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29.05.2017 à 18 H 41 • Mis à jour le 30.05.2017 à 12 H 44
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Finalement, il y a quoi dans le Coran ?

BONNES FEUILLES Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Coran et que vous n'avez jamais osé demander. Le Desk publie en avant-première, le premier chapitre du dernier ouvrage de Rachid Benzine, co-écrit avec Ismaël Saidi. Une lecture historique, sociologique, à la fois humoristique et sérieuse, du Coran, décortiqué à la lumière des sciences humaines, apportant des réponses à diverses questions : ce qu'est un mécréant, le port du voile, ce qui est dit des Juifs, la violence…

Le Coran, tout le monde en parle, le convoque, mais bien peu le connaissent vraiment. Surtout, on lui fait dire beaucoup de choses qu’en réalité il ne dit pas ! Conscients de la grande ignorance qui entoure le texte sacré des musulmans, l’islamologue, Rachid Benzine, et l’auteur et metteur en scène, Ismaël Saidi, ont choisi d’unir leurs efforts, afin d’offrir une nouvelle voie d’approche du Coran qui conjugue intelligence et humour.


Qui est Muhammad ? Qui sont les « mécréants » auxquels sont promis tant de malheurs ? Qui sont les juifs dont il est question dans plusieurs versets ? Qu’est-ce que le « djihad » ? Le Coran est-il vraiment violent ? Pourquoi parle-t-on de nourritures et de comportements « halal » ?…  Aux questions posées avec humour par Ismaël Saidi, Rachid Benzine apporte des réponses à la fois claires et rigoureuses, en faisant appel aux ressources de l’Histoire, de l’anthropologie, ou encore à la sémiologie.


En neuf chapitres, déployant une pédagogie tout à fait originale, les deux auteurs abordent les principales questions que beaucoup se posent. Avec eux, le lecteur fait ainsi un voyage aux sources du Coran, découvrant la société arabe du 7e siècle qui a été la réceptrice de cette parole devenue livre.


Rachid Benzine est islamologue, chercheur associé au Fonds Paul Ricoeur (Paris) et à L’Observatoire du Religieux. Il enseigne notamment à la Faculté Théologique Protestante de Paris. Auteur de nombreux essais, son premier roman, Lettres à Nour, vient d’être adapté au théâtre.


Ismaël Saidi est réalisateur, scénariste, auteur et dramaturge. Il est connu pour sa pièce Djihad qui a déjà été vue par plus de 100 000 personnes. Il est en tournée dans toute la France avec sa nouvelle pièce, Géhenne.


CHAPITRE I

Si le Coran ne me parle pas à moi, il parle à qui ?

guillemet

Je viens de terminer ma prière du soir. Comment ça quelle prière du soir ? Ben oui, la prière du soir, la quatrième des cinq prières journalières. Vous ne savez pas de quoi je parle ? Pas grave, je vous expliquerai une autre fois. Bref, je viens de terminer ma prière du soir. Je vais m’installer près de la fenêtre et lire un peu le Coran. J’aime bien m’installer près de la fenêtre pour lire. En fait, ça me vient de mon grand-père, à Tanger. Il s’asseyait près de la fenêtre et se mettait à lire le Coran en gardant un œil sur la rue. Le Coran, vous connaissez ? Oui ? Non ? Au moins un peu… Bon, je vous la fais courte. En fait, je m’appelle Ismaël et je suis musulman. Ça veut dire que je crois que Dieu a révélé son message à Muhammad, le prophète de l’islam. Cela se passait au 7e siècle, à partir de 610 à La Mecque, une cité d’Arabie occidentale. Un homme de quarante ans, Muhammad, a reçu la Révélation de la part de Dieu. Enfin, c’est ce qu’on croit, nous, les musulmans. Cette Révélation s’est retrouvée compilée en arabe, langue dans laquelle elle a été révélée, dans un livre qu’on appelle le Coran. Il est composé de 114 chapitres, des « sourates », et chaque chapitre est composé de « versets », en arabe des « ayât ». On en recense 6 236. La Révélation est scindée selon la tradition musulmane en deux grandes parties : une partie qui a eu lieu à La Mecque au début de la prédication de Muhammad et qui a duré plus ou moins douze ans. On parle alors de « versets mecquois ». Et une deuxième partie qui a eu lieu à Médine ou Muhammad s’est réfugié après avoir été chassé de La Mecque par les siens, qui a duré plus ou moins dix ans. On parle alors de « versets médinois ». Du coup, moi, le musulman d’ici, je fais comme mon grand-père et je lis le Coran près de la fenêtre. Il faut croire qu’il y a des choses qui se transmettent dans l’ADN. Mais enfin, bon, moi, l’arabe je ne le connais pas bien alors, le Coran, je le lis en français. Avec tout ça… j’en étais ou… Ah oui, à la sourate 4, verset 34 :« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs que Dieu accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari… ». Waouh ! ! ! Je ne savais pas ça ! J’ai donc autorité sur ma femme et elle doit m’obéir ? ! Je vais lui annoncer ça tout de suite et je peux vous dire qu’il y a des choses qui vont changer dans cette maison.


