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#Parution
12.05.2016 à 09 H 58 • Mis à jour le 18.05.2016 à 19 H 31
Par

Ignacio Cembrero explore l’Espagne musulmane

BONNES FEUILLES. Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, ancien correspondant d'El País au Maghreb, publie La España de Alá, une enquête fouillée sur l'islam d'Espagne. Il livre un état des lieux précis et documenté, des difficultés de la coexistence aux luttes intestines du clergé musulman, en passant par les ambitions du Maroc sur sa communauté émigrée.

« Treize siècles après le début de la conquête de la péninsule ibérique, plus de cinq siècles après la fin de la Reconquista, les musulmans sont de retour » écrit Ignacio Cembrero. Dans un pays gouverné quatre décennies durant par le pouvoir autoritaire du général Franco avec le soutien permanent de l’épiscopat catholique, la question du religieux et de ses relations avec les différents aspects de la vie civile continue à être posée. L’adaptation des institutions et des mentalités à une immigration récente –  mais dont la provenance fait resurgir les soubresauts d’une histoire riche et conflictuelle –  représente un défi historique pour la société espagnole.


Dresser le tableau d’une Espagne qui compose, avec plus ou moins de bonheur, avec ses 1,9 millions de musulmans : voilà le défi que se propose de relever Cembrero dans son dernier ouvrage intitulé La España de Alá, paru le 12 avril 2016 aux éditions La Esfera de los libros.


Correspondant pendant de nombreuses années au Maghreb du journal El País, c’est avec bruit que le journaliste expérimenté a claqué la porte du quotidien espagnol au sein duquel il exerçait depuis 1979. En septembre 2013, il relaie sur son blog une vidéo d’AQMI qui critique le régime de Mohammed VI. Le Maroc porte plainte contre lui devant la justice espagnole pour apologie du terrorisme. Tandis que le fondateur de Lakome, Ali Anouzla, est malmené pour avoir lui aussi partagé la vidéo, El País somme Cembrero de quitter son poste de correspondant, dans ce qui ressemble à s’y méprendre à une mutation hautement politique.


De retour à Madrid, c’est une enquête au long cours que le journaliste a mené auprès de ceux qui font et vivent l’islam en Espagne. Avec une conclusion singulière : celle d’un pays relativement épargné par les tourments qui frappent le voisin français, tant au niveau de la menace terroriste que du climat délétère dans lequel évoluent les musulmans de l’Hexagone. Le caractère récent de la vague d’immigration musulmane en Espagne et l’omniprésence des forces de sécurité constituent pour Cembrero deux facteurs explicatifs de poids.


Bien documenté, accompagné d’une carte confidentielle des foyers de radicalisation établie par le Ministère de l’Intérieur espagnol, l’ouvrage s’attache à mettre en lumière de nombreux aspects liés à l’Islam en Espagne, tels que les ressentis de celles et ceux qui le pratiquent, les luttes de chapelles au sein de ses représentations institutionnelles, le profil des candidats au djihad ou encore le faible niveau d’islamophobie dans le pays et ses causes. Mais les sujets qu’évoque Cembrero dépassent le cadre national : il explique ainsi les singularités de l’Islam en Catalogne, le cas du nationalisme catalan comme facteur d’intégration pour certains musulmans, dévoile la relation fluctuante qu’entretiennent les services secrets espagnol et marocain, ou s’attache encore à décrire la bataille d’influence que se livrent Saoudiens et Iraniens en terre ibérique, à travers leurs chaînes de télévision respectives.

EXTRAIT I

Musulmans et espagnols,
un enjeu historique

Dans La España de Alá, Ignacio Cembrero tente de cerner les singularités de l'islam d'Espagne et de ses 1,9 millions de pratiquants. MANU FERNANDEZ / AP


guillemetPour contribuer à la naissance de cet islam européen, les pouvoirs publics doivent, au moins durant quelque temps, mettre de côté leur laïcité et intervenir comme une boussole dans les affaires ecclésiastiques. […] C’est là une tâche commune dans laquelle les intellectuels et les islamologues doivent également, de leur côté, réfléchir à la manière de moderniser une religion qui, dans les dernières décennies, avance à contre-courant de ses origines d’il y a treize siècles.


