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L'agenda
27.10.2017 à 23 H 55 • Mis à jour le 27.10.2017 à 23 H 55
Par

Patrimoine Neila Tazi fustige l’inertie et le mépris de l’Etat pour l’art gnaoui

Après des années d’un combat inlassable en faveur de la culture gnaoua et de ses artistes, Neila Tazi, fondatrice et productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde s’insurge sur sa page Facebook de l’incurie et du mépris de l’administration marocaine qui refuse de l’épauler pour faire reconnaître cet héritage culturel commun avec l’Afrique comme patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l’Unesco. Le Desk reproduit son message en soutien et solidarité de son action et de son engagement

Festival Gnaoua et musiques du monde 2017. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK

Une autre illustration de ces confusions et carences qui nous minent


20 ans durant, avec le Festival Gnaoua et Musiques du Monde nous avons mené un travail acharné pour redonner à la culture des Gnaoua ses lettres de noblesse, pour rendre aux Gnaoua leur dignité. Depuis le premier jour en 1998, malgré les apparences, nous avons affronté de très/trop nombreuses difficultés, mais nous nous sommes accrochés, et la reconnaissance de l’art des Gnaoua sur la scène musicale mondiale, l’engouement du public et des medias n’ont fait que se renforcer tout au long de ces 20 années.


Puis en 2009 nous avons créé l’association Yerma Gnaoua pour la sauvegarde et la promotion de l’art gnaoui. Nous avons milite pour que le ministère de la culture délivre aux Gnaoua des cartes professionnelles pour qu’ils soient reconnus comme des artistes à part entière et sachant aussi que cela leur accorde des droits sociaux. Puis nous avons réalisé une anthologie de la musique gnaoui qui comporte l’enregistrement intégral du répertoire musical, la retranscription des textes chantés (en arabe que nous avons traduit également en francais) et un ouvrage qui apporte un éclairage historique et anthropologique.


Puis il y a 5 ans nous avons constitué un solide dossier et demandé au ministère de la culture d’introduire auprès de l’Unesco notre demande d’inscription de l’art des Gnaoua sur la liste du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Cette démarche relevait d’un sentiment d’urgence, parce que de nombreux Maâlems nous ont quitté tout au long de ces années, emportant avec eux tout un pan de cette tradition orale. Une mesure de sauvegarde devenait donc de plus en plus nécessaire pour que ce qui a démarré par la volonté de quelques passionnés devienne le succès, le patrimoine et la responsabilité de tous.


Mais je vous laisse imaginer le mépris auquel nous avons eu droit face au manque d’intérêt de la part des hauts responsables marocains concernés et de la haute administration. Chaque année notre dossier restait sous la pile pour des raisons incompréhensibles. Chaque année on nous inventait quelque chose.


Apres 5 ans de sollicitations déterminées, de courriers et de rendez-vous incessants, j’apprends encore aujourd’hui que le dossier des Gnaoua ne sera pas traité avant au moins deux ans.


La question est : Pourquoi ?


Les Gnaoua ne méritent ils pas que tout le monde se mobilise, ne serait ce qu’au regard du rayonnement qu’ils apportent à notre pays depuis 20 ans ? Au regard du lien social et spirituel qu’ils ont su créer ?


La où chaque haut responsable s’empresse de glisser dans ses initiatives le mot « Afrique » pour prouver coûte que coûte qu’il s’inscrit dans la vision de Sa Majesté, certains n’ont ils toujours pas compris que l’expression la plus évidente de notre ancrage africain est bien cet héritage musical venu d’Afrique subsaharienne ?


20 ans et tout le chemin parcouru n’ont ils pas suffit pour convaincre de la pertinence de ce travail ?


Devons nous encore en 2017 attendre des interventions au plus haut niveau pour qu’un projet aussi cohérent puisse enfin susciter l’intérêt des responsables concernés ?


Neila Tazi

Fondatrice et productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, Présidente déléguée de Yerma Gnaoua