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07.04.2026 à 13 H 39 • Mis à jour le 08.04.2026 à 01 H 54 • Temps de lecture : 4 minutes
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Urbanisme

Hay Mohammadi à Casablanca : affrontements lors de la démolition du douar « Champ de tir »

Le Conseil d'arrondissement de Hay Mohammadi avait rejeté le plan d'aménagement.

L'ambiance était explosive ce mardi 7 avril au douar dit « Champ de tir », un bidonville situé dans le périmètre de la commune des Roches Noires, rattaché à l'arrondissement de Hay Mohammadi, dans l'est de Casablanca. Dès l'aube, un important dispositif sécuritaire composé d'éléments de la Sûreté nationale et des Forces auxiliaires a été déployé autour du site pour accompagner une opération d'aménagement visant à mettre fin à des habitations insalubres occupées depuis plusieurs décennies. Ce douar, aussi connu sous le nom de « douar des militaires », abrite une large communauté de retraités des Forces armées royales et leurs familles, installés là pour certains depuis les années 1970.


L'intervention a très vite dégénéré. Pour ralentir l'avancée des engins de chantier, des résidents ont formé des chaînes humaines, bloquant physiquement les accès. Des groupes de jeunes ont ensuite manifesté leur colère par des jets de pierres et de bouteilles, blessant plusieurs éléments des Forces auxiliaires et de la police. Les forces de sécurité ont procédé à une série d'interpellations, les personnes arrêtées étant conduites au commissariat pour une enquête judiciaire sous la supervision du parquet. Les manifestants scandaient des slogans exprimant un sentiment de trahison. Plusieurs femmes et personnes âgées ont fait des malaises au milieu du chaos. Une source proche du dossier a indiqué que des concertations préalables avaient bien eu lieu, mais que la situation avait basculé le jour de l'intervention, dans un contexte marqué, selon elle, par l'immixtion de relais militants extérieurs ayant encouragé une partie des jeunes à la confrontation.


Au cœur de la contestation : le rejet des solutions de relogement proposées. Les occupants estiment que la localisation des lots et le niveau des compensations ne répondent pas à leurs contraintes. Beaucoup, vivant de pensions modestes, affirment ne pas disposer des moyens pour contribuer au coût du logement alternatif. Un habitant présent depuis les années 1970 a déclaré qu'on lui demandait de partir sans garanties ni indemnisation réelle. Un acteur associatif local a confirmé, sous couvert d'anonymat, que plusieurs familles n'ont pas les ressources pour construire sur les terrains attribués, et a souligné les difficultés liées à l'éloignement des nouveaux sites de relogement.


Les autorités rappellent que l'opération s'inscrit dans le programme national « Villes sans bidonvilles », doté de 18,6 milliards de dirhams (MMDH) pour la région Casablanca-Settat, et qu'elle vise à éradiquer l'habitat insalubre avant la Coupe du monde 2030. Elles assurent que les procédures administratives ont été respectées et que les occupants avaient été informés en amont avec des délais suffisants.


L'épisode ne survient pas dans un vide politique. Quatre jours plus tôt, le conseil d'arrondissement de Hay Mohammadi avait rejeté à l'unanimité — majorité et opposition confondues — le projet de plan d'aménagement, réclamant son retrait et une démarche participative. Le point de crispation : le classement du quartier historique de Derb Moulay Chérif en « secteur de rénovation urbaine », une catégorie juridique pouvant aller de la restauration à la démolition intégrale, sans que le plan ne précise la nature des opérations envisagées. Dès l'enquête publique, des habitants avaient découvert la disparition de trois quartiers du plan — Derb Moulay Chérif, Bloc Riad et Derb Assaâd —, alimentant les craintes d'une démolition totale. Le dossier avait atteint le Parlement, une députée de l'opposition interpellant la ministre de l'Urbanisme pour exiger des garanties contre les expropriations et le respect de la mémoire de ces quartiers.


Car Hay Mohammadi n'est pas un quartier ordinaire. Ancien cœur ouvrier de Casablanca sous le nom de « Carrières Centrales », il fut rebaptisé en 1955 par le sultan Mohammed V en hommage à la résistance de ses habitants contre le protectorat. Le quartier, théâtre de la révolte de 1953, demeure un lieu de mémoire nationale, ce qui rend chaque opération de démolition politiquement sensible.


L'opération répond aussi à des impératifs fonciers : le site occupe une position stratégique au cœur de la métropole et sa requalification doit favoriser de nouveaux projets structurants. En toile de fond, des acteurs politiques et candidats potentiels aux élections de 2026 tenteraient de peser sur le calendrier de ces opérations pour préserver leurs bases électorales dans les quartiers populaires.

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