OCP conserve sa note Baa3 chez Moody’s malgré la crise du détroit d’Ormuz
Une unité de production d’engrais du groupe OCP à Jorf Lasfar. Crédit : Mohamed Drissi K. / Le Desk
Le groupe OCP a annoncé le maintien de sa note de crédit à long terme Baa3, assortie d'une perspective stable, par l'agence américaine Moody's Ratings, à l'issue d'un comité de notation tenu, selon la même source, le 2 avril. Cette décision, qui conserve le géant marocain des phosphates dans la catégorie « investment grade », intervient dans un contexte particulièrement éprouvant pour le premier producteur mondial d'engrais phosphatés, pris dans les turbulences de la crise géopolitique au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz depuis fin février.
Selon la communication d’OCP, l'agence justifierait le maintien de la note par les atouts structurels du groupe, des arguments déjà avancés lors des précédentes revues : le contrôle de près de 70 % des réserves mondiales prouvées de phosphate, une structure de coûts compétitive qui lui confère des marges supérieures à celles de la plupart de ses concurrents, et une demande mondiale en fertilisants soutenue par la croissance démographique et la raréfaction des terres arables. Le groupe met également en avant la prudence de sa gestion financière, qui se traduit par un niveau de liquidité solide et une anticipation méthodique de ses échéances obligataires.
Cette confirmation prend toutefois un relief singulier au regard de la séquence traversée par le groupe. Depuis le 28 février, la fermeture du détroit d'Ormuz consécutive aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran a profondément perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales en intrants chimiques. Le Maroc importait en 2024 quelque 886 millions de dollars d'ammoniac, dont 40 % en provenance du Golfe, et dépendait massivement du soufre transitant par ce corridor maritime pour alimenter la production d'acide phosphorique à Jorf Lasfar et Safi. OCP a d'ailleurs annoncé début avril l'anticipation de ses opérations de maintenance sur plusieurs unités industrielles, une décision susceptible de neutraliser jusqu'à 30 % de sa capacité de production au deuxième trimestre 2026, selon les données reprises par l'agence Argus Media. Derrière le motif technique se dessine un arbitrage stratégique plus complexe, lié à la raréfaction des intrants autant qu'à la volonté de peser sur les prix dans un marché sous tension.
Un paradoxe inédit pour OCP
Le paradoxe d'OCP est désormais bien identifié par les analystes : la paralysie de son principal rival saoudien Ma'aden, dont les installations de Jubail ont été directement touchées par des frappes iraniennes, lui ouvre une fenêtre de marché exceptionnelle, tandis que sa propre dépendance au soufre et à l'ammoniac du Golfe menace ses capacités de production. Le groupe avance néanmoins ses pions. L'usine d'ammoniac vert de Tarfaya, dont la mise en service est prévue courant 2026 avec une capacité initiale de 200 000 tonnes, constitue l'un des leviers pour réduire cette vulnérabilité à moyen terme.
Sur le plan commercial, OCP bénéficie par ailleurs d'une accalmie notable sur le front américain. Washington est engagé dans la résolution du contentieux sur les droits compensateurs qui l'opposait à l'Américain Mosaic depuis cinq ans, tandis que la filiale OCP North America a engagé une offensive de lobbying structurée à Washington pour reconquérir ce marché stratégique. Les résultats annuels publiés le 1er avril témoignent de la dynamique industrielle du groupe : un chiffre d'affaires de 113,9 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 17 %, un EBITDA de 43,2 milliards de dirhams et des volumes de TSP en progression de 48 % sur un an, tirés par des exportations soutenues vers l'Inde.
Signal de réassurance pour le marché
La confirmation du rating par Moody's constitue un signal de réassurance pour les investisseurs obligataires, au moment où OCP doit simultanément financer la deuxième phase de son plan d'investissement – une émission de 1,75 milliard de dollars (MM $) a été réalisée en avril 2025 – et naviguer dans l'un des environnements géopolitiques les plus instables qu'ait connus le marché mondial des engrais depuis la guerre en Ukraine.
La note Baa3 correspond à la catégorie « investment grade » dans l'échelle de Moody's, signifiant qu'OCP reste un émetteur de référence pour les investisseurs à la recherche d'actifs obligataires EMEA de qualité, souligne OCP.
Reste à évaluer les facteurs de risque conventionnels que Moody's souligne habituellement dans ses rapports sur OCP, tels que la cyclicité des prix des engrais ou la dépendance aux intrants importés, des éléments que la crise actuelle du détroit d'Ormuz rend pourtant plus saillants que jamais.
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