Sécurité alimentaire : la Banque mondiale salue la résilience du Maroc dans une région MENA fragilisée
Dans son dernier bulletin Food and Nutrition Security Update, la Banque mondiale dresse un constat rassurant pour le Maroc : la sécurité alimentaire du Royaume demeure « comparativement stable », dans une région MENA pourtant traversée par de profondes fractures.
Au Yémen, 63 % des ménages ne peuvent couvrir leurs besoins alimentaires de base. En Syrie, 80 % de la population reste en situation d'insécurité alimentaire. Au Liban, 17 % de la population a été confrontée à une crise alimentaire entre novembre 2025 et mars 2026. Face à ces réalités, la position marocaine fait figure d'exception.
Le rapport pointe l'augmentation des précipitations dans les principales zones de production comme moteur de cette stabilité. Les données nationales confirment l'ampleur du phénomène : entre septembre 2025 et mars 2026, la pluviométrie a atteint 462 mm en moyenne nationale, soit 134 % de plus que la campagne précédente et 56 % au-dessus de la moyenne trentenaire. Le taux de remplissage des barrages a bondi à 71,6 % au 16 mars 2026, contre 34,8 % un an plus tôt, portant les retenues à 12,4 milliards de mètres cubes. Ce retournement est d'autant plus significatif qu'il intervient après six années consécutives de sécheresse qui avaient gravement fragilisé le tissu agricole et hydrique du pays.
Le rapport de la Banque mondiale souligne par ailleurs la flambée des prix de l'urée, en hausse de 46 % entre février et mars 2026, sous l'effet du conflit au Moyen-Orient qui perturbe les flux transitant par le détroit d'Ormuz. Or, cette voie concentre environ un tiers du commerce mondial d'engrais. C'est précisément dans ce contexte que le Maroc, détenteur de près de 70 % des réserves mondiales de phosphate et premier exportateur mondial via le groupe OCP, se distingue. Grâce à ses ports atlantiques de Jorf Lasfar et de Safi, le Royaume dispose de routes maritimes sécurisées, relativement à l'abri des zones de conflit. Le groupe OCP, dont les revenus ont atteint 11,4 milliards de dollars (MM $) en 2025, a pu honorer des commandes majeures en pleine crise, stabilisant ainsi des marchés agricoles menacés de pénurie en Amérique latine et en Asie, malgré la pression qui s’exerce sur ses approvisionnements en intrants chimiques.
Cette embellie ne doit pas masquer les fragilités structurelles. La surexploitation des nappes phréatiques durant les années de sécheresse a laissé des séquelles durables. Les exportations agricoles et agroalimentaires ont reculé de 9,5 % à fin janvier 2026 malgré des conditions climatiques favorables. La dépendance de l'OCP aux importations de soufre du Golfe rappelle que le Maroc n'est pas imperméable aux effets de contagion de la crise régionale. La Banque mondiale elle-même avertit que les économies dotées d'un important secteur agricole, dont le Maroc, restent exposées aux phénomènes météorologiques extrêmes susceptibles de freiner la production et d'aggraver la pauvreté.
La stabilité alimentaire constatée par la Banque mondiale reflète donc une conjonction favorable entre un facteur climatique exceptionnel, un accompagnement institutionnel soutenu et un levier géostratégique rare. Elle constitue une fenêtre d'opportunité que le Maroc devra transformer en résilience durable par la diversification hydrique, la modernisation agricole et la poursuite de sa montée en puissance industrielle dans les engrais.
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