Ismaël : Chérie ? Chérie ?


Ma femme : Oui ? !


Ismaël : Dis, tu savais que le Coran me donne autorité sur toi et que tu dois m’obéir ?


Elle : Bien sûr. Certainement, mon amour. Pas de souci. Bon, je pars à mon cours de salsa et je reviens dans une heure. Et cette fois, n’oublie pas de sortir la poubelle… 


Moi : Mais, chérie… j’ai autorité et…


Elle : Écoute, voilà ce que vous allez faire, toi et ton autorité…


Moi : Mais…

Elle : Vous allez vous coucher gentiment dans le salon. Et tu vas t’endormir en lui racontant tes malheurs à ton autorité. Ou vous en parlerez ensemble toute la nuit si tu préfères. Et moi je me soumettrai à la mienne d’autorité, seule et paisible dans mon lit, en dormant comme un bébé. A tout à l’heure… et n’oublie pas la poubelle. Et elle est sortie comme ça. Quoi ? Comment ça qu’est-ce qui s’est passé après ? Ben, j’ai sorti les poubelles. Et j’ai passé la nuit à ruminer sur le canapé du salon. Mais enfin, c’est quoi cette histoire ? C’est le Coran qui le dit et elle refuse d’obéir ? ! Pourtant elle est musulmane comme moi. Et si je ne respecte pas le Coran c’est que je ne suis pas musulman. C’est quand même bien ça qui est écrit, non ? Enfin, je sais plus trop. Ma femme n’a pas l’air de le comprendre comme ça. Enfin, pas spontanément en tout cas. C’est peut-être un problème de traduction. Ma version française n’est peut-être pas au top…  Et puis c’est un peu compliqué le Coran. Bon, faut que je trouve quelqu’un qui s’y connaisse afin qu’il m’explique et qu’il m’aide à la convaincre. Non, c’est vrai, quoi ? ! Ma femme ne m’a jamais laissé mettre une télévision dans notre chambre à coucher. Peut-être que si j’arrive à la convaincre qu’elle doit m’obéir, j’aurai enfin mon écran plasma et je pourrai regarder Netflix peinard, les doigts de pieds en éventail. Qui pourrait m’aider sur ce coup-là… mmm… ah oui, peut-être bien Rachid Benzine. Rachid, c’est mon ami. Et il a l’habitude d’expliquer le Coran. C’est un spécialiste, on peut dire ça comme ça. Il va m’arranger mon affaire avec ma femme, me donner des arguments et… à moi le home cinéma. Il loge pas loin de chez moi en ce moment, pour une série de conférences en Belgique. La grande avenue. Le carrefour. La deuxième à droite. Encore une ruelle. Nous y voilà. Je sonne… Ah, ben il est là !


Ismaël : Salut Rachid.


Rachid : Salut Ismaël. Belle surprise… Entre.


Ismaël : Comment ça va ?


Rachid : Tres bien et toi ?


Ismaël : Ben, pour être tout à fait honnête, j’ai un problème avec ma femme.


Rachid : Je ne peux probablement pas y faire quelque chose, mais si t’as besoin de parler…


Ismaël : Voilà… Elle refuse de m’obéir.


Rachid : C’est dans l’esprit de l’époque et ça marque une sacrée progression pour notre humanité. Ma réponse, c’est tant mieux. Pas pour toi ?


Ismaël : J’en sais rien mais le Coran insiste pour qu’elle le fasse.


Rachid : Qu’elle fasse quoi ?


Ismaël : Ben, qu’elle m’obéisse.


Rachid : Ah, je comprends mieux pourquoi tu es venu me voir moi. Tu veux que ta femme t’obéisse et tu cherches une excuse pour ça dans le Coran. C’est bien ça… ?


Ismaël : Ben non, ce n’est pas moi qui le veux, c’est écrit dans le Coran.


Rachid : Écoute Ismaël. Déjà, une femme ne doit obéir à personne. Elle est ton égale et si toi tu veux qu’elle t’obéisse, c’est que t’as un problème, mon vieux.


Ismaël : Oui mais le Coran dit que…


Rachid : Le Coran dit des tas de choses, Ismaël, mais est-ce qu’il les dit directement à toi ou est-ce qu’il a dit ces choses d’abord à un peuple du 7e siècle ?


Ismaël : Ben à moi. Je suis musulman. Le Coran me parle à moi.


Rachid : Donc tu as le droit d’avoir des esclaves…


Ismaël : Quoi ? Mais l’esclavage est interdit. C’est inhumain, Rachid.


