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12.05.2026 à 13 H 28 • Mis à jour le 12.05.2026 à 16 H 07 • Temps de lecture : 9 minutes
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n°1227.Maroc-Irlande : Rabat entend s’affirmer comme un partenaire de choix pour les investisseurs irlandais

Le Royaume a déployé son dispositif d’attraction des investissements dans la capitale irlandaise, mercredi, afin de renforcer les échanges économiques bilatéraux et d’accompagner le développement d’un partenariat à fort potentiel. Les détails

C'est un message à la fois ambitieux et mesuré que les autorités marocaines sont venues délivrer mercredi à Dublin. Sous l'intitulé « Doing Business in Morocco » et autour du thème « Maroc/Irlande : un partenariat reliant l'Europe à la frontière de croissance de l'Afrique », l'Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) a réuni, en partenariat avec l'ambassade du Maroc en Irlande et le Sandyford Business District, une audience composée de représentants du gouvernement irlandais – dont le ministre d'État au Développement international Neale Richmond et l'élu local Jim Gildea, du comté de Dún Laoghaire–Rathdown – et d'opérateurs économiques venus écouter attentivement le pitch d'un Royame qui est la passerelle entre l'Europe et l'Afrique.


Le timing tombe à point nommé : Rabat et Dublin célèbrent cette année cinquante ans de relations diplomatiques. Un demi-siècle d'histoire commune que le Royaume souhaite désormais enrichir d'une dimension économique plus ambitieuse.


L'ambassadeur Lahcen Mahraoui a résumé l'ambition en évoquant une « nouvelle phase » bâtie sur l'investissement et les partenariats commerciaux.


Le directeur général de l’AMDIE, Ali Seddiki, a quant à lui déroulé l’argumentaire solide du Royaume / livré un plaidoyer structuré pour les atouts du Royaume / exposé point par point les arguments en faveur du Royaume : plus de deux décennies de réformes tous azimuts ayant assis des fondamentaux macroéconomiques solides, une trajectoire vers une société plus égalitaire et démocratique, le port de Tanger Med, le premier TGV africain, un réseau autoroutier dense, des aéroports aux standards internationaux et un large maillage d'accords de libre-échange. Il a aussi mis en avant l'éventail des investissements marocains au service d'un développement durable et inclusif, couvrant l'éducation, les énergies renouvelables, la santé, le transport, l'industrie, les infrastructures, ainsi que les métiers du digital et de l'innovation.


Un partenaire ultra-riche aux fondations solides

L'Irlande ne pèse que 4,6 millions d'habitants et 70 280 km², avec l'irlandais (gaélique) et l'anglais comme langues officielles, mais l'anglais s'impose comme langue des affaires – un atout pratique pour les opérateurs marocains rompus aux interfaces francophone et anglophone. Le PIB irlandais s'établissait à 577,22 milliards de dollars en 2024 et devrait franchir 599 milliards en 2025 puis 623 milliards en 2026, selon les estimations du FMI.


Avec un PIB par habitant attendu à 108 919 dollars en 2025 et 112 169 dollars en 2026, le pays figure parmi les économies les plus riches au monde, un niveau qui reflète autant la productivité réelle que la concentration de bénéfices comptables des multinationales américaines installées sur le sol irlandais. Les fondamentaux affichent une trajectoire que beaucoup d'économies européennes envieraient : croissance attendue à 2,3 % en 2 025 et 2,1 % en 2026, inflation maîtrisée à 1,9 % puis 1,7 %, et endettement public en repli de 36,7 % à 34,3 % du PIB sur la même période. La balance commerciale est structurellement excédentaire, et l'excédent s'est nettement renforcé en 2024 et 2025 après un léger tassement en 2022 et 2023.


Cette prospérité a toutefois ses points faibles, que la note de Coface de mars 2025 ne masque pas. Le modèle irlandais demeure très dépendant de la stratégie de multinationales étrangères – principalement américaines, qui pèsent environ un quart de l'emploi dans le secteur des entreprises non financières – et concentré sur quelques secteurs à très forte valeur ajoutée comme la pharmacie, les technologies de l'information et les équipements médicaux.


Toute inflexion de la politique fiscale ou tarifaire de Washington, ou un repositionnement industriel des géants présents à Dublin et à Cork, peut produire des effets disproportionnés. À cela s'ajoutent un déficit structurel de logements et d'infrastructures face à la croissance démographique récente, et un endettement privé encore élevé. C'est cette dépendance même qui ouvre, en creux, une fenêtre pour le Maroc : un partenaire africain stable et industrialisé peut jouer pour Dublin un rôle de diversification non négligeable.


Sur la période 2021-2025, les flux entre les deux pays affichent une tendance globalement haussière, mais cette dynamique tient avant tout à la progression des importations marocaines en provenance d'Irlande. Les importations sont passées de 1 526 millions de dirhams en 2021 à 1 856 millions en 2022, puis ont franchi un palier en 2023 à 2 677 millions, avant d'atteindre 2 751 millions en 2024 et de refluer à 2 381 millions en 2025.


Sur la même séquence, les exportations marocaines vers l'Irlande ont évolué de manière nettement plus heurtée. Le déficit bilatéral, négatif de 1 791 millions de dirhams en 2023, s'est légèrement resserré pour atteindre 1 768 millions en 2024 puis 1 471 millions en 2025.


