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02.04.2017 à 20 H 05 • Mis à jour le 02.04.2017 à 20 H 15

Enquête Afrobaromètre : les Marocains rétifs à l’intégration régionale africaine

Peu de Marocains considèrent l’UA utile à leur pays. Un sur trois affirme que les deux organisations (UA et UMA) « ne font rien » pour aider le Maroc, tandis que 4 sur 10 affirment qu’ils ne « savent pas ». Réalisée par l'Afrobaromètre, un réseau de recherches panafricain indépendant qui conduit des enquêtes sur les attitudes du public envers la démocratie et la gouvernance, cette étude décortique la perception locale sur la question



Le 31 janvier 2017, le Maroc a rejoint l'Union Africaine (UA) après une absence de 33 ans. L'adhésion à l’UA implique un engagement à contribuer à l'atteinte des objectifs de l'organisation, dont « accélérer l'intégration politique et socio-économique du continent ». Cet objectif est de nouveau accentué dans l’Agenda 2063 de l'UA, qui souligne que « l'unité politique de l'Afrique sera l'aboutissement du processus d'intégration, dont la libre circulation des personnes, la mise en place d'institutions continentales, et une intégration économique totale ».


Mais quelle est l’opinion des Marocains sur cette question ?


L’Afrobaromètre, un réseau de recherches panafricain et indépendant qui conduit des enquêtes sur les attitudes du public envers la démocratie, la gouvernance, les conditions économiques, et des questions connexes à travers plus de 30 pays d’Afrique, qui les a sondés en 2015 – soit un an avant que ce sujet soit largement au centre de l’actualité politique marocaine - conclut qu’« une minorité des Marocains perçoivent l'UA et l’organisation économique régionale, l'Union du Maghreb Arabe (UMA), comme utiles au Maroc ».



Selon l’étude, presque la moitié des Marocains rapportent des difficultés à franchir les frontières, mais le soutien à la liberté de mouvement aux frontières est limité. L'aversion envers les travailleurs étrangers est considérablement plus élevée au Maroc qu'en moyenne à travers l'Afrique, tandis que le soutien à l'intervention régionale pour protéger la démocratie et empêcher les violations des droits de l'homme est moins élevé que les moyennes d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne


L’équipe d’Afrobaromètre au Maroc s’est entretenue avec 1 200 adultes Marocains en novembre 2015. Un échantillon de cette taille produit des résultats avec des marges d'erreur de +/-3 % à un niveau de confiance de 95 %. Une enquête avait été précédemment conduite au Maroc en 2013.


Les constats globaux de l’enquête

▪ Peu de Marocains considèrent l’UA et l’Union du Maghreb Arabe utiles à leur pays. A peu près un sur trois citoyens affirment que les deux organisations « ne font rien » pour aider le Maroc, tandis que quatre sur 10 affirment qu’ils ne « savent pas ».

 

▪ Presque la moitié (48 %) des Marocains affirment qu’il leur est « difficile » ou « très difficile » de traverser les frontières internationales.


▪ Seuls quatre sur 10 Marocains (40 %) affirment penser que les Nord-Africains « devraient pouvoir franchir librement les frontières internationales pour faire du commerce ou pour travailler dans d’autres pays », un chiffre bien en deçà de la moyenne de 56 % observée à travers 36 pays enquêtés.



▪ Les Marocains sont moins accueillants que la plupart des autres Africains à l’endroit des gens aux vécus différents. De grandes minorités affirment qu’ils détesteraient « quelque peu » ou « fortement » vivre près de voisins de religion différente (33 %), d’un autre groupe ethnique (26 %), ou de travailleurs étrangers et immigrés (33 %) – environ deux à trois fois les niveaux moyens d’intolérance observés à travers tous les pays enquêtés.



▪ Seulement un sur cinq Marocains (20 %) affirment que les gouvernements ont le devoir d’essayer de garantir des élections libres et prévenir les violations des droits de l’homme dans d’autres pays – un niveau moindre de soutien à l’intervention régionale par rapport à la moyenne à travers 36 pays enquêtés (34 %).

 

Expérience positive limitée des organisations régionales

A la question de savoir s’ils considéraient l’Union du Maghreb Arabe (UMA) et l’UA utiles à leur pays, les Marocains répondent le plus fréquemment qu’ils ne savent pas.


Environ un sur trois affirment que les organisations régionale (34 %) et continentale (31 %) « ne font rien ». Environ un seulement sur sept affirment que l’UA aide « un peu » (15 %), « quelque peu » (12 %), ou « beaucoup » (3 %), tandis que les perceptions de l’utilité de l’UMA sont encore moindres (19 % un peu, 6 % quelque peu, 1 % beaucoup).



