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30.09.2017 à 18 H 39 • Mis à jour le 30.09.2017 à 19 H 16
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n°214.D’où viennent les difficultés financières de l’Algérie ?

« On n’a pas de chiffre précis parce que nous n’avons pas toutes les données sur les sommes dues par l’État aux entreprises publiques et privées », a reconnu le Premier ministre algérien lors d'un débat houleux face aux sénateurs qui le pressaient de s'expliquer sur la crise et son plan d'action limité au recours à la "planche à billets"

C’est la preuve que les débats parlementaires, contrairement à une idée largement répandue, peuvent quand même avoir du bon. Pressé par les sénateurs de donner des précisions sur son plan d’action, Ahmed Ouyahia a refusé, mercredi 27 septembre, d’indiquer un montant concernant le recours au financement non conventionnel. « Je n’ai pas de montant à vous communiquer sur le financement non conventionnel », a-t-il dit répondu aux parlementaires.


« On n’a pas de chiffre précis parce que nous n’avons pas toutes les données sur les sommes dues par l’État aux entreprises publiques et privées », a-t-il reconnu. « Nous sommes en train de réunir les données », a-t-il ajouté.



La crise des finances publiques, c’est quoi ?

Depuis le début du parcours parlementaire du Plan d’action du gouvernement, on commence à comprendre un peu mieux l’origine des difficultés financières évoquées de façon brutale par le Premier ministre dès son entrée en fonction. En fait, ces difficultés remontent à plusieurs années même si, contrairement à Ahmed Ouyahia, les autres Premiers ministres n’avaient pas jugé utile de les « dramatiser » en les portant brutalement sur la place publique.


La chute « régulière et continue » –  l’expression est de la Banque d’Algérie –  du prix du baril entre juin 2014 et fin 2016 a précipité les finances publiques algériennes dans une crise sans précédent. Des rapports qui sont restés confidentiels indiquent que le déficit budgétaire réel de l’État a dépassé le niveau énorme de 20 % du PIB fin 2015 en raison d’une réaction tardive des pouvoirs publics qui ont maintenu un niveau de dépenses publiques élevé malgré la chute des recettes.


À partir de 2016, l’État commence à réduire ses dépenses et les choses vont un peu mieux. La mission du FMI, présente à Alger au printemps dernier, relevait une « réduction significative » du déficit budgétaire sans mentionner de chiffre précis. En réalité, le déficit pour 2016 avait atteint le niveau considérable de près de 15 % du PIB.


Un déficit aggravé par un autre problème

Pour l’année en cours, la poursuite et l’accélération de la réduction des dépenses de l’État prévue par la Loi de finance 2017 devait ramener le déficit aux environ de 7 % du PIB au prix d’une coupe drastique dans les budgets d’équipement.


Le niveau particulièrement élevé des déficits budgétaires a été aggravé depuis le début de l’année 2017 par un problème supplémentaire. En 2015 et 2016, les déficits ont pu être financés pour l’essentiel par le recours aux réserves accumulées dans le Fond de Régulation des Recettes (FRR). Mais l’épuisement de ce dernier en février 2017 a fait surgir un grave problème de financement au titre de l’année en cours, spécialement depuis l’été dernier.


C’est ici qu’Ahmed Ouyahia entre en scène en annonçant de façon théâtrale, en pleine rentrée sociale, que les caisses de l’État sont vides et que les salaires des fonctionnaires ne sont pas garanties pour le mois de novembre. On connait la suite : la solution de ce problème, le Premier ministre vient de le répéter devant les sénateurs : « Ce n’est pas une option mais un impératif ». Il s’agit du financement monétaire du déficit du budget de l’État au cours des prochaines années.


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Des déficits qui résistent de façon inquiétante  

Malheureusement, Ouyahia, en dépit de la solution radicale qu’il a adoptée, n’est pas encore au bout de ses peines en raison de l’apparition d’un problème imprévu et inquiétant.


La crise des finances publiques algériennes, c’est en effet aussi des déficits publics largement plus importants que ce qui a été anticipé dans les Lois de finances. Le déficit public de 2016, budgétisé initialement à 10,8 % du PIB (1950 milliards de DA), s’est révélé en réalité très largement supérieur, à plus de 15 % du PIB (soit 2850 milliards de DA).


En 2017, le déficit prévu initialement à un peu plus de 1200 milliards de dinars, soit à peine 7 % du PIB, devrait de nouveau se situer à un niveau sensiblement plus élevé. Ahmed Ouyahia a donné quelques indications sur son niveau probable pour l’année en cours en évoquant à plusieurs reprises un chiffre de 2000 milliards de dinars. Soit encore près de 12 % du PIB.


Pour 2016, les causes de la résistance du déficit sont connues. Elle est largement imputable à des prix pétroliers particulièrement bas et qui n’ont pas dépassé une moyenne de 42 dollars.


Au titre de l’année 2017, beaucoup d’économistes, interrogés par TSA, peinent à fournir une explication précise à ce dérapage. Ils évoquent des recettes pétrolières plutôt meilleures que prévues avec un baril au-dessus de 52 dollars en moyenne depuis le début de l’année et qui donne des signes de très bonnes santé depuis quelques jours en laissant espérer des recettes en forte hausse au dernier trimestre de l’année en cours.


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Des recettes de fiscalité ordinaires aussi qui ont été annoncées plutôt bonnes et qui devraient franchir largement la barre des 3000 milliards de dinars. Manifestement pour nos interlocuteurs le problème se situerait plutôt du côté des dépenses de l’État. Mais de quelles dépenses s’agit-il ?


Arriérés de paiement

Les prévisions de réduction des dépenses d’investissement de près de 30 % retenues pour cette année ne semblent pas avoir résisté à la pression des besoins. Nos sources soulignaient particulièrement l’existence d’un problème spécifique de comptabilisation des arriérés de paiement de l’administration qui aurait conduit à une sous-estimation des dépenses de l’État au cours des dernières années et se révélerait aujourd’hui comme un véritable casse-tête.


C’est ce qui expliquerait la situation « infernale » évoquée par le Premier ministre et la mention particulière, et a priori surprenante, réservée « au paiement des dettes envers les entrepreneurs » dans les objectifs assignés à l’augmentation du budget d’équipement pour 2018.


Une hypothèse confirmée ces deux derniers jours par les déclarations de Ouyahia et de son ministre des Finances. Le Premier ministre  « n’a pas de montant à communiquer sur le financement non conventionnel » parce qu’il « n’a pas toutes les données sur les sommes dues par l’État aux entreprises publiques et privées ».


Selon nos sources, Ouyahia a adressé, au début du mois, une note à toutes les administrations en les invitant à faire le point sur les arriérés de paiement dus aux entreprises privées et publiques à fin septembre.


En attendant ce bilan précis, les services du ministère des Finances ont commencé à livrer quelques évaluations. L’exposé des motifs du projet de loi portant amendement de la loi monnaie et crédit indique que « le besoin de financement du Trésor pour l’année 2017 demeure supérieur à 500 milliards DA ». Un début de réponse aux questions pressantes sur l’ampleur exacte du recours envisagé, dès cette année, à la planche à billets.


De son côté, le Premier ministre a indiqué pour la première fois hier aux sénateurs que « le projet de loi de Finances 2018 prévoira 400 milliards de dinars pour le paiement des créances impayées des entreprises ». Ce n’est sans doute qu’un début et Ouyahia a suggéré lui-même aux parlementaires que le règlement de la crise financière aiguë que traversent actuellement les finances publiques nationales pourrait prendre encore un an et demi.


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