Rachid : Oui et pourtant, dans les sociétés tribales de l’Arabie du 7e siècle, on le pratiquait. Et donc à La Mecque et dans toute l’Arabie de l’époque. Les sociétés européennes et les États-Unis d’Amérique n’ont aboli l’esclavage qu’au 19e siècle, en 1848 en France et en 1863 aux États-Unis. Dans les pays musulmans modernes, le dernier à abolir officiellement l’esclavage est la Mauritanie, seulement en 1981…


Ismaël : Mais pourquoi le Coran permettrait un truc inhumain ?

Rachid : Écoute Ismaël, nous ne devons pas aborder le Coran selon nos valeurs et notre vision d’aujourd’hui. Tu sais, les grands textes sacrés sont des voyageurs. Ils traversent les siècles, voire les millénaires. Ils deviennent alors ce que les hommes de chaque époque en font. Une lecture qui se veut historique, comme j’y travaille depuis des années, cherche à savoir ce que les hommes d’une époque ont pensé d’un « texte sacré » en leur temps et en vertu des attentes et des enjeux collectifs qui étaient les leurs. Ce faisant, le lecteur historien ne cherche pas à s’approprier le texte pour lui-même ou à porter sur lui des jugements de valeur. Le Coran est né dans une société, celle de L’Arabie du 7e siècle, et il n’a pas pu changer brusquement le mode de vie de tout un peuple. Quand il a essayé, il s’est heurté très souvent à un mur « anthropologique ».


Ismaël : Un mur ? Quoi, comme à Berlin ? Y’avait « La Mecque ouest » et « La Mecque est » à l’époque ?


Rachid : Non, Ismaël. Imagine que quelqu’un vienne aujourd’hui et essaie d’un seul coup, comme ça, de changer ton mode de vie, la manière dont tu t’habilles, dont tu manges, dont tu te maries…


Ismaël : Et qu’il essaie de m’empêcher de regarder Game of Thrones à la télé ?


Rachid : Par exemple. Tu ferais quoi ?


Ismaël : Ben, je le laisserais pas faire.


Rachid : Donc, il se heurterait à ton refus. Il se heurterait à ce dont je viens de te parler, « un mur anthropologique ». C’est un mur invisible qui est composé de toutes tes habitudes. Si on essaie de les changer, il faut casser ce mur et c’est très compliqué. En fait, pour comprendre le Coran, il faut comprendre trois choses essentielles : le temps du Coran, le lieu du Coran et le groupe humain du Coran. Tu saisis ?


Ismaël : Oui, mais je t’avoue que je suis quand même un peu paumé là…


Rachid : Je pense que tu t’étais déjà perdu avant d’arriver chez


moi. Écoute, l’anthropologie consiste à essayer de comprendre comment vivent au quotidien des gens qui ne sont pas nous, soit des gens du passé, soit des gens d’autres pays aujourd’hui. On a naturellement tendance à penser que chacun vit comme nous nous vivons, pense comme nous nous pensons, comme nous croyons, comme nous imaginons, comme nous avons peur ou nous n’avons pas peur…


Ismaël : Comme si les autres aimaient ce qui nous fait plaisir ou ne nous fait pas plaisir, avaient la même idée de ce qui nous paraît beau ou laid, bien ou mal, de ce que nous aimons manger et ce que nous n’aimons pas.


Rachid : Exactement. Or, si on essaie de regarder les gens de différentes sociétés et de différents pays, les gens du présent et les gens du passé, on s’aperçoit qu’il y a sur tous ces sujets et sur tous ces plans des différences qui peuvent être énormes. Le mur anthropologique, c’est quand, entre deux sociétés, les habitudes, les croyances de chacune de ces sociétés sont incompatibles avec l’autre comme s’il y avait un mur infranchissable entre elles. Quand on étudie l’Histoire, on doit repérer ce qui fait la spécificité de chaque société et quelles sont les différences. Il ne s’agit pas de juger, de dire que c’est bien ou mal mais d’étudier ce qui est spécifique dans chaque société. On ne porte pas sur une autre société ce qu’on appelle un jugement de valeur en comparant ce que nous nous croyons bien pour nous-mêmes avec ce que fait une autre société. On essaie, en Histoire, de comprendre comment vivent, pensent et croient les gens d’une autre société. Quand deux systèmes sociaux, deux sociétés, se rencontrent, par exemple dans les phénomènes d’émigration où les phénomènes violents de conquêtes, comme les guerres, il y a forcément des évolutions et des influences mutuelles dans le mode de vie et les manières de penser et de croire des deux sociétés qui sont alors en contact. On pourrait dire que cela crée un nouveau type de société.


Ismaël : Attends, que je comprenne. En gros, ça veut dire qu’en mélangeant des gens, des sociétés à travers l’émigration comme mon père qui vient en Belgique pour travailler par exemple, ou la guerre, ces mélanges créent quelque chose de nouveau ?


Rachid : Tout à fait. On étudie ces phénomènes évolutifs en disant qu’ils sont interculturels. Mais à chaque fois, pour comprendre les évolutions ou les rejets, on doit définir l’espace qu’on étudie, les gens qu’on étudie et l’époque qu’on étudie. On ne fait pas d’Histoire si on n’a pas ensemble ces trois éléments : le lieu, le temps et les hommes dans une société donnée. En dehors des moments interculturels de contact entre les sociétés qui se sont produits réellement, on ne doit pas mélanger des sociétés qui n’ont pas été réellement en contact. Si on fait cela, on sort de l’Histoire et on invente un monde imaginaire.


