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Les princesses Lalla Khadija, Lalla Meryem et Lalla Hasnaa, et la première dame de France, Brigitte Macron, assistent au spectacle inaugural du Théâtre Royal de Rabat.
23.04.2026 à 00 H 22 • Mis à jour le 23.04.2026 à 10 H 53 • Temps de lecture : 6 minutes
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Concert À Rabat, le Théâtre Royal ouvre enfin ses portes, 16 ans après son esquisse

Dessiné par Zaha Hadid en 2010, livré en 2021, avec une ouverture plusieurs fois différée, l'édifice le plus attendu de la vallée du Bouregreg a donné son concert inaugural mercredi 22 avril, en présence de la princesse Lalla Hasnaa et de Brigitte Macron

Il aura fallu 16 ans pour que les courbes de béton imaginées par Zaha Hadid sur la rive gauche du Bouregreg s'emplissent enfin de musique. Mercredi 22 avril, le Théâtre Royal de Rabat, longtemps appelé Grand Théâtre avant d'être rebaptisé, a donné son spectacle inaugural devant un parterre de diplomates, d'artistes et d'intellectuels. Dans la loge royale avaient pris place la princesse Lalla Hasnaa, présidente de la Fondation du Théâtre Royal, sa sœur la princesse Lalla Meryem, la princesse Lalla Khadija, ainsi que Brigitte Macron, dont la présence prolonge la visite effectuée au même lieu lors du déplacement d'Emmanuel Macron à Rabat en 2024.


Pour cette première, la scène accueillait une programmation 100 % marocaine, pensée comme un manifeste : la pianiste et cheffe d'orchestre Dina Bensaïd dirigeait la réunion inédite de l'Orchestre philharmonique du Maroc, qui approche ses 30 ans, et de l'Orchestre symphonique royal, qui en compte une vingtaine, soit 76 musiciens et 40 choristes. Autour d'eux, le pianiste Marouan Benabdallah dans un répertoire classique, la mezzo-soprano Ahlima Mhamdi dans de grands airs d'opéra, la soprano Samira Kadiri dans le patrimoine arabo-andalou, et le compositeur Driss El Maloumi à l'oud, dans une création contemporaine aux accents marocains. Tchaïkovski, Bizet et Verdi ont dialogué avec les thèmes andalous, dans un programme explicitement construit sur l'idée de pont entre répertoire universel et patrimoine national.


Zaha Hadid, une volonté royale

L'histoire de ce bâtiment est presque aussi spectaculaire que sa silhouette. En 2010, feue l'architecte irako-britannique Zaha Hadid, première femme à avoir reçu le prix Pritzker (en 2004), est personnellement choisie par Mohammed VI pour concevoir un équipement culturel majeur dans la vallée du Bouregreg, alors en pleine réinvention. Comme l'avait rappelé Le Desk en 2016, aucun concours n'a été organisé : Zaha Hadid venait d'être écartée du projet CasaArts, remporté par Christian de Portzamparc et Rachid Andaloussi, et le souverain lui confie directement la commande. Le contrat, signé avec l'Agence pour l'aménagement de la vallée du Bouregreg, porte sur un budget initial de 120 millions d'euros.


Le cahier des charges est ambitieux : une grande salle de 1 800 places, un amphithéâtre extérieur de 7 000 places, des studios de création et un restaurant panoramique, le tout sur 27 000 m2 de plancher. Hadid propose une sculpture fluide, inspirée des méandres du fleuve, avec une enveloppe monolithique en panneaux de béton fibré, composée de plus de mille pièces aux géométries toutes différentes, que les bureaux d'études Newtecnic et AKT II modéliseront à grand renfort d'outils paramétriques. À l'intérieur, l'auditorium principal dessine une géométrie qui cite les muqarnas de l'architecture islamique.


Un théâtre longtemps verrouillé

Les terrassements ne commencent qu'en 2014, soit quatre ans après la signature de la convention. La livraison, initialement prévue au bout de 56 mois, dérape presque immédiatement. En mars 2016, Zaha Hadid décède à Miami d'une crise cardiaque, à 65 ans, et son agence, dirigée depuis par Patrik Schumacher, poursuit le chantier.


