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Media Fail
14.05.2019 à 06 H 56 • Mis à jour le 14.05.2019 à 16 H 34
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Le roi Mohammed VI parmi les… 94 lauréats du prix Ellis Island 2019

À l'origine
Le roi Mohammed VI « s’est vu décerner le Prix international de la Ellis Island Medal of Honor 2019, une prestigieuse distinction américaine attribuée à des personnalités américaines et internationales dont les contributions personnelles, professionnelles et philanthropiques profitent à la communauté mondiale », rapporte l’agence officielle MAP.

Parmi les précédents récipiendaires de la médaille Ellis Island Medal of Honor figurent sept présidents américains: Richard Nixon, Gerald Ford, Jimmy Carter, Ronald Reagan, George H.W Bush, Bill Clinton, et Donald Trump, ajoute la même source.

Décernée par la Ellis Island Honors Society, « cette médaille incarne l’esprit de l’Amérique, par la célébration et la reconnaissance du patriotisme, de la tolérance, de la fraternité et de la diversité », poursuit la MAP.

« La Ellis Island Honors Society a pour mission d'honorer et de préserver la diversité et promouvoir la tolérance, le respect et la compréhension entre les groupes religieux et ethniques », est-il précisé.

Fondée en 1986, cette institution se consacre également à l’entretien et à la restauration du plus grand symbole de l’histoire de l’immigration américaine, l’île d’Ellis Island, qui abrite la fameuse statue de la liberté à New York.

« Le Maroc, à son tour, devenu terre d’immigration se distingue par une politique migratoire humaniste initiée par SM Le Roi puisant dans la tradition d’ouverture et le principe du multiculturalisme sans cesse prônés par le Souverain », argumente l’agence.

Outre des personnalités américaines, « des leaders mondiaux, dont des lauréats du Prix Nobel et de grands noms du monde académique, des arts, de l’industrie, et du sport, ont reçu cette médaille », conclut la MAP dans sa dépêche.
Les détails
La Ellis Island Honors Society est une émanation de la Coalition nationale des organisations ethniques à but non lucratif (NECO) dirigée par Nasser J. Kazeminy, un homme d’affaires américain d’origine iranienne qui a fait ses études en Angleterre. Après avoir conçu un système d’information logistique et de gestion pour la firme Honeywell, Kazeminy a été recruté par Control Data Corporation en 1969 pour développer son invention aux Etats-Unis.

Le multimillionnaire, décrit comme le « nabab des limousines » pour avoir prospéré dans le secteur du transport des VIP, et d’autres personnes, ont créé le prix Ellis Island en 1986 pour protester contre le nombre limité de lauréats issus de l’immigration pour un prix attribué pour le centenaire de la Statue de la Liberté. Il en a été lui-même le lauréat en 2003...

Kazeminy a fait fortune notamment dans la location d'ordinateurs et dirige la société d'investissement NJK Holding Corp à Minneapolis, citée dans diverses affaires controversées comme celle rapportée en 1998 par le LA Times.

En 2011, Kazeminy a été, selon le New York Post, accusé par son propre fils « d’utiliser le groupe pour servir son propre ego », et de procéder à des financements occultes pour différentes organisations, dont certaines basées en Iran ou à Malte contre des retours d’avantages, comme celui d’être coopté par l’Ordre des Templiers, ce qui s’est révélé faux, il n’avait reçu de leur part qu’une lettre de congratulations… A l’époque, l’organisation n’avait pas tenu d'assemblée pour élire les nouveaux membres de son conseil d'administration depuis 2004…
Les faits réels
Alors que la dépêche de l’agence MAP, relayée sans ciller par la presse (H24Info, TelQuel Arabi entre autres…), semble individualiser le prix attribué au roi Mohammed VI pour l’édition 2019, faisant opportunément référence à des présidents américains comme précédents récipiendaires, la réalité est que cette distinction est attribuée chaque année à une centaine de lauréats, principalement des ressortissants américains issus de la diaspora étrangère.

« Bien que le prix soit souvent réservé à des citoyens américains, une exception a été faite au prince de Monaco pour son action en faveur de l'environnement par le biais de sa Fondation Prince Albert II et ses fortes racines américaines, grâce à sa mère, actrice et princesse, Grace Kelly », notait Observer.com l’an passé.



 

Cette année, selon le site officiel de l’organisation, 94 breloques ont ainsi été décernées à diverses personnalités américaines et fait assez inédit à trois étrangères, lors de la 34ème cérémonie annuelle du prix Ellis Island tenue dans le port de New York le 11 mai, dont la chanteuse des années 80 Paula Abdul, d’origine syrienne, citée en tête de liste…

Le roi du Maroc figure quant à lui dans la catégorie subsidiaire des « médaillés internationaux », aux côtés de Amitabh Shah, un jeune social entrepreneur indien fondateur en 2005 de l’ONG Yuva Unstoppable dédiée à la jeunesse déshéritée de son pays, et de Torsten Wiesel, neurobiologiste suédois détenteur du prix Nobel de médecine en 1981. A chiner sur le net, seul le turc Daily Sabah a fait mention à l’international de la nomination royale…Le fil Twitter dédié aux lauréats n'en a pas fait cas par contre...
Le verdict
Bien que très médiatisée par la presse gossip américaine, la Ellis Island Medal of Honor n’est que l’une des innombrables distinctions de prestige et d’apparat au cérémonial assorti de discours aux relents patriotiques, la bannière étoilée hissée par des vétérans bardés de médailles militaires, et dont la philanthropie américaine est si coutumière, souvent pour servir quelqu'intérêt pécuniaire, politique ou diplomatique, contre un éloge de circonstance.

Si la presse officielle marocaine en a fait ses choux gras avec immodération, on retiendra pour l'anecdote qu’elle est tout de même moins sujette à caution que « le prix Mandela » imaginé de toutes pièces par un étudiant rwandais aidé en cela par des lobbyistes amateurs, dont Le Desk avait rapporté les fausses prétentions en 2016, et qui avait aussi reçu au Maroc, le même écho disproportionné…