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19.03.2019 à 18 H 18 • Mis à jour le 19.03.2019 à 18 H 18
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n°424.Les preuves de l’implication du diplomate Abdeslam Jaidi dans l’affaire de fraude sur les visas à New York

Les révélations du Desk sur l’implication d’Abdeslam Jaidi, ancien Consul du Maroc à New York, dans l'affaire des fraudes visas américains ont suscité un démenti anonyme dans Le360 et L’Observateur du Maroc. Un rapport d'un agent spécial du Département d'Etat américain, dont Le Desk publie l’intégralité, démontre que le diplomate est bel et bien acteur des actes délictueux

Publiée le 13 mars dernier, une note du département américain de la justice adressée à la presse montrait clairement que l’ex-épouse du Consul général du Maroc à New York, ainsi que le frère de celle-ci, étaient directement impliqués dans une affaire de fraudes sur la délivrance de visas américains et d’exploitation de travailleurs domestiques philippins.


S’il y est clairement question de la poursuite en justice de deux proches du Consul général marocain, Maria Luisa Estrella Jaidi (en état d’arrestation) et son frère Ramon Singson Estrella, le Consul général Abdeslam Jaidi, bénéficiant de l’immunité diplomatique, est quant à lui épargné. Néanmoins, la note est loin de déresponsabiliser le représentant du Maroc. Dans les faits qu’elle relate, elle indique explicitement qu’il a participé à la falsification de documents adressés aux autorités américaines et à l’entrée illégale de ressortissants étrangers sur le sol américain.


En réaction à ces informations, un ancien diplomate à New York anonyme, cité simultanément le 16 mars par Le360.ma et L’Observateur du Maroc, niait toute implication directe du Consul général du Maroc à New York et celle du ministère marocain des Affaires étrangères. Selon les déclarations de cet étrange témoin providentiel, Abdeslam Jaidi ne serait pas concerné par les faits reprochés à son ex-épouse et son frère, tous les deux de nationalité américaine et d’origine philippine.


De plus, il affirme que le Consul en question, « n’est plus en poste à New York depuis l’été 2018, donc bien avant l’éclatement de cette affaire ». Sur le site Le360.ma, le commentaire du journaliste allait même plus loin en se demandant, « en quoi une ex-femme d’un ancien diplomate peut-elle impliquer un département ministériel ? », pour conclure « qu’il faut vraiment vouloir vendre ou être de mauvaise foi pour mettre les feux des projecteurs sur un aspect périphérique de ce dossier alors que le fond de l’affaire est d’une banalité consternante », peut-on lire.


Les faits de l’affaire et son fond sont pourtant clairement étayés dans un rapport de plus de 26 pages, rédigé le 8 mars, par l’agent spécial Andrew Sinanoglou, rattaché aux services de la Sécurité diplomatique du Département d’Etat américain. Le document, dont Le Desk détient copie (copie ci-après) permet d’éclairer les tenants de cette affaire qui, sur plusieurs points, met en cause directement la responsabilité du Consul général du Maroc à New York, ainsi que celle de la diplomatie marocaine, n’en déplaise aux médias proches des sécuritaires appelés à leur rescousse.


Le premier élément concerne la date des faits. Le rapport américain précise clairement que les recrutements desdits travailleurs philippins ont commencé dès 2006, soit près de 12 ans avant la fin du mandat de Abdeslam Jaidi, en tant que consul général du Maroc à New York. Les enquêtes menées par les autorités américaines ont permis d’identifier près de 7 travailleurs domestiques philippins. Le travailleur domestique numéro 1 a ainsi être approché par Maria Jaidi, en 2012, qui l’a rencontré aux Philippines afin de lui expliquer les démarches à entreprendre.


Le deuxième élément a rapport avec la signature du contrat. Parmi les démarches que le travailleur domestique est tenu d’effectuer, il est question de falsifier sa demande de visa qu’il compte adresser au consulat américain à Manille. Ainsi, dans l’intitulé de son contrat, concernant la nature de son poste, il lui est demandé d’apposer le terme de « Technicien au consulat général du Royaume du Maroc à New York », alors qu’il allait, une année plus tard, plutôt travailler en tant que domestique et jardinier.


Mais là où l’implication de Abdeslam Jaidi est incontestable, (il était au moment des faits toujours l’époux de Maria Luisa Estrella), est le fait que le contrat d’embauche est bien signé par le Consul général du Maroc en personne, et estampillé « Consulat général du Royaume du Maroc à New York », comme l’indique le rapport du Département d’Etat américain. Ce dernier mentionne d’ailleurs que le premier employé domestique n’a jamais travaillé au Consulat marocain, mais qu’il a été cependant embauché par la représentation marocaine, qui assurait également son paiement.