L’Espagne a, pour l’instant, l’avantage dans cette immense partie. Son immigration, mineure, en proportion, par rapport aux autres pays européens, est tout à fait récente. La seconde génération, constituée des fils d’immigrés, n’est que peu nombreuse, et la troisième n’existe quasiment pas. C’est peut-être grâce à cela –  et également grâce à la pression constante des forces de sécurité –  que le nombre de jeunes qui ont quitté l’Espagne pour s’enrôler en Syrie ou en Irak est faible comparé à celui de nos voisins du Nord des Pyrénées. En outre, aucun attentat ne s’est produit depuis celui du 11-M, en 2004, et la grande majorité des cellules démantelées n’en avait pas planifié un. Elles se contentaient de recruter des candidats au djihad. Bien qu’il soit en augmentation, le niveau d’islamophobie reste faible dans la société espagnole, et les partis politiques ultramontains, obstinés à essayer de mettre des bâtons dans les roues des immigrés musulmans, voire même à les déporter, sont très marginaux. Enfin, le cadre juridique étatique dans lequel évoluent les musulmans depuis 1992 est vaste et fonctionnel, bien qu’il ne s’applique pas toujours. […]


Bien qu’en Espagne la gauche aspire à poursuivre l’édification d’un État laïque qui a commencé à la fin des années 70 avec l’arrivée de la démocratie, le laïcisime commence à être questionné dans certains pays européens dans lesquels il est en vigueur, parfois depuis plus d’un siècle. Zoila Combalia, professeure de droit ecclésiastique à l’Université de Saragosse, met en garde, dans ses articles académiques, du « danger d’une laïcité répressive qui rendra difficile l’intégration de l’islam dans les sociétés européennes ». Elle s’étonne ainsi que « certains proposent en Espagne une laïcité inspirée du modèle français, quand la France est en train de l’abandonner parce qu’il ne fonctionne pas ». […]


Le poids démographique des musulmans augmentera inévitablement dans les prochaines années en Espagne et en Europe. Treize siècles après le début de la conquête de la péninsule ibérique –  qui a donné, avec Al-Andalus, l’époque de plus grande splendeur de l’islam –  , plus de cinq siècles après la fin de la Reconquista, les musulmans sont de retour. Il vaut mieux que leur incorporation à la société espagnole – l’intégration est un rêve lointain – se déroule dans les prochaines années sans trop de heurts.

EXTRAIT II

Al Adl Wal Ihsane dans le viseur des services espagnols

Félix Sanz Roldán, directeur du Centro Nacional de Inteligencia. Selon Cembrero, les services secrets espagnols ont de Justice et Spiritualité une description éloignée de la réalité. AFP


guillemetAvoir résidé une décennie en Espagne n’est cependant pas toujours suffisant pour obtenir le DNI (le titre de nationalité espagnole, ndlr). Bahhane Kaddouri a raconté son malheur dans une lettre ouverte publiée dans le journal L’Opinion de Murcia en août 2015. Le Tribunal Suprême venait de lui refuser la nationalité. […] « Que faut-il de plus pour être intégré ? » se demandait-il avec colère. Cet immigré est membre de l’Organisation nationale pour le dialogue et la participation, considérée comme la branche espagnole du mouvement islamiste marocain Justice et Spiritualité.


Le rapport remis au tribunal par le CNI signalait que le requérant appartenait à cette organisation islamiste, « dont l’objectif fondamental est l’instauration au Maroc d’un régime islamique ». « L’expansion de son message dans la communauté musulmane fait encourir un risque de radicalisation à cette même communauté et rend difficile l’intégration des musulmans », ajoutait le rapport.


Celle-ci et plusieurs autres décisions de rejet posent un double problème. Le premier est que Kaddouri et nombre d’autres immigrés sont membres d’associations légales, dont certaines sont parfois subventionnées par les pouvoirs publics. Il n’est pas raisonnable de reprocher à quelqu’un d’être membre d’une organisation légale. Le second concerne plutôt le fond. Le CNI et le Commissariat Général d’Information ont de Justice et Spiritualité une description éloignée de la réalité. Il s’agit d’un mouvement islamiste anti-monarchie et pacifique au Maroc, avec une forte composante mystique et peu de relations avec les salafistes, qui a fait barrage contre la violence qui cherche à se justifier en évoquant la religion.


