Enquêtant sur les énergies renouvelables au Sahara, deux Norvégiennes expulsées de Laâyoune
Deux ressortissantes norvégiennes ont été arrêtées puis expulsées de Laâyoune, où elles s’étaient rendues pour mener une enquête sur les projets d'énergie renouvelable réalisés au Sahara. Selon des médias pro-Polisario, un vingtaine de policiers en civil se sont présentés pour escorter les deux femmes, alors qu'elles visitaient la maison de l'activiste sahraoui Sidi Mohamed Daddach.
Les deux Norvégiennes, Ingeborg Sævik Heltne (25 ans), travaillant avec le Conseil norvégien pour l'Afrique, et Vivian Kaulen Nedenes (22 ans), membre du Conseil de la jeunesse socialiste en Norvège, s’étaient rendues au domicile de Daddach, afin de savoir ce que les Sahraouis pensent des projets des énergies renouvelables sur le territoire du Sahara occidental. « Nous avons eu dix minutes pour rejoindre notre hôtel et faire nos bagages. Ensuite, on nous a ordonné de quitter le Sahara occidental. Nous sommes maintenant dans un véhicule d'escorte en direction d'Agadir », a déclaré Heltne au Comité norvégien de soutien au peuple sahraoui, rapporte l’Organisation non-gouvernementale (ONG) sur son site web.
Selon la même organisation, les deux étudiantes travaillaient sur un mémoire de master sur la manière dont « le Maroc utilise le secteur des énergies renouvelables pour consolider son occupation ». Elles s'étaient rendues au Sahara occidental pour en savoir davantage sur ces projets « controversés ». Dans leurs déclarations reprises par le Comité, elles expliquent qu'elles ont été suivies en continu par la police marocaine pendant un jour et demi, depuis leur arrivée au Maroc. « Il a fallu seulement une heure et demie entre leur arrivée chez Daddach à 11h00 et l'arrivée du groupe de 25 policiers à leur porte à 12h30. La détention a été documentée par des activistes locaux des droits de l'homme », poursuit la même source.
La police a pris les passeports des deux Norvégiennes et a vérifié leurs téléphones, souligne l’ONG. « Lorsque la police a vu qu'elles avaient pris des photos dans les rues de Laâyoune, les Norvégiennes ont été informées qu'elles devaient obtenir une autorisation préalable de la capitale marocaine, Rabat, pour prendre de telles photos, car il est prétendument illégal de photographier dans des espaces publics », poursuit l’organisation.
Selon le Comité norvégien de soutien au peuple sahraoui, « le Maroc essaie de convaincre les États de s'engager dans des accords de coopération climatique au niveau international. Cela affecte directement les territoires occupés ». La même organisation accuse aussi le royaume d'utiliser les énergies renouvelables « pour établir des citoyens marocains dans le territoire occupé ».
Pour rappel, le Polisario mène depuis des années une intense campagne de propagande contre le Maroc pour dissuader les investisseurs étrangers de mener des projets d'énergies renouvelables au Sahara. En Norvège, comme dans d'autres pays scandinaves ou encore européens, les séparatistes s'activent auprès de différentes ONG pour faire valoir leur thèse. En 2021, le Western Sahara Resource Watch (WSRW), l'une des ONG les plus actives sur ce front, avait publié un rapport intitulé « Écoblanchiment : Comment les projets d'énergie renouvelable du Maroc dans le Sahara occidental occupé prolongent le conflit autour de la dernière colonie en Afrique ». Une série de publications a suivi par la suite. Dans un article publié en avril dernier, intitulé « Énergie verte mais sale sur terres occupées », l'organisation pro-Polisario avait soutenu que « le Maroc risque d'impliquer d'autres États en exportant de l'énergie du Sahara Occidental, par exemple vers l'UE ».
La thèse séparatiste trouve un écho considérable dans les pays nordiques, notamment la Norvège et la Suède. En 2015, une vive tension avait eu lieu entre Rabat et Stockholm suite à la volonté du gouvernement suédois de centre-gauche de reconnaître le Polisario. En plus de la Suède, la Norvège a également eu par le passé des positions ambiguës sur le Sahara avant de tempérer son discours.
En 2016, Norges Bank, la banque centrale norvégienne qui chapeaute le fond de pension du pays (Government Pension Fund Global), avait décidé d'exclure les sociétés Cairn Energy et Kosmos Energy de son portefeuille d'investissement à cause de leurs activités d'exploration pétrolière au large du Sahara. Cette décision intervenait en ligne avec les recommandations du comité d'éthique du fonds, qui reproche aux deux sociétés de ne pas avoir consulté le Polisario en amont en tant que « représentant » de la population du Sahara.
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