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Christophe Ayad et Frédéric Bobin, grands reporters au Monde,
23.05.2026 à 19 H 18 • Mis à jour le 23.05.2026 à 19 H 18 • Temps de lecture : 13 minutes
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Parution « Le roman d’un roi » : vingt-cinq ans de rumeurs reliées en volume

Christophe Ayad et Frédéric Bobin livrent chez Grasset un portrait du Roi Mohammed VI dont le récit dissimule mal l'essentiel : ni révélation ni source vérifiable, un quart de siècle de rumeurs recyclées sous une prose neuve. Un mémo d’une agence d’influence parisienne qui circule depuis la parution pour démonter le livre illustre à son tour l'impasse d'une communication institutionnelle condamnée à réagir, faute d'avoir construit son propre récit

Il y a dans Le roman d'un roi un aveu qui se signale dès le titre : non pas un essai, non pas un rapport, mais un roman. Christophe Ayad et Frédéric Bobin, grands reporters au Monde, revendiquent explicitement cette filiation en se plaçant, dès les premières pages, dans la tradition de Notre ami le roi de Gilles Perrault (Gallimard, 1990). Le signal est révélateur. Car en assumant le registre narratif, l'ouvrage se donne une licence que la rigueur journalistique, seule, ne lui aurait pas accordée. Publié chez Grasset en août 2025 dans la collection « Document français » et issu d'une série initialement parue dans Le Monde, comme révélé par Le Desk, il se présente comme une plongée dans les entrailles de la monarchie marocaine. Le portrait de Mohammed VI qui en émerge est celui d'un souverain ambigu : plus à l'aise sur un jet-ski que sur son trône, riche à milliards mais « roi des pauvres », fêtard discret et commandeur des croyants, monarque dont la santé alimente depuis quelques années « une atmosphère de fin de règne ». L'image réductrice, déjà consommée, est resservie et gonflée par des faits le plus souvent invérifiables.


Deux reporters, un terrain qu'ils survolent

Le premier problème du livre est peut-être le moins souvent posé : celui de la spécialité géographique de ses auteurs. Christophe Ayad est un grand reporter dont la spécialité est le Moyen-Orient (l'Irak, la Syrie, le monde arabe du Levant). C'est là que s'est construite sa réputation, et c'est là que s'ancre l'essentiel de son réseau de sources. Frédéric Bobin a couvert le Maghreb depuis Paris et Tunis, mais sa connaissance du Maroc relève davantage du suivi distanciel et de l’observation que de l'immersion de terrain prolongée. Ni l'un ni l'autre n'est ce que l'on appelle un « marocologue », un journaliste dont le royaume constitue le territoire d'enquête de longue durée, avec ses réseaux propres. Ce n'est pas un défaut rédhibitoire, mais cela explique en grande partie pourquoi le livre ressemble davantage à une recension organisée de ce qui a déjà été écrit qu'à une exploration de ce qui ne l'a pas encore été.


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