Ismaël : Bon, on le fait ce voyage ? !


Rachid : Commençons par le lieu et le temps.


Ismaël : D’accord. On fait comment ?


Rachid : Eh bien tu vas fermer les yeux.


Ismaël : Voilà, c’est fait !


Rachid : Qu’est-ce que tu vois ?


Ismaël : Le dernier épisode de Game of Thrones. Franchement, ça déchire !


Rachid : Concentre-toi un peu plus, Ismaël !


Ismaël : Pardon… je me concentre.


Rachid : Bon. Maintenant tu vois quoi ?


Ismaël : Rien.


Rachid : Parfait. Alors vu qu’il n’y a plus rien pour t’embrouiller, on peut commencer. Imagine… Nous sommes en Arabie au 7e siècle. Dans un endroit reculé, aride, un endroit où il est difficile de survivre compte tenu des conditions climatiques. Pour y faire face, les gens vivent en groupe, en clans et développent entre eux des alliances de protection et de solidarité. Il y fait chaud, et même très chaud en été. Et très froid durant la nuit. Il pleut rarement et parfois pas du tout pendant plusieurs années de suite. Les pâturages sont rares pour les troupeaux de chameaux. A tout instant, les gens peuvent perdre leurs moyens de subsistance et mourir. Alors à présent, que vois-tu ? Ismaël : Je vois le désert. Un désert rocailleux.


Rachid : Très bien. On y arrive. Maintenant, dans ce désert rocailleux, imagine La Mecque.


Ismaël : Avec le Burger King et le Hilton en face ?


Rachid : Non, ça c’est nouveau. Imagine La Mecque du 7e siècle.


Ismaël : D’accord, avec le grand cube noir ou il y a écrit du Coran dessus ?


Rachid : Oui, sauf qu’il n’était pas grand, ni noir et surtout, il n’y avait pas encore de Coran écrit dessus vu que le Coran va seulement arriver maintenant. Imagine un mur à hauteur d’homme et…


Ismaël : Un homme comme toi, de près de deux mètres ?


Rachid : Non, plutôt comme toi.


Ismaël : Un super beau gosse, hyper intelligent et dont toutes les femmes sont folles ?


Rachid : Non, juste un homme d’un mètre soixante-quinze environ…


Ismaël : Ah, d’accord.


Rachid : Un mur en forme de carré dont chaque angle est orienté vers un point cardinal.


Ismaël : OK.


Rachid : La Mecque est à l’époque une petite cité, à l’écart des grandes routes caravanières. Elle ne dispose que d’un puits d’eau, qui existe toujours aujourd’hui. La cité dépend pour nourrir ses habitants de ses relations avec la ville de Taëf, située à 63 km de là, au frais dans les montagnes, ce qui permet les cultures vivrières. La Mecque, elle, est située dans une sorte de creuset géologique qui peut être immergé complètement en raison de pluies soudaines dans cette région sans végétation, sans culture. Il n’y a pas d’électricité, pas d’eau courante bien sûr. L’obscurité est totale la nuit dans cette terre aride…


Ismaël : Et sans GPS…


Rachid : Oui, et sans téléphone non plus.


Ismaël : Ni voiture.


Rachid : Et sans routes goudronnées. Si tu quittes la bonne voie de terre tracée par les tiens, tu te perds et tu risques de mourir, perdu en plein désert. La bonne route c’est celle qui mène au point d’arrivée sans qu’on se soit perdu en route, car dans le désert, qu’arrive-t-il à celui qui sort de la bonne piste ?


Ismaël : Dis-moi ?


Rachid : Eh bien il meurt de soif parce que les puits et les points d’eau se trouvent sur la bonne piste. Ils ne sont pas ailleurs car La piste a été tracée pour aller de point d’eau en point d’eau où les hommes et leurs chameaux peuvent trouver à boire.


Ismaël : Ça y est, je l’imagine. Je ne voudrais pas te décevoir, Rachid, mais c’est pas top comme destination de voyage.


Rachid : C’est pourtant à cet endroit et a cette époque qu’est né Muhammad. L’Arabie du 7e siècle était organisée en un système tribal. Tu appartenais à un clan et tu respectais les règles du clan. Et dans les mœurs du clan, le riche était celui qui avait à suffisance des moyens de subsistance. Des troupeaux de chameaux, par exemple. Son premier impératif, c’était d’avoir de quoi nourrir sa famille. S’il possédait davantage, il devait distribuer a ceux qui étaient dans le besoin. S’il voulait jouer un rôle politique dans cette société, son groupe familial devait être en expansion, c’est-a-dire qu’il devait avoir beaucoup de fils et de troupeaux. Il devait être capable de défendre les siens et de prendre des gens sous sa protection. Les filles, quant à elles, étaient une monnaie d’échange pour les alliances politiques entre tribus. Une femme permettait une alliance avec un autre clan. Les hommes utilisaient leur force pour travailler et protéger le clan.