Ces perceptions de l’utilité de l’UA et de l’organisation régionale sont les plus basses parmi tous les pays africains enquêtés en 2014/2015, et sont de loin inférieures aux moyennes régionale et continentale. Par exemple, alors que 7 % des Marocains affirment que leur organisation régionale aide « quelque peu » ou « beaucoup » leur pays, plus de cinq fois plus de répondants (39 %) en disent de même à travers les 34 pays où cette question a été posée.



De même, les Marocains sont moins susceptibles à moins de la moitié que les autres Africains de considérer l’UA au moins « quelque peu » utile (à 15 % contre 38 %).


Difficulté à franchir les frontières et soutien à la libre circulation aux frontières

Un objectif essentiel de l’intégration régionale consiste à faciliter le commerce et la croissance en améliorant la facilité intra-régionale de voyage et de travail. Presque la moitié (48 %) des Marocains affirment qu’il leur est « difficile » ou « très difficile » de franchir les frontières internationales, de même que la moyenne des 36 pays à 51 %.


Environ un sur huit citoyens (12 %) seulement affirment que la circulation transfrontalière est « facile » ou « très facile », tandis que 29 % affirment n’avoir jamais essayé et que 11 % affirment qu’ils ne savent pas.



En dépit de la difficulté à franchir les frontières, seulement quatre sur 10 Marocains (40 %) affirment penser que les Nord-Africains devraient être à même de « franchir librement les frontières internationales pour travailler ou pour faire du commerce dans d’autres pays ».


Ceci est l’un des niveaux les plus bas de soutien à la liberté de mouvement parmi les 36 pays enquêtés, bien en deçà de la moyenne de 56 %.



Les difficultés ressenties à franchir les frontières sont les plus rapportées par les répondants citadins, jeunes, économiquement privilégiés, et instruits – des groupes de citoyens qui sont susceptibles d’être à même de pouvoir se permettre ou d’avoir besoin de voyager à l’internationale. En particulier, les répondants les plus fortunés (aucune pauvreté vécue) sont deux fois plus susceptibles que les citoyens les plus pauvres (pauvreté vécue élevée) de rapporter des difficultés à franchir les frontières.


De même, le soutien à la liberté de mouvement est le plus élevé parmi les Marocains les plus jeunes, les plus instruits, et les plus économiquement privilégiés. Fait curieux, les Marocains sans emplois qui ne sont pas à la recherche d’un emploi soutiennent considérablement plus la liberté de mouvement que les Marocains qui ont un emploi ou qui sont à la recherche d’un emploi.



Attitudes envers les peuples aux vécus différents

Une liberté de mouvement et une intégration plus grandes signifient généralement un contact plus fréquent avec des peuples aux vécus et cultures différents. A cet égard, les Marocains semblent considérablement moins accueillants que la plupart des autres Africains. A la question de savoir s’ils aimeraient ou non avoir des voisins d’une autre religion, d’un autre groupe ethnique, ou d’une autre nationalité (immigrés ou travailleurs étrangers), les Marocains sont parmi les quatre pays en tête sur 36 enquêtés en termes de rejet des trois catégories.


A peu près un Marocain sur trois (33 %) affirme détester « quelque peu » ou « fortement » avoir parmi leurs voisins des gens de différente religion, contre une moyenne de 12 % seulement à travers 33 pays africains où la question a été posée.


Un Marocain sur cinq (26 %) affirme quelque peu/fortement détester vivre près de gens d’ethnie différente – presque trois fois la moyenne africaine (9 %). Et un tiers des Marocains (33 %) en disent de même à propos des travailleurs étrangers et des immigrés – presque deux fois la moyenne africaine de 18 %. Même parmi ceux qui n’ont pas d’attitude négative envers les gens aux vécus différents, les Marocains sont considérablement moins accueillants que la plupart des Africains. Par exemple, un sur 10 Marocains (10 %) seulement affirment qu’ils aimeraient même (quelque peu ou fortement) avoir des immigrés ou travailleurs étrangers comme voisins, contre 42 % en moyenne à travers 33 pays, tandis que la majorité (56 %) affirment que c’est « sans importance » (contre 39 % à travers 33 pays).



Etant donné que la liberté transfrontalière de mouvement est supposée faciliter la croissance économique et le commerce intra-régional, nous analysons en profondeur les attitudes des Marocains à l’endroit des immigrés et travailleurs étrangers, puisque ces derniers sont susceptibles d’augmenter en nombre alors que l’intégration s’intensifie. Les jeunes Marocains (âgés de 18 à 29 ans) sont plus susceptibles que leurs ainés d’exprimer des attitudes tolérantes envers les immigrés (71 % qui affirment aimer quelque peu/fortement ou que cela est sans importance, contre 64 % des répondants âgés de 30 à 49 ans et 58 % des plus de 49 ans) (Figure 7).