Le potentiel économique Maroc-Irlande.Le potentiel économique Maroc-Irlande. Création : Le Desk


Côté marocain, les exportations vers l'Irlande sont d'une concentration extrême. Le top 5 capte 92,1 % du total, et deux postes à eux seuls concentrent 77 % des ventes. Les engrais naturels et chimiques arrivent largement en tête avec 446,8 millions de dirhams, soit 49,1 % des exportations marocaines vers l'Irlande, suivis par les voitures de tourisme à 253,9 millions de dirhams (27,9 %). Loin derrière viennent les agrumes (67,2 millions de dirhams, 7,4 %), les tomates fraîches (40,4 millions, 4,4 %) et les ciments, chaux et plâtres (29,8 millions, 3,3 %).


Côté irlandais, le top 5 des produits expédiés vers le Maroc raconte exactement le profil de spécialisation de l'économie de Dublin. Les médicaments et produits pharmaceutiques arrivent en première position avec 566,7 millions de dirhams, soit 23,8 % des importations marocaines en provenance d'Irlande, suivis par les produits chimiques (385,1 millions, 16,2 %), les huiles essentielles, parfums et aromatisants (302,9 millions, 12,7 %), les matières albuminoïdes, produits à base d'amidons et enzymes (225,4 millions, 9,5 %), et le fromage (159,6 millions, 6,7 %). L'Irlande exporte vers le Maroc précisément ce qu'elle produit pour le reste du monde : pharmacie, chimie fine et chimie spécialisée – autant de filières dans lesquelles les multinationales américaines et européennes utilisent l'île comme plateforme de production.


L'Export Potential Map identifie trois gisements prioritaires pour Rabat à l'export : les engrais, où la position est déjà installée, les vêtements et les véhicules à moteur et leurs pièces. Le textile ressort comme la marge inexploitée la plus large, avec un écart estimé à 22 millions de dollars entre exportations potentielles et exportations réelles, soit 7,3 % du potentiel sous-utilisé. Un signal cohérent avec les capacités industrielles marocaines, mais qui suppose un travail de mise en relation commerciale dont la conférence de Dublin pourrait être l'amorce.


Au-delà des flux, le test de la transformation

L'offre déployée par les autorités marocaines repose sur trois jambes. La première est physique : Tanger Med – premier port de la Méditerranée –, un réseau autoroutier dense, le premier TGV du continent africain et des plateformes aéroportuaires aux standards internationaux. La seconde est commerciale : un maillage d'accords de libre-échange offrant un accès préférentiel à un large périmètre de marchés européens, africains et nord-américains. La troisième est financière, incarnée par Casablanca Finance City (CFC).


Lamia Merzouki, directrice générale adjointe de Casablanca Finance City Authority, a rappelé que la place, créée en 2010, est classée premier centre financier africain depuis 2016 et se veut un hub reliant les communautés d'affaires en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient. Présentée comme un catalyseur de l'investissement mondial, elle se positionne comme un canal de mobilisation de capitaux et de structuration de projets vers le continent – un positionnement potentiellement utile à des groupes irlandais qui voudraient adresser l'Afrique sans bâtir leur propre infrastructure régionale. Au-delà des infrastructures,


L'ambassadeur Lahcen Mahraoui a pour sa part insisté sur les partenariats économiques durables que le Royaume a tissés à travers l'Afrique dans la banque, les télécommunications, l'énergie et l'industrie : pour un investisseur irlandais, opérer en Afrique via le Maroc revient à s'adosser à des acteurs déjà installés.


Les opérateurs irlandais qui ont manifesté de l'intérêt à l'issue de la conférence se concentrent sur quatre verticales : agritech, énergies renouvelables, industrie automobile et aéronautique. Cet alignement sectoriel est cohérent avec ce que sait faire l'industrie irlandaise – technologies appliquées, services aux entreprises, sciences du vivant – et avec la trajectoire de spécialisation marocaine sur l'automobile, l'aéronautique et les renouvelables. L’enjeu suivant s’est joué à Cork, vendredi, où une seconde conférence était programmée.


Deuxième ville d'Irlande et l'un de ses principaux pôles économiques, la région concentre une part importante des multinationales pharmaceutiques, technologiques et agroalimentaires implantées sur l'île, dont Apple, ce qui en fait l'un des principaux hubs industriels et d'exportation du pays. C'est précisément l'écosystème dont les flux pharmaceutiques et chimiques expliquent une bonne part des exportations irlandaises vers le Maroc – et donc, mécaniquement, le creusement du déficit bilatéral. Convertir cette présence industrielle irlandaise en investissement productif au Maroc, plutôt qu'en simples exportations, transformerait la nature même du partenariat.


Pour Rabat, la séquence Dublin-Cork marque bien plus qu'une simple étape de diplomatie économique : elle confirme qu'un nouveau palier a été franchi. Le Maroc veut désormais se poser en partenaire d’investissement qui choisit ses interlocuteurs, calibre son offre et assume une ambition continentale clairement énoncée. Et les signaux envoyés par les opérateurs irlandais à l'issue de la conférence suggèrent que le message a été reçu.


À l'horizon de ce partenariat, la lecture est résolument optimiste : deux économies aux profils complémentaires, un calendrier anniversaire qui donne du souffle politique à la démarche, et un Royaume qui a suffisamment consolidé ses fondations pour se permettre de viser haut. Cinquante ans après les premières poignées de main diplomatiques, Rabat n'attend plus : elle propose, elle structure et avance.

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