Ismaël : Donc, en gros, tu vivais dans ton clan, qui lui-même vivait avec d’autres clans. Et ça formait une tribu.


Rachid : Et on concluait des pactes pour ne pas se battre entre clans afin que le groupe survive. Car plus les hommes étaient nombreux dans un clan ou un ensemble de clans, et plus on avait de chance de survivre.


Ismaël : D’accord, j’ai compris pourquoi le Coran dit que les hommes ont autorité sur les femmes. Les hommes travaillaient et protégeaient le clan alors que les femmes non.


Rachid : Mais elles représentaient quand même une richesse parce qu’elles étaient source de procréation et d’alliances.


Ismaël : Et c’est pour ça que je pouvais épouser quatre femmes. Pour devenir plus riche. Enfin, pour l’instant, ça ne règle pas mon problème d’écran plasma et de Netflix


Rachid : Je reviendrai sur cette question d’autorité, mais qui t’a dit que tu pouvais épouser quatre femmes ?


Ismaël : Ben, le Coran. Enfin, c’est connu, quoi. Tu vas pas me  dire…


Rachid : Je pense que tu refais la même erreur. Tu te projettes dans le texte, au lieu de lire et d’analyser le Coran dans sa société. Analysons le verset dont tu parles, le 3 de la sourate 4 : « Et si vous craignez de n’être pas justes envers les orphelins…  Il est permis d’épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule ». Si tu analyses bien le verset, il a surtout pour but de protéger l’orphelin. C’est d’ailleurs le premier terme qui y apparaît. Revenons donc dans notre Arabie du 7e siècle. Le plus important c’était les liens dans le clan. La filiation y était une notion vitale. Etre le « fils de » ou le « père de » était ce qui définissait quelqu’un. Un orphelin, à l’époque, était quelqu’un qui n’avait pas ou plus de père et devait être pris en charge par son clan. Son statut social était très dévalorisé. C’était d’ailleurs le cas de Muhammad et le Coran rappelle souvent son statut d’orphelin pour montrer combien il était déconsidéré par les siens. Dieu s’adresse à Muhammad, au verset 6 de la sourate 93, pour lui dire comment il a rétabli pour lui la situation difficile qui était la sienne en tant qu’orphelin, yatîm, dans un monde ou seule compte la parole des hommes « faits », c’est-a-dire d’un certain âge. Muhammad sera même insulté, comme dans le verset 3 de la sourate 108, ou des adversaires mecquois le traitent de abtar. C’est un mot très vulgaire et très violent qui signifie « châtré », au sens de celui qui est incapable d’avoir des fils. Muhammad n’aura effectivement aucun fils vivant auprès de lui. Seules ses filles lui survivront.


Ismaël : Donc, si je te suis bien, une femme qui avait perdu son mari se retrouvait dans une situation de précarité totale. Et donc le clan devait la prendre en charge, elle et ses enfants, pour ne pas les mettre en danger.


Rachid : Le clan, la tribu étaient le lieu de solidarité et de protection. Le Coran, pour mettre en place une situation de justice sociale, ou confirmer la règle qui existait déjà, et afin que le clan puisse continuer à vivre sans « zizanie », permet alors aux hommes, « dans le but de prendre en charge et d’être plus juste envers les orphelins », d’épouser plusieurs femmes. Cette situation existait probablement avant le Coran. Ainsi, on réintégrait l’enfant et la mère dans un « cercle de protection ». Dans la Bible, si une femme perdait son mari et n’avait pas d’enfant, elle était mariée au frère de son mari décédé. Mais aujourd’hui, Ismaël, si une femme perd son mari, que se passe-t-il ? Bien entendu, c’est une situation horrible et douloureuse mais au niveau de la société, est-ce que nous sommes encore régis par des règles tribales ? Est-ce qu’elle est encore en danger par rapport aux clans ?


Ismaël : Ben non…


Rachid : Parce que nous sommes régis par de nouvelles « lois sociales ». Une femme travaille, peut subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Si elle est cependant en difficulté, l’État lui vient en aide et elle n’est pas dans la même situation de danger que celle dans laquelle elle se serait trouvée dans l’Arabie du 7e siècle. La situation de la femme doit donc être comprise comme étant liée aux conditions de vie de l’époque. Il n’y a pas de raison d’en faire un modèle intangible alors que les conditions de vie ont changé et que nous ne sommes plus du tout dans la même société ni dans les mêmes conditions sociales et économiques. Nous n’évoluons plus dans une société tribale où il était difficile de survivre sans protection du clan. Où il n’y avait ni État, ni police, ni tribunaux, ni armée. Le Coran moralise, insuffle plus de justice dans la société ou il se manifeste. Il appelle à protéger les faibles. Et il le fait constamment, mais sans pouvoir imposer des changements importants en raison du mur anthropologique dont je t’ai déjà parlé. C’est le cas en ce qui concerne l’esclavage qui existait dans cette société et que le Coran ne peut abolir complètement. Le Coran ne vient pas pour inventer des règles nouvelles mais pour que celles qui existent dans sa société soient appliquées avec justice et de manière raisonnable. Il exhorte, il recommande, mais il ne peut imposer. La société ne l’aurait pas permis. Il faut donc considérer le Coran comme un point de départ, pas d’arrivée. Il invite à une perspective nouvelle. Il n’abolit pas l’esclavage car l’économie locale reposait en partie sur lui mais il promeut la libération d’esclaves et indique ainsi une direction à suivre vers plus de justice.


