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15.10.2016 à 23 H 08 • Mis à jour le 15.10.2016 à 23 H 08 • Temps de lecture : 4 minutes
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Pop culture Le hijab, un tag pornographique comme un autre

Le magazine Playboy, longtemps connu pour ses bunnies et ses photos érotiques, a montré pour la première fois dans ses pages cet été une musulmane portant le voile. Normalisation ou mutation ?

Elle s’appelle Noor Tagouri, 22 ans, et ses photos ont été publiées pour la première fois dans Playboy a qui elle a accordé une longue interview. Née en Virginie-Occidentale, cette jeune journaliste d’origine libyenne est apparue en hijab dans un article du magazine qui relate l’expérience de ceux et celles qui brisent ou contournent les règles « pour faire ce qu’ils aiment ». Dans le cas de Noor, il s’agit d’exercer le journalisme dans un pays hostile aux signes religieux.


Pour rappel, Playboy, dans sa nouvelle stratégie marketing visant à conquérir de nouveaux lecteurs, avait abandonné la publication de playmates entièrement nues. Avec celles de Noor Tagouri, la presse anglo-saxonne démontre sa capacité à contenir des débats dans lesquels les médias d’autres pays occidentaux s’embourbent, parfois avec le calcul inavoué de les monétiser.


L’industrie du X, toujours à l’avant-garde

 

Si Playboy a osé le pas de la normalisation de la femme portant le hijab dans un contexte politique mondial envenimé, ce n’est pas exclusivement un marqueur d’ouverture. Les pays anglo-saxons ont une longue expérience en matière de containment des phénomènes socioculturels. À l’opposé, la tradition européenne, particulièrement française, est très coincée en la matière. La femme voilée, devenue un sujet politique malgré elle, vaut son pesant d’or pour le spectacle médiatique. Et les premiers à exploiter le filon sont, entre autres, l’industrie de sexe. Un pléonasme quand on sait que ce business est précurseur en matière de concepts et de technologies.


La marocaine Yasmine El Habchi, alias Yasmine Lafitte, va devenir l’égérie du géant du X, Marc Dorcel, à partir de 2006. CHRISTOPHE GUILLARME


Après des années de tâtonnement, le X a vendu la première star arabe. Il s’agit de la marocaine Yasmine El Habchi, alias Yasmine Lafitte, qui va devenir l’égérie du géant du X, Marc Dorcel, à partir de 2006. Une montée en puissance qui s’explique par le fait que Yasmine était parmi les premières femmes arabes à répondre explicitement à un public qui fantasme sur une « vraie beurette ». Pour rappel, les premières productions mettant en scène des femmes arabes faisaient jouer des filles typées latino où méditerranéennes en les faisant passer pour des beurettes. Toujours à l’affut des mutations socioculturelles, l’industrie du X démontre une capacité d’anticipation qui surpasse le milieu académique. À titre d’exemple, le vieillissement de la population et l’augmentation de la durée de vie ainsi que la prévalence de la solitude dans les sociétés occidentales ont été accompagnés par l’apparition de catégories comme la milf, la mature ou encore les pitoyables old and young.


De Yasmine à Mia Khalifa


Grâce à des pionnières comme Yasmine, la normalisation de la catégorie dite arabe s’est mise en marche, mais dans le porno, la recherche des nouveautés ressemble à l’addiction à la drogue : plus on en prend, plus on en réclame. Dans le contexte politique marqué par le terrorisme et la pseudo théorie du choc entre l’Occident et le monde musulman, le hijab médiatisé comme valeur refuge des musulmanes, a été levé au rang d’objet fétiche par l’industrie du X. Et dans ce rayon, c’est la nouvelle star libano-américaine du hard, Mia Khalifa, qui va donner le la. Sur Pornhub, un Youtube pornographique qui a explosé tous les compteurs en termes d’audience, Mia Khalifa, après avoir démontré ses attributs à toutes les sauces, a osé le pas de titiller la fantasmagorie mondiale en jouant dans des mini-gonzos où on la voit porter le hijab.


Mia Khalifa, aussi connue sous le nom de Mia Callista, est une actrice porno libano-américaine née en 1993. Elle a osé le pas de titiller la fantasmagorie mondiale en jouant dans des mini-gonzos où on la voit porter le hijab. INQUISITR


Vu de chez nous, le hijab est également un moteur aphrodisiaque. En 2006, Philipe Servaty, un journaliste belge quelque peu détraqué, alias le « pornographe d’Agadir », a posté sur la toile les photos de certaines de ces victimes nues et portant le hijab, déclenchant une affaire d’État au Maroc. Plus récemment, en pleine bataille électorale, l’arme du sexe et de la vie privée a été déployée pour dégommer l’adversaire. L’affaire dite des « amants du MUR » a soulevé tellement de remous à cause de sa médiatisation morbide. Et pour cause, le scénario était parfait pour capter l’attention libidineuse du grand public : un homme et une femme appartenant tous deux à un mouvement islamiste, des ébats dans une voiture à l’abri des regards, le tout dans le cadre d’une relation extra-conjugale… Une certaine presse fera le reste du travail en livrant les détails scabreux de cette idylle pour donner du piment à l’imaginaire : du sperme, des mouchoirs de papier, du savon… Il appartient désormais à tout le monde de s’approprier cette histoire jusqu’à l’excès.


Aujourd’hui, le fantasme qu’entretient le monde avec la femme arabe a été associé dans les moteurs de recherche hard aux mots « muslim » et « hijab ». De quoi réjouir secrètement les millions de consommateurs de sites pornographiques dans le monde arabe. En revanche, l’entrée en scène de l’homme arabe dans les tags pornographiques n’a connu aucun succès, à l’exception du « Arab Gay » qui a toute sa place dans cette industrie. Mais ça, c’est une autre histoire…

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