Le troisième élément concerne le montant des salaires effectifs. Parmi les faits reprochés aux accusés par les autorités américaines, figurent ainsi les fausses déclarations concernant la rétribution des travailleurs domestiques. Le rapport américain s’attarde sur cet élément en rappelant que les « faux contrats » mentionnent un salaire d’une moyenne de 2 000 dollars, alors que dans les faits, les travailleurs étaient payés entre 500 et 1 000 dollars, salaire qui est en outre en-dessous des minima imposés par la loi américaine.Il est à noter par ailleurs que ces salaires sont directement pris en charge par la représentation consulaire marocaine.


Pour récupérer la différence entre le salaire promis et celui effectivement versé, le couple Jaidi avait recours à un procédé spécifique détaillé dans le rapport de l’agent spécial du Département d’Etat. « Maria Jaidi et CC-1 (en l’occurrence Abdeslam Jaidi, mentionné comme ‘agent diplomatique accrédité’ dans le rapport, mais sans être nommé en raison de son immunité diplomatique, NDLR) ont généralement versé leurs salaires mensuels par chèques aux travailleurs domestiques numéros 2, 4, 6 et 7. D’après mes entretiens et mon examen des rapports d’entretien, j’ai appris que Jaidi et CC-1 émettaient régulièrement des chèques de paie mensuels à chacun de ces travailleurs, avec des montants approximatifs s’approchant de ceux indiqués dans leurs contrats de travail. Jaidi et CC-1 ont ensuite demandé à chacun de ces travailleurs de déposer leur chèque de paie dans leur compte bancaire respectif, d’attendre que les chèques soient réglés, pour ensuite retirer une partie du montant en espèces et de la déposer chez les Jaidi ou au bureau du CC-1, à Manhattan », peut-on ainsi lire dans ledit rapport.


Voilà qui confirme qu’en plus d’avoir établi de fausses déclarations de salaire, le couple Jaidi s’employait à récupérer à son propre bénéfice la différence entre les salaires réels et fictifs.



Concernant ce mystérieux bureau du CC-1”, sis à Manhattan, l’agent spécial mentionne qu’il n’avait, d’après ses investigations, aucune relation avec la mission marocaine pour laquelle Abdeslam Jaidi est accrédité. En d’autres termes, il s’agit de bureaux privés utilisés à d’autres fins et que les sommes en espèces qui y étaient réceptionnées n’était pas destinées à la mission marocaine. Précisions : les montants récupérés peuvent être évalués à près de 1 000 dollars par mois, pour chacun des 7 travailleurs, sur une période de plus de 10 ans. Le calcul du total est facile à faire… 


Le quatrième élément concerne les modalités de divorce du couple Jaidi. Comme indiqué par la source anonyme du 360.ma et de L’Observateur du Maroc, Maria Jaidi et Abdeslam Jaidi ont effectivement divorcé en 2016. Le contrat de divorce, daté du 16 juin 2016, indique que le couple a décidé de mettre fin à leur mariage par consentement mutuel en se basant sur l’article 114 du Code de famille marocain. Parmi les dispositions de ce contrat, on retrouve le fait que Abdeslam Jaidi cède à son épouse, à titre gracieux, la ferme sise à Ancramdale, dans l’État de New York.


Mais ce n’est pas tout. Abdeslam Jaidi s’engage également à aider autant que possible, en cas de problème, au renouvellement des visas des employés de ladite ferme. Il promet également de prendre en charge leurs salaires, dont notamment celui de l’employé “numéro 5”, à hauteur de 500 dollars par mois, et celui de l’employé “numéro 1”, à hauteur de 650 dollars par mois. Le contrat de divorce mentionne enfin que Abdeslam Jaidi permettra à son ex-épouse de bénéficier des services des femmes de ménage de la résidence du Consul, à Bronxville, dans l’État de New York.


L’ensemble de ces éléments démontre bien que, contrairement à ce qui a été avancé pour réfuter l’implication de l’ancien Consul du Maroc à New York, ce dernier y détient bel et bien une responsabilité directe, et qu’il a agi en complicité volontaire avec Maria Luisa Estrella Jaidi et son frère pour permettre l’installation illégale de ressortissants étrangers sur le sol américain.


En plus de donner de fausses déclarations sur la nature de l’emploi et sur les salaires de ces travailleurs, et de leur refuser les protections sociales auxquelles ils avaient droit, le couple Jaidi a mis en place une procédure frauduleuse pour détourner à son propre profit une partie des paiements versés par le Consulat marocain à New York, récoltant ainsi de manière illégale plusieurs milliers de dollars chaque mois durant une dizaine d’années.


Cependant, le rapport américain ne donne pas des éclaircissements concernant le rapport entre l’ancienne femme de Abdeslam Jaidi qui est d’origine philippine et les travailleurs domestiques, tous de nationalité philippine. On sait juste que l’ex-épouse et son frère, ainsi que Abdeslam Jaidi, se déplaçaient par moments sur place pour réaliser des entretiens d’embauche.

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