Nombre de difficultés jalonnent le démarrage du projet. Dès 2018, un problème de gouvernance persistant entre les bureaux d'études britanniques (Max Fordham, AKT II) et leurs partenaires marocains est rapporté, ainsi qu'un glissement de calendrier d'au moins deux ans, pour un budget qui frôle le doublement, autour de 1,75 milliard de dirhams (MMDH). Des rallonges successives sont consenties pour achever les finitions. Le coût final avoisine les 2 MMDH.


Techniquement prêt dès 2021, le bâtiment reste alors verrouillé : la pandémie de Covid-19 a vidé les salles, les programmations artistiques ne sont pas bouclées et les ouvertures successivement annoncées sont chaque fois repoussées. Le précédent de la Grande Arche de la Défense à Paris, inaugurée en 1 989 deux ans après la mort de son architecte Johan Otto von Spreckelsen, a souvent été convoqué pour justifier l'entêtement marocain à mener le projet à son terme.


Une inauguration en deux temps

Le 29 octobre 2024, à l'occasion de la visite d'État d'Emmanuel Macron, la princesse Lalla Hasnaa et Brigitte Macron procèdent à l'inauguration officielle du théâtre : une plaque commémorative est dévoilée, le bâtiment est ouvert et présenté aux médias. Mais la cérémonie se tient sans programme artistique : pas de concert, pas de troupe sur scène. C'est ce vide qu'est venu combler, un an et demi plus tard, le « grand opening » du 22 avril, première ouverture vraiment culturelle d'un lieu qui, depuis deux ans, avait été inauguré sans jamais accueillir de spectateurs.


L'édifice prend place dans un triangle hautement symbolique : la tour Hassan et le mausolée Mohammed V d'un côté, la Tour Mohammed VI de l'autre, ce gratte-ciel de 250 mètres conçu par Rafael de la Hoz et Hakim Benjelloun, inauguré le 13 avril dernier par le prince héritier Moulay El Hassan, 9 jours à peine avant le concert du Théâtre Royal. En quelques semaines, Rabat aura ainsi vu surgir deux de ses nouveaux emblèmes architecturaux, inscrits dans le programme « Rabat Ville Lumière, capitale marocaine de la culture » qui a transformé la capitale en chantier permanent depuis une quinzaine d'années.


Une gouvernance mondialisée

Reste la question, désormais ouverte, de la gouvernance. Pendant des années, le Grand Théâtre a été un bâtiment sans institution, piloté par Bouregreg Cultures, filiale de l'Agence d'aménagement de la vallée du Bouregreg, c'est-à-dire par des urbanistes et des ingénieurs plutôt que par des programmateurs. Le tournant est intervenu en mai 2025 avec la création de la Fondation du Théâtre Royal de Rabat, présidée par Lalla Hasnaa, dont la première session du conseil d'administration s'est tenue le 15 mai dernier, déjà en présence de Brigitte Macron.


Le casting choisi est ouvertement internationalisé. Autour de la princesse siègent Cheikha Al Mayassa bint Hamad Al-Thani, figure incontournable de la diplomatie culturelle du Golfe à la tête de Qatar Museums, Huda Alkhamis-Kanoo, fondatrice de l'Abu Dhabi Music &  Arts Foundation, la pianiste et mécène franco-canadienne Hélène Mercier-Arnault, le banquier d'affaires Michael Zaoui, Makhtar Diop, directeur général de la Société financière internationale (IFC) et le médecin-écrivain Michel Canesi. Côté marocain, Othman Benjelloun, promoteur de la Tour Mohammed VI voisine, l'entrepreneur culturel Farid Bensaïd, Mohamed Yacoubi, wali de la région Rabat-Salé-Kénitra, et l'humoriste franco-marocain Gad Elmaleh. Côté français enfin, Brigitte Macron, déjà présente aux deux inaugurations du lieu, siège aussi au conseil.


Le pilotage artistique, lui, a été confié, selon nos sources, à Brahim El Mazned, figure de la scène culturelle marocaine. Directeur artistique depuis 2004 du festival Timitar d'Agadir, dédié aux musiques du monde et à la culture amazighe, il est aussi le fondateur, en 2014 à Rabat, de Visa For Music, marché professionnel des musiques d'Afrique et du Moyen-Orient.

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