à travers la vibration des corps et des instruments.


Le maâlem Hassan Boussou a ouvert la soirée avec une prestation à la fois rigoureuse et généreuse, plongeant l’assistance dans la magie rituelle du gnaoua. Héritier d’une grande lignée de maâlems, il a porté haut l’art de la transe maîtrisée, tissant un lien organique entre le guembri, les crotales métalliques et les incantations puisées au cœur des lilas. Chaque pièce était une offrande aux esprits, un hommage aux maîtres disparus, une célébration de la continuité. Avec ses musiciens, Boussou a convoqué un patrimoine vivant, alternant moments d’élévation collective et séquences plus introspectives, toujours dans une dynamique d’échange avec le public.


A la presse, il a confié son attachement profond au Festival Gnaoua et Musiques du Monde, auquel il participe depuis ses débuts. Il a salué son rôle fondamental dans la mise en lumière de l’art gnaoui, non seulement en tant que patrimoine à préserver, mais comme langage universel en perpétuelle re-création. « Ce festival, c’est notre vitrine et notre lien avec le monde. Il nous permet de transmettre, de partager, d’inspirer », a-t-il souligné.


Après cette plongée dans l’âme gnaouie, le collectif Nisthiman Project a pris possession de la scène, faisant basculer l’atmosphère dans une autre intensité, plus tellurique, traversée par les résonances des montagnes du Kurdistan. Leur musique, à la fois enracinée et voyageuse, puise dans les traditions kurdes d’Irak, d’Iran et de Turquie. Les instruments anciens – kamancheh, santur, daf, tanbur – y dialoguent avec des textures sonores plus contemporaines, sans jamais trahir l’esprit originel.


Nisthiman – « patrie » en kurde – n’est pas seulement un projet musical, c’est une démarche poétique et politique. À travers leurs albums Kurdistan, Kobane ou Improvisations, les membres du collectif racontent l’histoire d’un peuple dispersé, porteur d’une mémoire en lutte, d’une culture sans État mais riche d’une incroyable densité artistique. Leur performance, grave par moments, traversée d’élans mélancoliques et de fulgurances rythmiques, a captivé le public, immergé dans cette polyphonie émotive, presque mystique.


Cette soirée au Borj a ainsi incarné, dans son intensité comme dans sa complémentarité, l’essence même du Festival Gnaoua et Musiques du Monde : un espace d’écoute, de transmission, de reconnaissance mutuelle. Placée sous le Haut patronage du Roi Mohammed VI, la 26ᵉ édition du Festival a rassemblé, du 19 au 21 juin, des artistes venus des quatre coins du monde, affirmant la force d’un dialogue des cultures enraciné dans le respect et la création partagée. À Essaouira, plus que jamais, la musique continue d’unir les voix des peuples.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.