Si le Maroc est aujourd’hui le pays d’Afrique du Nord le moins touché par le terrorisme, c’est pour trois raisons : la légitimité de sa monarchie, comparée aux républiques de la région  l’efficacité de ses forces de sécurité, bien qu’elles utilisent parfois des méthodes qui font polémique  et l’attrait que suscite Justice et Spiritualité parmi les jeunes révoltés qui ainsi ne tombent pas dans le djihad. Les rapports négatifs des services secrets espagnols ou de la police sur les sympathisants de Justice et Spiritualité répondent bien plus au désir de faire une faveur au Maroc, dont les forces policières collaborent étroitement avec les nôtres, qu’à des raisons de sécurité.

EXTRAIT III

Qui sont les djihadistes espagnols ?

Sur les 120 détenus pour djihadisme en Espagne entre 2013 et septembre 2015, on compte 45% d'espagnols - un chiffre en augmentation - et 37,5% de marocains. BLASCO AVELLANEDA / AFP


guillemetQui sont ceux qui, en Espagne, s’assoient sur le banc des accusés afin d’être jugés pour terrorisme ou sont en prison préventive en attente de jugement ? Les profils ont considérablement évolué depuis le 11-M. La principale nouveauté est l’augmentation de la proportion d’espagnols (45 %), selon une étude effectuée par Reinares et Carola Garcia-Calvo […] sur les 120 détenus entre 2013 et le 15 novembre 2015. Les espagnols ont devancé les marocains (37,5 % des détenus) qui, cependant, sont sept fois plus nombreux que les tunisiens, le troisième groupe national. 75,8 % des détenus sont nés à Ceuta et Melilla. Suivent Barcelone et Madrid. En ce qui concerne les étrangers emprisonnés en Espagne, 40 % sont originaires du Nord du Maroc (Tanger-Tétouan-Al Hoceimas).


La deuxième grande nouveauté est l’apparition des femmes – 15,8 % des détenus – dont l’âge oscille majoritairement entre les quinze et les vingt-neuf ans. Cela coïncide avec les 60,9 % de moins de trente ans parmi les hommes détenus. […]


La troisième grande découverte de l’Institut Royal d’Elcano est l’irruption des convertis à l’islam – espagnols et immigrés latinos -, qui constituent 14,5 % des candidats au djihad mais qui sont chaque année sont de plus en plus nombreux, surtout en Catalogne. […]


Plus qu’une religion, l’islam est aussi pour certains jeunes convertis une idéologie anti-globalisation, anti-impérialiste, et il suscite pour cela des vocations dans un monde dans lequel les doctrines d’extrême gauche sont en berne.


Le travail de Reinares met en outre à terre, avant même que les attentats de Paris ne la démentent strictement, la théorie des « loups solitaires », évoquée tant de fois par le ministre de l’Intérieur jusqu’à l’automne 2015. […]L’étude signale au contraire que 90,4 % des détenus en Espagne agissaient en compagnie d’autres personnes.

EXTRAIT IV

Le Maroc,
ses musulmans d’Espagne
et ses djihadistes

Cembrero ne partage pas les vues d'Abdelhak Khiame, le patron du BCIJ, sur la contribution du Maroc à la modération des musulmans d'Espagne. Il relève cependant le soutien conséquent du renseignement marocain au contre-terrorisme espagnol. ABDELJALIL BOUNHAR / AP


guillemetLe Maroc s’adjuge manifestement le mérite de la modération des musulmans d’Espagne. Abdelhak Khiame, le directeur du BCIJ, l’attribue à deux raisons dans une interview avec l’agence de presse EFE en janvier 2016. D’un côté, les marocains d’Espagne entretiennent un contact plus que régulier avec leur pays d’origine, dans lequel ils voyagent « plusieurs fois par an ». Ces liens les apaisent. D’un autre côté, le travail des religieux marocains en Espagne contribue également à la modération des communautés musulmanes.


