Le rapport publié le 25 mars par l'Agence nationale française de sécurité sanitaire (ANSES) est sans ambiguïté sur un point : la population française est surexposée au cadmium. Les chiffres sont nets. Près de 47,6 % des adultes français dépassent les valeurs toxicologiques de référence. L'imprégnation a significativement augmenté entre 2006-2007 et 2014-2016. Les niveaux français sont trois à quatre fois supérieurs à ceux observés chez les voisins européens.
L'agence recommande d'agir « dès que possible » en abaissant le seuil de cadmium dans les engrais minéraux phosphatés à 20 mg/kg de P₂O₅, contre 90 mg/kg actuellement en France et 60 mg/kg dans le reste de l'UE. Elle préconise aussi une évolution des pratiques agricoles, une révision de l'étiquetage, et, à moyen terme, une baisse des teneurs maximales dans les aliments eux-mêmes.
Jusque-là, Benoît Biteau, député écologiste de Charente-Maritime, porteur d’un projet de loi visant à l’interdiction d’importer des engrais phosphatés contenant toute trace de cadmium et l'ANSES semblent marcher du même pas. Mais c'est dans l'usage que le député fait de ce rapport que se révèlent les intentions politiques cachés de la démarche.
Des chiffres qui méritent d'être lus avec précision
Biteau affirme que « 75 % du cadmium présent dans les sols agricoles provient des engrais phosphatés ». Ce chiffre n'est pas inventé : un chercheur de l'INRAE, Thibault Sterckeman, estime que les engrais phosphatés sont à l'origine de « 60 % à 75 % des entrées de cadmium dans les sols ». L'INRAE elle-même retient une fourchette de « 50 à 70 % ». Biteau se place donc au plafond de l'estimation scientifique, mais il reste dans l'intervalle.
L'ANSES, dans son rapport de mars 2026, propose une ventilation différente : les matières fertilisantes dans leur ensemble représentent plus de 80 % des apports de cadmium dans les sols agricoles, avec les engrais minéraux phosphatés à 55 %, les effluents d'élevage à 25 % et les boues et composts à 5 %. Les dépôts atmosphériques d'origine industrielle comptent encore pour 14 %. L'écart avec les chiffres de l'INRAE tient probablement au périmètre retenu : l'INRAE isole les entrées annuelles nettes des seuls engrais phosphatés, tandis que l'ANSES ventile l'ensemble des sources y compris atmosphériques.
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