De même, les répondants les plus instruits sont plus susceptibles d’être accueillants, dans la fourchette de 77 % de ceux qui ont reçu une éducation post-secondaire à 52 % de ceux qui n’ont eu aucune éducation formelle. Les Marocains titulaires d’un emploi à plein temps sont plus susceptibles d’exprimer de la tolérance envers les travailleurs étrangers et les immigrés (76 %), tandis que ceux qui ont un emploi à temps partiel – peut-être les plus vulnérables devant la compétition – sont moins tolérants (53 %).


Intervention régionale et souveraineté nationale

Selon Cohen et O'Neill, « L’UA est la seule organisation régionale ou internationale qui se réserve clairement le droit d’intervenir dans un état membre pour des raisons humanitaires et la défense des droits de l’homme ». L’une des questions que Afrobaromètre pose aux citoyens vise à savoir s’ils pensent que les gouvernements ont le devoir d’essayer de garantir des élections libres et prévenir les violations des droits de l’homme dans d’autres pays de la région, « par exemple en usant de pressions politiques, de sanctions économiques, ou de force militaire », ou s’ils devraient « respecter l’indépendance des autres pays et les laisser prendre leurs propres décisions sur comment leur pays devrait être gouverné ».



Un Marocain sur cinq (20 %) seulement est « d’accord » ou « tout à fait d’accord » pour que les gouvernements interviennent pour prévenir les violations dans les autres pays – un niveau plus bas de soutien à l’intervention régionale qu’à travers les pays d’Afrique du Nord (25 %) et à travers les 36 pays enquêtés (34 %) (Figure 8). Deux tiers (67 %) des Marocains affirment plutôt que le respect de la souveraineté nationale est plus important que la protection d’élections libres et transparentes et des droits de l’homme.



Les citadins et les répondants âgés de 18 à 49 ans sont quelque peu plus favorables à l’intervention régionale que les répondants vivant en milieu rural et plus âgés. Les autres variables socio-démographiques sont moins probants.


Conclusion

Le retour du Maroc au sein de l’UA offre de nouvelles opportunités à travers le continent au monde des affaires marocain, mais pourrait également exposer le pays aux conséquences d’une intégration régionale plus large. Les Marocains ont une expérience positive limitée de l’UA et de l’Union du Maghreb Arabe  la majeure partie des répondants au Maroc affirment ne pas savoir si les organisations continentale et régionale sont utiles ou non à leur pays. Quand bien même beaucoup rapportent des difficultés à franchir les frontières, les Marocains sont sensiblement moins favorables à la liberté transfrontalière de mouvement que la plupart des Africains. Les Marocains sont également considérablement moins accueillants que la plupart des autres Africains envers les gens d’autres religions, ethnies, ou nationalités, ainsi que moins favorables à l’intervention régionales dans le but de protéger la démocratie et les droits de l’homme.


Les auteurs de l'étude

David Jacobs est directeur adjoint au sein du Département du Développement Economique et du Tourisme, Western Cape, Afrique du Sud. Email : [email protected].

Thomas Isbell est doctorant à l’Université de Cape Town, en Afrique du Sud. Email : [email protected].


Afrobaromètre, projet collaboratif de recherche par enquêtes, est conduit par des spécialistes des sciences sociales de plus de 30 pays africains. La coordination des activités est assurée par le Centre pour le Développement de la Démocratie (CDD) au Ghana, l’Institut de Justice et de la Réconciliation (IJR) en Afrique du Sud, l’Institut des études de Développement (IDS) à l’Université de Nairobi au Kenya, et l’Institut de Recherche Empirique en Economie Politique (IREEP) au Bénin. L’Université d’Etat du Michigan (MSU) et l’Université de Cape Town (UCT) apportent une assistance technique au réseau. Les Rounds 5 et 6 d’Afrobaromètre ont reçu le soutien financier du Département britannique pour le développement international (DFID), de la Fondation Mo Ibrahim, de l’Agence suédoise de coopération pour le développement international (SIDA), de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), et de la Banque Mondiale.


Les dons contribuent à faire d’Afrobaromètre le porte-voix des citoyens africains. Veuillez penser à faire une contribution (à www.afrobarometer.org) ou contactez Aba Kittoe ([email protected]) pour discuter d’un financement institutionnel. Pour plus d’informations, veuillez visiter www.afrobarometer.org.

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