Aucun de ses arguments ne tient debout. L’effet modérateur de l’islam malékite n’a pas fonctionné dans le cas des 1500 à 2000 marocains qui depuis 2013 ont rejoint les groupes djihadistes. Pourquoi devrait-il fonctionner avec les musulmans d’Espagne ? En outre, c’est à Ceuta et Melilla qu’il y a le plus d’imams envoyés et payés par le Maroc et c’est également là-bas que, proportionnellement, ont surgi le plus de candidats au djihad.


L’immunité de l’Espagne contre l’épidémie terroriste a aussi une autre cause : l’effort ingénieux de l’Intérieur et de toutes les forces de sécurité, dont les polices régionales. Quand s’est produit le 11-M, la police a du demander rapidement des interprètes arabophones. Aujourd’hui, les effectifs de la Police Nationale et de la Guardia Civil dédiées à la traque des djihadistes atteignent 1800 individus, selon Fernandez Diaz, dont beaucoup d’entre eux proviennent de la lutte contre ETA, a laquelle sont consacrés très peu de ressources aujourd’hui. A ce chiffre, il faut ajouter ceux du CNI, des Mossos et de la Ertzainza (les polices régionales catalane et basque, ndlr) […] Ainsi, « 80 % des opérations qui s’effectuent en Espagne se font, en majeure ou en petite partie, avec des informations fournies par la DGST », la police secrète marocaine, signale un membre du CITCO (organisme de coordination de la lutte antiterroriste ) ndlr. […] « Il nous manque seulement les mots de passe de leurs ordinateurs », ai-je entendu plaisanter des policiers espagnols, décrivant des collègues marocains serviables au point de leur fournir des informations pratiquement en temps réel.

ENTRETIEN

Ignacio Cembrero :
« L’intégration est un rêve lointain »


Ignacio Cembrero. La España de Alá, Ed. la Esfera de los libros, 400 p. 12 avril 2016. 8,99 €.
Bio Express
1954
Naissance à Madrid.
1976
Diplômé de Sciences Po Paris. Se forme au Centre de Formation des Journalistes.
1979
Rejoint le quotidien espagnol El País.
1982-1996
Correspondant à Beyrouth puis à Bruxelles à partir de 1986.
1996-2000
Coordonne le programme Démocratie pour la Méditerranée de la Commission européenne.
2000
Chargé de couvrir la région Maghreb pour El País.
2006
Publie Voisins lointains –  les secrets de la crise entre l’Espagne et le Maroc, Ed. Galaxia Gutenberg.
Avril 2014
Démissionne de son poste à El País après avoir refusé une mutation motivée par des pressions émanant du gouvernement marocain. Il rejoint alors le concurrent El Mundo.
Septembre 2015
La justice espagnole classe définitivement sans suite la plainte déposée par le Maroc pour apologie du terrorisme, après qu’il ait partagé sur son blog en 2013 une vidéo d’AQMI critique envers la monarchie.
Avril 2016
Publie La España de Alá, Ed. La Esfera de los libros.

Au début de votre ouvrage, vous affirmez que « l’intégration est un rêve lointain » pour les musulmans d’Espagne. Selon vous, c’est à leur « incorporation » dans la société espagnole qu’il faut travailler. Quelle est la raison de cette mise au point sémantique ?

L’intégration est un rêve lointain en Espagne et dans bon nombre de pays européens. L’intégration, c’est à double sens : c’est-à-dire qu’il faut à la fois qu’ils se sentent pleinement espagnols et que la société espagnole les perçoive comme tels, même s’ils vont à la mosquée et font Ramadan. L’idée d’  « incorporation » est plus soft, c’est un premier pas, c’est la participation à la vie civile, économique et politique du pays par les immigrés. C’est à travers la participation et l’éducation qu’ils se sentiront un jour espagnols.


Dans votre livre, vous révélez le cas d’un consulat marocain en Espagne noyauté à la fois par la DGED et le CNI. Mais vous évoquez également les nombreux renseignements fournis par les marocains à leurs homologues espagnols dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Finalement, les sécuritaires de part et d’autre de la Méditerranée sont-ils concurrents ou partenaires ?

