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Pluridens imelaki appartenait aux Halisaurinae, une sous-famille de mosasaures généralement considérée comme plus petite que les autres groupes.
10.03.2026 à 15 H 32 • Mis à jour le 10.03.2026 à 15 H 39 • Temps de lecture : 5 minutes
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Paléontologie Pluridens imelaki, un mosasaure géant découvert dans les phosphates du Maroc

Des paléontologues ont décrit une nouvelle espèce de mosasaure géant, Pluridens imelaki, à partir d'un crâne de 1,25 mètre découvert dans les phosphates de Khouribga, au Maroc. Long de plus de 9 mètres, ce reptile marin du Crétacé terminal est le plus grand représentant connu de la sous-famille des Halisaurinae. Sa rareté exceptionnelle — un seul spécimen en des décennies de fouilles — et ses mâchoires étonnamment fines pour un animal de cette taille bousculent les idées reçues sur la diversité des prédateurs marins qui peuplaient les océans juste avant la grande extinction d'il y a 66 millions d'années

Une équipe internationale de paléontologues vient de décrire une nouvelle espèce de reptile marin géant, le Pluridens imelaki, à partir d'un crâne fossile exceptionnel mis au jour dans les mines de phosphate de Sidi Chennane, dans la province de Khouribga. L'étude, publiée le 5 mars 2026 dans la revue Diversity, révèle un prédateur marin d'environ 9 mètres de long qui sillonnait les eaux peu profondes de l'Atlantique il y a quelque 66 millions d'années, juste avant l'extinction massive qui a emporté les dinosaures.


Un géant aux mâchoires paradoxales

Le fossile – un crâne articulé de 1,25 mètre de long accompagné de ses mâchoires inférieures – a été découvert dans la Couche III supérieure du bassin des Ouled Abdoun, une formation géologique mondialement connue pour la richesse de ses vestiges marins du Crétacé terminal. Le spécimen est aujourd'hui conservé au Muséum d'Histoire naturelle de Marrakech, à l'Université Cadi Ayyad.


Ce qui frappe d'emblée, c'est le contraste entre la taille imposante de l'animal et la finesse remarquable de ses mâchoires. Avec ses 9 mètres estimés, Pluridens imelaki rivalisait en dimensions avec Thalassotitan, l'un des plus redoutables super-prédateurs de son époque. Pourtant, ses mâchoires exceptionnellement longues et effilées, garnies d'une vingtaine de dents relativement petites, trahissent une stratégie alimentaire bien différente. Loin d'être un chasseur de grosses proies, ce géant se nourrissait vraisemblablement de poissons de petite taille et d'organismes à corps mou comme les céphalopodes – un régime qui rappelle davantage celui des dauphins actuels que celui des orques.


Une pièce manquante dans le puzzle de la biodiversité marine

Pluridens imelaki – dont le nom d'espèce signifie « géant » en amazigh – appartient à la sous-famille des Halisaurinae, un groupe de mosasaures longtemps considéré comme mineur par rapport aux imposants Mosasaurinae. Les halisaurinés connus jusqu'ici mesuraient entre 4 et 7,5 mètres. La nouvelle espèce pulvérise ce plafond et oblige les chercheurs à reconsidérer le rôle écologique de cette lignée.


« Pluridens imelaki révèle que les Halisaurinae étaient non seulement plus riches en espèces qu'on ne le pensait, mais présentaient aussi une diversité bien plus grande en termes de morphologie dentaire, de forme des mâchoires et de taille corporelle », écrivent les auteurs de l'étude, Nicholas R. Longrich de l'Université de Bath (Royaume-Uni) et Nour-Eddine Jalil du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris et de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech.


Plutôt que d'avoir été simplement surpassés par les Mosasaurinae, les halisaurinés ont connu leur propre radiation adaptative à la fin du Crétacé, occupant des niches écologiques distinctes dans les eaux tropicales peu profondes.


Trois espèces de Pluridens, trois modes de vie

Le Maroc abritait déjà Pluridens serpentis, décrit en 2021 par la même équipe. Les deux espèces cohabitaient dans les mêmes eaux maastrichtiennes, mais tout les distingue. P. serpentis possédait un museau plus large, des orbites plus petites, un processus coronoïde puissant et des dents élancées et crochues – autant de caractéristiques suggérant une morsure plus forte et des proies potentiellement différentes. P. imelaki, avec ses mâchoires fines, son museau rectangulaire et ses dents triangulaires à base large, semble avoir occupé une niche alimentaire bien à part.


Ces différences s'ajoutent à celles déjà observées chez Pluridens walkeri du Niger et P. calabaria du Nigeria, illustrant une diversification remarquable au sein d'un même genre sur l'ensemble du continent africain.


Un spécimen extraordinairement rare

L'un des aspects les plus intrigants de cette découverte est l'extrême rareté du fossile. Malgré des décennies de collecte intensive dans les phosphates marocains, qui ont livré des centaines de restes de mosasaures, un seul spécimen de P. imelaki a été retrouvé. Pas une mâchoire isolée ni une dent égarée n'avaient trahi son existence auparavant.


Cette rareté n'est pas sans rappeler ce que l'on observe dans les écosystèmes marins actuels : au sein d'une communauté de cétacés, quelques espèces dominent en nombre tandis que d'autres ne se manifestent qu'occasionnellement, en tant que migrateurs ou visiteurs de passage. Pluridens imelaki était peut-être l'un de ces animaux fugaces, dont la présence dans la zone des phosphates était épisodique.


Les auteurs soulignent que cette découverte illustre un phénomène plus large : ce sont les espèces rares qui gonflent véritablement la richesse spécifique d'un assemblage fossile, et seul un échantillonnage massif permet de les révéler. Les phosphates marocains, par leur productivité exceptionnelle, offrent cette fenêtre unique sur une biodiversité que d'autres gisements, moins prolifiques, ne pourront sans doute jamais égaler.


Le Maroc, épicentre mondial de la paléontologie marine du Crétacé

Avec désormais plus de 16 espèces de mosasaures identifiées, les phosphates du Maastrichtien marocain constituent l'assemblage de reptiles marins le plus diversifié au monde pour cette période. Mosasaurinae, Plioplatecarpini, Tylosaurinae, Halisaurinae : les quatre grandes sous-familles y sont représentées, aux côtés de plésiosaures, de tortues marines géantes, de ptérosaures et même de rares restes de dinosaures terrestres.


La description de Pluridens imelaki s'inscrit dans une série de découvertes spectaculaires réalisées ces dernières années à partir de ce même gisement – de Thalassotitan, le « tueur des mers », à Xenodens, le mosasaure aux dents de requin, en passant par Khinjaria, un prédateur au crâne bizarre. Chaque nouvelle espèce confirme que les mosasaures étaient encore en pleine diversification quand l'astéroïde de Chicxulub a mis fin, il y a 66 millions d'années, à l'un des chapitres les plus fascinants de l'histoire de la vie marine.


Nicholas R. Longrich &  Nour-Eddine Jalil (2026). A Giant Halisaurine from the Late Maastrichtian of Morocco. Diversity, 18(3), 159. doi:10.3390/d18030159

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