Ismaël : Et pour l’autorité sur les femmes, Netflix, l’écran plasma, tout ça ?


Rachid : Pour ce qui est des femmes, leur position sociale et leur rôle sont déterminés par la fonction qu’elles occupent dans la société de Muhammad. La femme et ses enfants sont pris en charge par le chef de famille. Les femmes n’ont pas de rôle économique autonome, même si la tradition musulmane nous dit que la première femme de Muhammad, Khadija dirigeait un commerce caravanier. Là encore, le Coran ne peut bousculer les règles car la société ne l’aurait pas acceptée. Il ne change pas le statut de la femme, pas plus qu’aucun autre statut existant.


Ismaël : La société n’était pas prête ?


Rachid : C’est ça. Il faut que tu comprennes que le Coran reprend le partage des rôles qui existait dans la société tribale. Les hommes avaient à l’époque plus de responsabilités car, dit le Coran, Dieu leur avait donné la capacité de protéger leur famille. Ce sont eux qui géraient les biens et qui pouvaient les accroître. Ils avaient donc un devoir impératif d’entretien de leur famille. Dans cette société les femmes étaient prises en charge. C’est ce que dit le verset 228 de la sourate 2 :


(… ) Les hommes ont prééminence sur les femmes (du fait des responsabilités sociales et collectives qu’ils doivent assumer) Il ne s’agit pas de physiologie, comme on le pense très souvent. Les hommes sont décrits comme ayant davantage de responsabilités. Ils sont chargés de veiller à la protection et à l’entretien de leurs épouses et de leurs enfants. Autrement dit, leur prééminence tient aux responsabilités qui étaient les leurs dans les sociétés tribales de l’époque. Le Coran se calque sur les conditions de vie des tribus a son époque. Il s’agit d’une anthropologie marquée par son temps. Ce qui est frappant, c’est que le Coran respecte les règles de la société de son époque. C’est donc un contresens de mettre le Coran dans son esprit en contradiction avec les règles de fonctionnement d’autres sociétés et d’autres époques car le Coran s’inscrivait pleinement dans la maslaha (ce qui était bon), pour le fonctionnement harmonieux de la société de son époque. Le Coran ne faisait pas d’anachronisme au nom d’une « règle divine » qui aurait été étrangère à sa société et qui n’aurait donc été comprise par personne. J’insiste, le Coran n’est pas révolutionnaire sur ce point. Je ne suis en rien imam mais l’erreur consiste probablement à confondre ce modèle anthropologique, dont le Coran tient compte, avec une volonté supposée de Dieu de pérenniser ce modèle pour l’éternité. Rien de tel n’est dit dans le Coran.


Ismaël : Rien ne dit le contraire non plus.


Rachid : Effectivement. Autant c’est suffisamment clair pour l’esclavage, autant pour les femmes…  Mais c’est pourtant le sens de l’Histoire. Et la réalité objective de nos sociétés d’aujourd’hui qui ont fait table rase des conditions particulières de l’Arabie du 7e siècle. Le modèle anthropologique ayant disparu, tout ce qui lui était intimement lié peut-il survivre ? Ce que les croyants peuvent garder, ce sont les valeurs humaines comme la justice, la solidarité, le respect de la parole donnée, pour les adapter à la société dans laquelle on vit au présent. Et même si un certain nombre de versets du Coran traduisent la réalité de la société de l’époque, il n’en reste pas moins que, comme pour l’esclavage, d’autres mentionnent clairement des éléments vers plus d’égalité, plus de justice.


Ismaël : C’est pas gagné pour mon écran plasma…


Rachid : Ça tourne à l’obsession chez toi.


Ismaël : L’erreur consiste donc à faire du modèle arabe du 7e siècle un modèle éternel. De faire comme si l’histoire que raconte le Coran se passait aujourd’hui alors qu’elle se passe au 7e siècle ?


Rachid : Effectivement, ça ne semble avoir aucun sens du point de vue historique.


