Treize ans de réclusion pour Mohammed Moubdii
Le couperet est tombé ce jeudi 21 mai à Casablanca. Au terme d'un procès-fleuve, la chambre criminelle de la cour d'appel a infligé à Mohammed Moubdii, figure politique locale longtemps réputée intouchable, une peine de treize années derrière les barreaux. L'ancien ministre de la Fonction publique, qui dirigea durant six mandats successifs la commune de Fkih Ben Salah, devra par ailleurs s'acquitter d'une somme de 30 millions de dirhams au bénéfice de cette même collectivité, partie civile au dossier. Le verdict a été rendu sous la présidence du juge Ali Torchi.
Les magistrats ont retenu contre l'ex-édile l'essentiel des charges portées par le ministère public : détournement de fonds appartenant à la collectivité, dilapidation de l'argent public, corruption, faux et usage de faux en écritures administratives, abus d'autorité, trafic d'influence et concussion. Une qualification pénale particulièrement étoffée qui se voulait à la mesure de l'ampleur des faits reprochés. Aux côtés de l'ancien maire, douze autres prévenus (élus locaux, agents communaux, techniciens et chefs d'entreprises ayant traité avec la municipalité) comparaissaient dans le sillage du même dossier.
Sur le volet indemnitaire, la juridiction est cependant restée bien en deçà de ce que sollicitait la commune. Cette dernière chiffrait à plus de 100 millions de dirhams le préjudice subi durant les années incriminées. Les autres condamnations prononcées à l'encontre des coaccusés n'ont pour l'heure pas été détaillées dans leur intégralité.
Pour mémoire, l'affaire avait connu son tournant en avril 2023, lorsque Moubdii avait été placé en détention. À l'origine de la procédure : un rapport au vitriol de l'Inspection générale de l'administration territoriale, organe du ministère de l'Intérieur, qui pointait une série de zones d'ombre dans la gestion de plusieurs marchés communaux. Le schéma directeur d'assainissement liquide de la ville figurait en bonne place parmi les chantiers passés au crible. La Brigade nationale de la police judiciaire avait ensuite pris le relais et son enquête s'était soldée par la mise en cause de treize personnes, formant une chaîne qui allait des donneurs d'ordre municipaux aux prestataires privés.
Quelques instants avant que la sentence ne soit lue, l'intéressé avait pris la parole. Évoquant près de trois décennies passées à la tête de sa commune, il avait fait valoir que les marchés d'aménagement urbain mis en cause étaient passés sous le regard des services de contrôle de tutelle, donc validés en amont par l'administration centrale. Ses conseils avaient également cherché à faire porter une part du fardeau aux autorités de la wilaya de Béni Mellal-Khénifra, insistant en parallèle sur les réalisations concrètes livrées à la population durant ses mandats. Ligne de défense que la cour n'a finalement pas suivie.
Du côté de ses avocats, la riposte est déjà programmée. L'un d'eux, Me Brahim Amoussi, qualifie le jugement d'« extrêmement sévère » et indique attendre la notification de l'arrêt pour saisir sans tarder la juridiction d'appel. Le combat judiciaire entre donc dans une nouvelle phase : la décision rendue à Casablanca n'est qu'un premier degré, et l'ancien ministre conserve la possibilité de voir son dossier rejugé en seconde instance.
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