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Neila Tazi avec Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI à Washington, le 14 avril 2026
15.04.2026 à 10 H 24 • Mis à jour le 15.04.2026 à 11 H 50 • Temps de lecture : 4 minutes
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n°1207.Fragilité, confiance et règles du jeu : repenser l’action collective

À Washington, parlementaires et institutions internationales ont confronté leurs analyses alors que les tensions s'aggravent et que l'aide au développement connaît un recul historique. Au-delà des crises, une question centrale s'impose : comment reconstruire la confiance et des règles du jeu durables ?

La fragilité n'est plus un phénomène marginal. Dans un monde traversé par des crises toujours plus interconnectées, elle structure désormais l'ordre international.


C'est sur cette toile de fond que se sont tenus à Washington les Spring Meetings, précédés du Forum parlementaire mondial organisé par le Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le FMI. Venus de quarante-huit pays, des parlementaires y ont échangé avec les hauts dirigeants de ces institutions – Banque mondiale, FMI, IFC – dans une actualité brûlante, marquée par la montée des rivalités géopolitiques et une incertitude croissante.


Ce qui change aujourd'hui, ce n'est pas seulement la multiplication des crises : c'est leur nature. Elles ne sont plus circonscrites. Conflit en Ukraine, embrasement au Moyen-Orient, situations dramatiques à Gaza et au Liban – partout, elles produisent des effets économiques et politiques immédiats à l'échelle mondiale, affectant la stabilité, la croissance et la confiance. Aucune région n'est épargnée, aucune économie n'est à l'abri.


Alors que le monde commençait à se relever du choc de la pandémie et du retour de l'inflation, les fractures géopolitiques et la crise énergétique sont venues ébranler une reprise déjà chancelante. Les perspectives de croissance, que le FMI et la Banque mondiale annonçaient en amélioration, s'en trouvent compromises.


Mais un signal plus préoccupant encore s'est imposé dans les échanges : la chute historique de l'aide publique au développement. Selon l'OCDE, le soutien financier aux pays les plus pauvres a reculé de 23,1 %, l'Afrique étant la région la plus durement touchée. Le FMI souligne, dans le même temps, que les flux financiers nets vers les pays à faible revenu ont diminué d'environ un tiers par rapport au début des années 2010.


Cette contraction, sans précédent dans l'histoire récente, intervient au moment même où les crises humanitaires s'intensifient et où les inégalités mondiales se creusent.


Pour de nombreux États, cette évolution limite la capacité à financer des services essentiels – santé, éducation, filets sociaux – et élargit les failles dans des sociétés déjà confrontées à de multiples vulnérabilités. Car dans les pays fragiles et affectés par les conflits, l'aide au développement n'est pas un levier parmi d'autres : elle est fondamentale. Elle soutient les fonctions vitales de l'État, accompagne les réformes et contribue à maintenir un minimum de cohésion sociale.


C'est face à ce tableau que Kristalina Georgieva a ouvert le Forum avec un message simple – « garder l'espoir » – tout en rappelant une formule de James Wolfensohn : « Nous devons apprendre à marcher et à mâcher du chewing-gum en même temps.  »


L'image peut sembler triviale. Elle ne l'est pas. Elle dit quelque chose d'essentiel : le développement exige, aujourd'hui plus que jamais, de sortir des logiques fragmentées. Croissance, pauvreté, gouvernance, urgences, transitions technologiques – tout doit être pensé simultanément. Non pas en empilant les priorités, mais en les articulant.


Encore faut-il changer de méthode. Le développement ne peut plus être uniquement technocratique. Il suppose une coordination renforcée entre institutions et une participation élargie des parlements, du secteur privé et de la société civile. C'est précisément le message porté par les parlementaires lors de ce Forum : être pleinement associés au dialogue pour contribuer à des politiques plus cohérentes, plus légitimes et plus efficaces.


Car au fond, la fragilité est aussi une crise de confiance. Et cette confiance repose sur des institutions solides, des perspectives crédibles et des règles du jeu claires. La stabilité ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle commence toujours par un cadre commun, partagé et respecté.


Neïla Tazi est membre du groupe parlementaire de la CGEM à la Chambre des conseillers et vice-présidente du Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le Fonds monétaire international

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