Ismaël : Attends deux secondes, et le verset qu’on nous renvoie toujours dans la figure, le verset 34 de la sourate 4, je crois…


Rachid : Oui, c’est bien celui-là, sur la possibilité de frapper son épouse : « …Les hommes ont en charge les femmes (pour les nourrir et leur donner des moyens d’existence puisqu’elles ne sont pas dans la société d’origine des acteurs économiques  ce n’est pas le sens de domination) en ce que Dieu a donné faveur aux uns sur les autres (le fadl, ce sont encore les moyens d’existence, la richesse  donc celui qui est en possession de moyens doit prendre en charge ceux de son groupe de parenté qui n’ont pas été dotés de ces moyens : femmes, enfants orphelins  mais on peut penser aussi a la capacité qu’ont les hommes de protéger y compris par les armes  dans la société d’origine les femmes ne combattent pas donc n’ont pas cette capacité  le but étant toujours évidemment la survie du groupe) et en ce dont ils font dépense de leurs biens (pour l’entretien de leurs femmes et enfants) les femmes vertueuses (sâlihât, de bonne conduite selon les règles de l’époque), dévotes, qânitât (envers Allah, 2, 238), préservent ce qui doit être caché et ce qu’Allah a préservé (crainte de la généalogie brouillée en cas d’adultère  on doit être fils de son père) quant à celles dont vous craignez l’indocilité (nushuz, pour le femme pour le mari c’est la colère injustifiée 4, 128), admonestez-les, ne partagez plus leur couche, corrigez-les ! Mais si elles se montrent à nouveau dociles, n’agissez pas contre elles injustement (baghâ c’est dépasser les bornes) Allah est très haut et grand. »


Il est indispensable de mettre le passage en perspective de sa société et de le rapporter aux mœurs, traditions, habitudes qui régissaient les comportements de l’époque au sein de la famille. Que veut dire frapper une épouse dans cette société en fonction des mœurs de l’époque ? Il faut éviter de porter d’emblée un jugement de valeur de s’impliquer ou de s’indigner. Il faut d’abord essayer de comprendre quelle situation cherche à être décrite par ce passage sans se focaliser sur le fait de frapper en oubliant le reste dont dépendra évidemment la compréhension. Il faut examiner avec attention l’ensemble du verset. Le maître mot de la séquence 4, 34 n’est pas le fait de corriger, darb, mais bien la notion de qawâm, ce qui est juste et droit (que l’on retrouve dans qawwâmun). C’est le fait que dans cette société les hommes ont des responsabilités plus grandes que celles des femmes qui sont socialement prises en charge. Pour que cette société fonctionne bien, on cherche à éviter ou à limiter les conflits y compris ceux qui peuvent surgir au sein des familles. On cherche donc toujours une solution. Dans un contexte de pragmatisme, il y a toujours une porte de sortie et une possibilité de conciliation. Sinon on va vers une rupture à l’amiable. L’obsession est d’éviter un conflit majeur entre les clans pour une cause mineure comme une querelle conjugale. Quant aux voies de fait contre les épouses, elles ne pouvaient aller bien loin car le clan de parenté de la femme serait intervenu. Il ne pouvait y avoir maltraitance sans que cela ne conduise à des conséquences fâcheuses entre les clans. Dans ce cas, l’épouse se réfugiait dans le clan de son père. Une situation invivable entre les époux ne durait pas car ce n’était dans l’intérêt de personne. Il y avait séparation et négociation entre les deux clans. On était dans une société où l’on cherchait à éviter les conflits et à régler les situations délicates par des conciliations.


Ismaël : Et pour l’héritage, c’est pareil ?


Rachid : La encore, nous manquons d’éléments directs sur cette question avant l’avènement de l’islam. Mais on peut émettre l’hypothèse que ce n’est pas le Coran qui introduit les règles de l’héritage concernant les femmes. Ces règles existaient certainement avant lui. Il demande simplement qu’elles soient respectées. Mais dans la société de l’époque. Pas pour l’éternité.


Ismaël : Comment on le sait ?


Rachid : Le système social des tribus a été la référence quasiment jusqu’au milieu du 10e siècle en Arabie. Je te le redis, on vivait dans une économie de pénurie, très fragile et soumise à des contraintes climatiques imprévisibles. La pluie ou son absence, les phénomènes volcaniques destructeurs, les vents ou les orages d’une violence terrible faisaient peser sur la société le risque de famine. L’Arabie n’était pas une terre d’invasion comme le Proche et le Moyen-Orient mais une terre ou les contraintes naturelles conditionnaient le mode de vie. Beaucoup de choses changent seulement aujourd’hui, avec l’enrichissement, grâce au pétrole. Mais les règles sociales ont aujourd’hui encore du mal à s’adapter à la nouvelle société, notamment en Arabie Saoudite. L’idéologie qu’on y développe enferme le Coran dans le 7e siècle, en faisant croire qu’il a donné des règles divines intangibles à toute société humaine.


Ismaël : Alors que le Coran ne fait que prendre en compte les règles de la société du lieu et du temps où il se révèle.


