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29.04.2026 à 14 H 35 • Mis à jour le 29.04.2026 à 14 H 35

Banque mondiale : 7,4 milliards de dollars d’investissement privé potentiel à libérer au Maroc

Dans son récent diagnostic du secteur privé marocain publié, la Banque mondiale chiffre, secteur par secteur cible, le coût des verrous administratifs qui empêchent le royaume de tenir son ambition d'investissement. Décryptage chiffré



Maroc : la Banque mondiale chiffre à 7,4 milliards de dollars le potentiel d'investissement privé bloqué

Chiffre-clé central

  • 7,4 milliards de dollars d'investissement privé à débloquer

  • 166 000 emplois directs et indirects à horizon 5-10 ans


Histogramme — investissement privé potentiel par filière

  • Solaire décentralisé : 2,9 milliards de dollars, 43 500 emplois

  • Aquaculture marine : 1,96 milliard de dollars, 75 000 emplois

  • Textile bas-carbone : 1,9 milliard de dollars, 30 800 emplois

  • Argan & cosmétique : 0,6 milliard de dollars, 17 700 emplois

  • Graduations de l'axe : 0, 1, 2, 3 milliards de dollars


Bandeau « Le contexte en quatre chiffres »

  • 1/3 de l'investissement total financé par le privé

  • 1,3 % du PIB en flux nets d'IDE (moyenne 2019-2023)

  • 77 % de l'emploi total relève de l'informel

  • 21,7 % des entreprises citent l'informel comme principal frein


Repères temporels

  • Rapport publié en mars 2026

  • Horizon des estimations : 5 à 10 ans

  • Période de référence des IDE : 2019-2023

  • Date de l'infographie : avril 2026

Infographie version texte

Le rapport Maroc : Diagnostic pays du secteur privé publié en mars 2026, fruit d'un travail piloté par Cristina Navarrete, Thami El Maaroufi et Xavier Forneris, dresse le portrait d'une économie marocaine arrivée à un point de bascule. Les 20 dernières années ont accumulé les acquis : stabilité macroéconomique préservée à travers les chocs, infrastructures modernisées, ouverture commerciale, montée en gamme dans l'automobile, l'aéronautique, le pharmaceutique, l'agro-industrie ou les phosphates. Mais ce modèle, fondé sur la dépense publique et quelques zones franches industrielles, montre ses limites. Sans un afflux d'investissement privé d'une ampleur nouvelle, le royaume ne pourra ni absorber l'arrivée massive de jeunes sur le marché du travail, ni tenir les promesses du Nouveau Modèle de Développement (NMD).


L'estimation centrale du rapport résume l'enjeu : en levant les obstacles identifiés dans seulement quatre filières (solaire décentralisé, textile bas-carbone, huile d'argan et cosmétique naturelle, aquaculture marine), le pays pourrait attirer jusqu'à 7,4 milliards de dollars (MM $) d'investissement privé et créer plus de 166 000 emplois à un horizon de 5 à 10 ans. Un calcul qui, par construction, sous-estime le potentiel total puisqu'il exclut le tourisme, la santé, les télécoms, les minéraux ou la pharmacie, écartés non par manque d'intérêt mais parce que d'autres analyses sectorielles les couvrent déjà.


Beaucoup d'investissement, mais surtout public

Sur le papier, le Maroc affiche des fondamentaux qui font envie dans la région. La croissance réelle a été en moyenne de 3,4 % entre 2010 et 2019, est ressortie à 3,7 % en 2023, 3,8 % en 2024 et est estimée à 4,4 % pour 2025. La dette publique, montée à 72,2 % du PIB en 2020 sous le choc de la pandémie, est redescendue à 67,1 % en 2025. L'inflation, qui avait atteint 6,6 % en 2022 puis 6,1 % en 2023, est revenue à 0,9 % en 2024 et 1,1 % en 2025. Les réserves de change, à 41,5 MM $ en 2025, couvrent 5,7 mois d'importations.


Le taux d'investissement, autour de 27 % du PIB, est élevé selon les standards régionaux. Mais c'est précisément sa composition qui pose problème. Sur la période 2014-2022, le secteur privé n'a financé qu'environ un tiers de la formation brute de capital fixe. Et ce tiers est concentré dans une poignée d'industries exportatrices logées dans les zones économiques spéciales, avec peu d'effets d'entraînement sur le tissu de PME.


L'investissement direct étranger illustre cette concentration. Sur la période 2019-2023, les flux nets d'IDE ont représenté en moyenne 1,3 % du PIB, soit nettement moins que les 3,8 % de la Bulgarie, les 3,2 % du Portugal, les 2,9 % de l'Espagne ou de la Roumanie, et même moins que l'Égypte (2,1 %) ou la Tunisie (1,5 %). Une éclaircie est cependant venue des annonces de projets : sur 2020-2024, les énergies renouvelables ont concentré 57,2 % des engagements cumulés et les composants électroniques 15 %, signe d'un repositionnement vers la transition verte et la relocalisation européenne.


Une économie duale, des frictions partout

Au-delà des chiffres globaux, le rapport décrit un appareil productif marqué par une dualité prononcée. Plus de 77 % de l'emploi total relève de l'économie informelle, qui pèse environ un tiers du PIB, en particulier dans le commerce, les services, le bâtiment et l'agriculture. Les entreprises formelles forment un univers étroit et figé : 45 % d'entre elles ont plus de 10 ans, et le taux de sortie ne dépasse pas 1,2 % en données officielles (7,3 % de facto). La complexité administrative, la fragmentation réglementaire et l'absence de procédures d'insolvabilité fonctionnelles maintiennent en vie des sociétés improductives, au détriment de la réallocation des ressources.

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