Les deux à la fois, mais aujourd’hui plus partenaires que concurrents car la menace est importante. Il n’y a pas un service, une police, en Afrique du Nord, qui ne collabore autant avec les européens que les marocains, notamment en matière de lutte antiterroriste. Les français en savent quelque chose : à partir de février 2014, ils ont été privés pendant dix mois d’informations ramassées par les moukhabarates du Maroc. Les espagnols sont contents de cette collaboration mais, en même temps, une certaine méfiance subsiste. Ils cherchent à savoir ce que traquent leurs homologues marocains sur le sol espagnol. Ils ne veulent pas se faire devancer dans leurs enquêtes par les marocains  ils ne veulent pas non plus que les services marocains puissent faire pression sur les sympathisants du Polisario –  nombreux dans la péninsule ibérique –  ou intervenir trop ouvertement dans les querelles entre courants religieux musulmans. Ici, Justice et Spiritualité avance ses pions petit à petit mais ceux qui sont sensibles aux conseils du Makhzen sont loin d’être anéantis, notamment en Catalogne.


Vous décrivez également la lutte d’influence que se livrent en Espagne Iraniens et Saoudiens à travers leurs chaînes de télévision respectives. Cette guerre médiatique est-elle religieuse ou géopolitique ? Qui a la main sur la bataille espagnole ?

Plutôt géopolitique, même si elle revêt des apparences religieuses. L’Iran chiite cherche à se frayer un chemin dans le monde hispanique et il le fait souvent en alliance avec des régimes comme ceux du Venezuela, de l’Équateur ou de la Bolivie. Hispan TV, la télévision publique iranienne en espagnol, est un de leurs instruments. Elle est à peine religieuse mais elle est en revanche antiaméricaine, anti impérialiste, gauchiste à certains égards…  Une fondation chiite, cette fois irakienne (Fondation Alulbeyt), a aussi acheté une école à Madrid pour y organiser toutes sortes d’activités culturelles, à commencer par l’enseignement de l’arabe aux enfants marocains. Avec sa télé en espagnol (Córdoba Televisión Internacional), où travaillent bon nombre de marocains, l’Arabie Saoudite essaye de contrer cette poussée chiite en conseillant, par exemple, aux marocains de ne pas envoyer leurs enfants chez les déviants. La télé saoudienne est presque à cent pour cent religieuse, mais pas forcément wahhabite. Elle est conservatrice et son audience est confidentielle.


La carte confidentielle des foyers de radicalisation établie par le Ministère de l’Intérieur que vous reproduisez dans votre livre inquiète-elle les sécuritaires espagnols ? Dans quelle mesure le risque djihadiste et les fantasmes qu’il engendre se répercutent-ils sur le climat politique en Espagne ?

L’Espagne est un havre de pays si on la compare à la France, à la Belgique ou aux Pays-Bas. Cette carte des foyers de radicalisation n’est pas vraiment inquiétante comparée à celles qui sont élaborées par les polices des pays au nord des Pyrénées. Il n’y a d’ailleurs pas eu un seul attentat, une seule attaque d’inspiration religieuse musulmane depuis que les trains de banlieue ont sauté en 2004, faisant 192 morts (l’attentat du 11 mai 2004 à Madrid, ndlr). Le Ministère de l’Intérieur espagnol est, à mes yeux, un peu alarmiste quand il évoque le danger djihadiste. Mais malgré son insistance, et la multiplication des opérations anti-terroristes, cela n’a pas beaucoup de conséquences sur le climat politique. Rien à voir avec les conséquences qu’engendraient dans le temps les menaces ou les attentats de l’organisation terroriste basque, ETA.


L’islamité est-elle un facteur explicatif du vote des espagnols musulmans, en dehors de la Catalogne ? Le critère religieux aura-t-il son importance dans les prochaines législatives convoquées en juin par le roi Felipe VI ?

Non, pas du tout. Dans leur grande majorité, les immigrés qui ont acquis la nationalité s’abstiennent. Ils ne se sentent malheureusement pas concernés. À Ceuta et Melilla, il y a des partis à dominante musulmane, mais ils ne font pas le plein des voix des musulmans. C’est pour cela qu’ils sont minoritaires dans les assemblées locales.

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