Rachid : Le Coran s’empare en l’occurrence des règles coutumières locales comme il le fait des autres fonctions sociales qu’il place sous son patronage. Le Coran n’est en aucune façon innovateur, il s’inscrit à la suite de la coutume ancestrale établie. Il n’en faudra pas plus dans les contextes sociaux postérieurs et familiers des situations de contrainte sociale pour que la prescription utile de l’origine passe pour une obligation divine.


Ismaël : Et aussi la situation économique qui était directement générée par les conditions climatiques.


Rachid : Tu deviens bon, toi. Tiens, t’as droit à un sucre.


Ismaël : Tu te fous de moi ? C’est pas un sucre que je veux mais un écran dans ma chambre !


Rachid : Non, sérieux, tu progresses a pas de géant. C’est pas difficile au fond. Si tu t’intéresses vraiment à la religion musulmane, tu ne peux pas te contenter de répéter ce qu’untel t’a dit parce qu’untel lui avait dit qui, le tenait lui-même d’untel. Ni de lire des ouvrages qui te prémâchent la compréhension des choses, et t’enferment dans l’imaginaire de leur auteur et ses limites. Tu dois te transformer toi-même en chercheur. Et donc essayer de te replonger dans l’époque, de sentir l’ambiance, les enjeux… Sinon, tu comprends tout de travers, en projetant en permanence ton propre vécu et ton propre imaginaire. Pour ne pas dire tes propres fantasmes.


Ismaël : Un vrai jeu de rôle…


Rachid : Si tu veux. Enfin, le résultat c’est que pour l’islam des premiers temps, la principale source arabe est le Coran. En d’autres termes, une parole qawl mise par écrit a posteriori et dont on sait qu’elle n’a pas fait l’unanimité.


Ismaël : Le Coran qu’on a aujourd’hui, c’est bien celui qui a été révélé ?


Rachid : Oh, ça, c’est une tout autre histoire. On développera ce sujet une autre fois, si tu le veux bien, même si c’est un sujet fondamental. Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est que le Coran, avant d’être un texte, a été une parole. Il y’a un décalage entre la parole en situation et l’écrit. La parole est vivante, face à des interlocuteurs qui peuvent acquiescer ou contester et l’écrit qui est muet. Tu dois être conscient de l’historicité du texte que tu lis, et ta propre historicité. C’est à dire ton présent. La Parole coranique avant de devenir une parole musulmane a cristallisé des croyances, des idées, des manières de vivres, des mentalités propres à la société du 7e siècle. Il faut que tu arrives à reconstituer cette société. Et tu vas te rendre compte que le Coran véhicule une mémoire des arabes du 7e siècle. Autrement dit, il faut que tu lises le Coran au prisme de la société qui est derrière le texte.


Ismaël : On s’est un peu éloignés du sujet de l’héritage la…


Rachid : C’est vrai. Moi-même je sais plus où on en était. Enfin, en résumé, dans cette société, il y avait une répartition des rôles entre les sexes. Les femmes étaient prises en charge par les hommes   qui avaient le devoir de les entretenir correctement. Leur rôle était de procréer car la hantise des clans était de ne pas avoir assez d’hommes pour assumer les tâches de subsistance et de défense du groupe. L’idéal féminin de l’époque était de donner naissance à un maximum de fils pour garantir l’avenir du clan. C’est dans cette perspective sociale, subordonnée aux conditions objectives de l’époque, qu’il faut comprendre les passages sur les femmes dans le Coran, entre autres ceux concernant l’héritage. Ça veut dire que ce n’est pas transposable dans des sociétés où les populations ne vivent plus dans les conditions des tribus d’Arabie au 7e siècle et où les femmes ont comme les hommes un rôle économique en dehors de la famille et une opportunité d’autonomie pleine et entière.


Ismaël : Ça m’a l’air limpide. D’autant que tu as dû me répéter au moins dix fois la même chose pour que ça me rentre dans le ciboulot. Toi aussi, t’as droit à un sucre…


Rachid : Merci bien. Bon, concrètement, en ce qui concerne ton fantasme d’autorité que tu voudrais avoir sur ta femme aujourd’hui, au droit que tu aurais d’en épouser plusieurs voire même d’être violent à leur égard, tu en penses quoi maintenant qu’on a voyagé dans le « temps du Coran » ?


Ismaël : Que ce n’est pas de moi, ni de mon époque que parle le Coran quand il dit ça…


Rachid : Ce qui n’enlève rien à sa richesse et à son intérêt pour nous.


Ismaël : Rachid ?


Rachid : Oui ?


Ismaël : Je crois que je me suis mis dans de beaux draps. Qu’est-ce que je vais dire à ma femme ?


Rachid : Des excuses, ça n’est pas humiliant…


Ismaël : Tu as raison.


Rachid : Et pour ton écran plasma ?


Ismaël : Pfuuu… Je vais en rêver ce soir en dormant dans le salon…


«  Finalement il y a quoi dans le Coran ? » Editions la Boite à Pandore. De Rachid Benzine et Ismael Saidi, 8 juin 2017

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